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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Être humble ne veut pas dire être malheureux - Homélie 22° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C (2009-2010)
« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

 

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A première vue, la leçon qui se dégage de ce passage de l’évangile est claire et simple ; mais à y regarder de près, il y a de quoi être ébranlé.

 

La première impression, c’est que c’est un plaidoyer en faveur de l’humilité et de la générosité : ne soyez pas imbus de votre importance en occupant les places d’honneur de votre propre initiative ; n’offrez pas l’hospitalité à ceux qui peuvent vous payer en retour.

 

Je ne dis pas que l’intention de Jésus n’était pas d’enseigner cela, et les pharisiens, si remplis de pompeuse vanité, tout comme nous, avaient certainement besoin de l’entendre, mais il s’agit ici de quelque chose de plus.

 

Il est intéressant de remarquer que Jésus ne dit pas : "Ne cherchez jamais à être honorés", ou : "Ne cherchez pas de récompense pour vos bonnes actions". C’est ce que les humanistes modernes nous diraient. La vraie vertu, disent-ils, suppose un détachement absolu, même du désir d’être heureux. En fait, certains philosophes modernes reprochent aux chrétiens même de vouloir faire le bien, car c’est en faisant le bien que l’on devient heureux.

 

Cette critique est totalement dépourvue de fondement. Nous ne pouvons pas tuer notre désir de parvenir à nous épanouir. Ce désir est inné, c’est Dieu qui l’a mis en nous, comme une boussole qui nous indique à tout moment le chemin qui conduit vers lui :

 

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi » (saint Augustin).

 

Le Christ ne condamne donc pas le désir naturel des honneurs et des récompenses, mais il l’élève. Il nous appelle à chercher la vraie récompense d’un bonheur durable qui est le fruit d’une vie d’amitié avec Dieu. Cela implique l’humilité, puisque seuls les humbles sont capables d’une amitié authentique. Nous devrions choisir « la dernière place » maintenant, en servant les autres tant que nous le pouvons, pour être élevés plus tard.

 

Il n’y pas plus réaliste que Jésus. Il connaît le cœur de l’homme (après tout, c’est lui qui l’a fait), et il cherche, non pas à l’étouffer, mais à le libérer.

 

L’humilité nous libère pour que les talents que Dieu nous a accordés puissent donner toute leur mesure, car l’humilité nous libère de la peur du qu’en dira-t-on. L’histoire de l’art, de la musique, abonde en exemples. Les vrais artistes ont travaillé dur pour développer leur génie créateur, quelles que soient les éloges ou la reconnaissance des critiques. Beaucoup de chefs-d’œuvre du répertoire de la musique classique, par exemple, n’ont jamais été reconnus comme tels du vivant de leurs compositeurs, mais longtemps après leur mort seulement.

 

La géniale Messe en Si Mineur de Bach, l’une des plus belles messes de tous les temps, n’a jamais été exécutée du vivant de son auteur. Bach était un protestant, mais puisque la Messe était catholique, il n’était pas question d’exécuter cette Messe dans un temple protestant. Or, cette Messe nécessitait un petit orchestre, et en ce temps-là, les orchestres étaient interdits dans les églises catholiques…

 

De même, les Variations Goldberg figurent parmi les œuvres les plus jouées dans les salles actuellement. Mais le genre de concert qui rend possible son exécution n’a pas existé jusqu’à plus de cent ans après la mort du compositeur.

 

Beethoven a connu un sort semblable. C’est de son vivant que le piano moderne a vu le jour. Parmi ses œuvres majeures figurent les trente-deux sonates pour piano. Mais, en fait, seuls deux de ces sonates ont été jouées en concert du vivant de Beethoven.

 

Si Bach et Beethoven avaient recherché « les places d’honneur » aux yeux du public au lieu de répondre à leur vocation de musiciens, ces œuvres immortelles n’auraient jamais vu le jour. L’humilité n’étouffe pas le cœur humain, mais le libère.

 

Jésus veut que nous cherchions la vraie grandeur, le succès durable, la gloire éternelle, et il nous enseigne que pour cela, nous devons apprendre à être humbles.

 

Mais l’humilité, à quoi ressemble-t-elle ? C’est à cette question que répond le passage du Livre de Ben Sirac le Sage. Nous y trouvons les trois visages de l’humilité.

 

D’abord, l’humilité consiste à admettre que nous ne savons pas tout :

 

« Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi. »

 

(Ce verset a été omis dans le découpage liturgique, mais est cité par saint Thomas d’Aquin dans la première question de la 1a Pars de sa Somme Théologique, ainsi que par saint Louis-Marie Grignion de Montfort en conclusion de son Traité sur L’amour de la Sagesse Eternelle.)

 

Est-ce que nous nous souvenons de la dernière fois que nous avons admis ne pas connaître la réponse à une question ou la solution d’un problème ? Notre nature pécheresse nous pousse à agir comme si nous avions réponse à tout. Cette tendance engendre forcément des tensions et des angoisses. Alors, au cours de cette semaine, n’ayons pas peur d’admettre que nous ne savons pas tout.

 

Deuxièmement, l’humilité ne s’entête pas à vouloir faire les choses chacun à sa manière. Elle consiste à demeurer ouverts aux avis et aux idées des autres :

 

« L'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute. »

 

Notre nature pécheresse nous pousse à être des "têtes de mule". Nous voulons n’en faire qu’à notre tête. Mais cela entraîne encore plus de tensions que ceux qui prétendent tout savoir. Alors, cette semaine, ayons « une oreille qui écoute » pour connaître la joie de la sagesse.

 

Enfin, l’humilité sert les autres au lieu de chercher à être servi par les autres :

 

« L’eau éteint les flammes, l’aumône remet les péchés. » (v. 30, omis dans le découpage liturgique)

 

Quand nous faisons l’aumône, quand nous donnons de notre temps, de nos talents et de nos trésors pour aider ceux qui sont dans le besoin, nous abolissons la malédiction du péché qui est un véritable fléau pour nous et pour le monde dans lequel nous vivons. Sœur Prema, la supérieure des Missionnaires de la Charité, disait à l’occasion du centième anniversaire de la naissance de Mère Teresa que si Dieu permet les catastrophes naturelles telles que le tremblement de terre à Haïti ou les inondations au Pakistan, c’est parce que ces événements peuvent faire de nous des hommes meilleurs et plus profonds. Alors, cette semaine, cherchons à donner, plus qu’à recevoir.

 

Prendre les trois résolutions (admettre que nous ne savons pas tout, avoir une oreille qui écoute, et chercher à donner, plus qu’à recevoir) est peut-être trop demander à la fois. Jésus est réaliste. Il sait de quoi nous sommes faits. Durant cette Messe, demandons-lui dans lequel parmi ces trois visages de l’humilité, il veut que nous devenions plus ressemblants à lui cette semaine. Si nous le lui demandons, il nous le dira. Il veut ce qu’il y a de meilleur pour nous, plus que nous-mêmes.

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