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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Éthique sexuelle. Six professeurs discutent du cas Ratzinger

dominicanus #Il est vivant !

Luke Gormally, de l'Académie Pontificale pour la Vie, répond à Martin Rhonheimer, de l'Université Pontificale de la Sainte Croix. Puis deux philosophes catholiques italiens. Et un Argentin. Et George Weigel... Tout cela à partir d'une phrase du pape

 

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ROME, le 18 décembre 2010 – C’est désormais évident. Il y a une affirmation de Benoît XVI, dans son livre-entretien "Lumière du monde", qui ne plaît vraiment pas à certains penseurs catholiques 

C’est la phrase par laquelle le pape Joseph Ratzinger conclut sa réflexion sur le sida et le préservatif. Celle où il dit que "naturellement l’Église ne considère pas les préservatifs comme la solution authentique et morale" ; mais que dans certains cas, "avec l'intention de diminuer la contagion", leur utilisation "peut représenter un premier pas dans la voie qui conduit à une sexualité vécue autrement, plus humaine".

L’un des penseurs qui jugent "plutôt vague" et génératrice de confusion cette idée d’"humaniser la sexualité" est le professeur Luke Gormally, membre de l’Académie Pontificale pour la Vie et ancien directeur du Linacre Centre for Healthcare Ethics de Londres.

D’après lui, l'utilisation du préservatif ne peut en aucun cas être admise par l’Église, pas même pour ceux qui veulent protéger leur santé ou celle des autres.

Il l’écrit et donne ses arguments dans la lettre ouverte que l’on trouvera ci dessous, lettre qu’il a confiée à www.chiesa.

Dans sa lettre, Gormally répond à Martin Rhonheimer, professeur à l’Université Pontificale de la Sainte Croix, qui avait au contraire soutenu, dans un texte paru il y a quelques jours et qu’il a lui aussi confié à www.chiesa, une interprétation positive des propos de Benoît XVI :

> À propos du préservatif et du sida le pape est descendu de sa chaire

L’opposition entre Rhonheimer et Gormally n’est pas nouvelle. Un premier dialogue entre eux, sur le même sujet, remonte à 2004 et 2005. Les textes de cette précédente controverse ont également été reproposés ces jours-ci dans leur intégralité par www.chiesa.

Aujourd’hui les deux hommes sont de nouveau à couteaux tirés. Gormally juge les thèses de Rhonheimer "profondément subversives de l'enseignement de l’Église en matière d’éthique sexuelle" et il demande que la congrégation pour la doctrine de la foi se prononce avec autorité : contrairement à ce que cette même congrégation aurait fait – dit-il – en 2004, quand elle a paru donner son feu vert à l'article de Rhonheimer publié cette année-là.

Rhonheimer et Gormally représentent les deux principaux fronts dans la controverse lancée par les propos de Benoît XVI : le premier plus ouvert, le second plus rigide.

Comme à Gormally, www.chiesa a donné la parole à d’autres partisans d’une interprétation restrictive des propos du pape : de Joseph Fessio à Christine Vollmer, de James Bogle à Steven Long.

Autre partisan du "non" absolu au préservatif : Mgr Michel Schooyans, ancien professeur des universités catholiques de Louvain et de São Paulo au Brésil et membre de deux académies pontificales, pour la vie et pour les sciences sociales. Sur cette question – a-t-il fait savoir – il s’en tient fermement aux prises de position qu’il a exprimées dans un essai paru il y a cinq ans :

> Le sida et le préservatif

Inversement, un philosophe catholique italien de premier plan, qui écrit sous le pseudonyme de "Giovanni Onofrio Zagloba", est intervenu, toujours sur www.chiesa, pour exprimer des points de vue qui sont proches de ceux de Rhonheimer ou plutôt qui admettent encore plus largement l'utilisation du préservatif :

> Il papa e il preservativo. Un filosofo cattolico ci scrive

Un autre philosophe catholique italien, admirateur de saint Thomas, le professeur Alessandro Martinetti, a également pris des positions modérément ouvertes dans cette réflexion approfondie qu’il a confiée à www.chiesa :

> Condom, i pro e i contro. La parola al professor Martinetti


Ce n’est pas tout. Un ingénieur argentin passionné de philosophie et de théologie a envoyé son argumentation à www.chiesa. Il signe "Johannes Argentus" et, comme "Zagloba", il est partisan d’une interprétation extensive des propos du pape :

> "Dear Professor Rhonheimer, I'd like to share with you..."

Et enfin – mais la controverse connaîtra certainement d’autres développements – le professeur George Weigel, célèbre biographe de Jean-Paul II et membre de l'Ethics and Public Policy Center de Washington a exprimé dans le magazine "First Things" ce qu’il pense de l’affaire.

Weigel accuse "L'Osservatore Romano" et le directeur de la salle de presse du Vatican, le père Federico Lombardi, d’avoir inoculé à l'opinion publique l'idée que l'enseignement de l’Église et du pape à ce sujet a changé. Il demande donc au Saint-Siège de publier au plus tôt un "substantiel éclaircissement":

> The Pope, the Church, and the Condom: Clarifying the State of the Question


Voici donc maintenant le texte du professeur Gormally, tandis que, pour toutes les autres interventions, on a indiqué les renvois à leurs pages web respectives.

Sandro Magister



LETTRE OUVERTE AU P. MARTIN RHONHEIMER

par Luke Gormally



Dear Fr Martin,

I hope you may agree that the time has passed when it would be appropriate to resume the private and friendly email exchanges we had in 2004/2005. Your recent interventions, published by Sandro Magister and "Our Sunday Visitor" (OSV), following the observations of Pope Benedict about the use of condoms as a prophylactic measure, amount in effect to renewed public advocacy of your point of view. That point of view originally found public expression in an article in "The Tablet" (10 July 2004) about which you say: “I was informed that the Congregation for the Doctrine of the Faith, then headed by Cardinal Ratzinger, had no problem with it or its arguments”.

It is unclear what is strictly implied by this statement. Are we to assume that the Congregation formally considered your article in the light of advice from its consultors and agreed there was no problem with it? Many will think that that is what your statement implies. And if they do, then a viewpoint which I continue to think profoundly subversive of the Church’s teaching on sexual ethics will appear to have acquired authoritative endorsement. There is clearly an urgent need now for the Congregation publicly to clarify its position.

A significant body of moral theologians and moral philosophers submitted some time ago a detailed critique of your position to the Holy See. It is a pity that that critique is not in the public domain and that I am the person identified as a principal critic of your position. Though I lack the distinction of many of your critics, the public prominence I have been given inclines me in face of the renewed advocacy of your position to reiterate the principal points of the critique which I advanced in 2005.

As you know, my critique did not rest on any claim that the use of a condom is necessarily contraceptive. Acknowledging that, however, does not mean that the teaching of "Humanae vitae" is irrelevant to this debate, for section 12 of that encyclical states a quite basic principle of the Church’s sexual ethic. It is that there is “an inseparable connection – established by God and not to be broken by human choice – between the unitive meaning and the procreative meaning which are both inherent in the conjugal act”. If the exercise of sexual capacity is to be chaste it should be marital, and to count as marital it must be reproductive type behaviour, “'per se' apt for the generation of offspring” (Canon 1061). Any type of behaviour which "qua" behavioural performance is of its nature inapt for the generation of offspring cannot be the bearer of ‘procreative meaning’. It cannot therefore unite a couple in the way proper to marriage. Intercourse with a condom is of its nature inapt for the generation of offspring. It is a minimal condition of intercourse being of the reproductive kind that a man ejaculates into his wife’s reproductive tract. It does not make sense to say that a couple engaging in intercourse with a condom intend marital intercourse. One can intend only what is in principle realisable, and marital intercourse is not realisable through behaviour of a non-reproductive kind.

What seemed to me radically subversive about your position in 2004 (with which the CDF “had no problem”) is the claim that provided a couple have a prophylactic rather than contraceptive intent in engaging in condomistic intercourse their intercourse is marital. That amounted to saying that essentially non-reproductive type behaviour can be marital, a thesis that is inconsistent with the basic norm of chaste sexual behaviour. Though in your OSV interview you say that you did not at the time “sufficiently take into account” the kind of objection I have stated to your position, you also say you remain unsure whether this objection is compelling. And it is significant that your reason today for not encouraging a couple to use a condom is because of what you take to be required by the virtue of justice (that “one abstain completely from dangerous acts”) and not at all because of what is required by the virtue of chastity (“I would not think their intercourse to be what moral theologians call a sin ‘against nature’ equal to masturbation or sodomy”).

Condomistic intercourse as essentially non-reproductive sexual behaviour is precisely what moral theologians call a sin "against nature". And sins "against nature" are more deeply contrary to the virtue of chastity than simple fornication. It seems to me that you misinterpret the motives of those who object to the idea that it would be better for an adulterer, a fornicator or a prostitute to wear a condom in having intercourse, as you propose. What is at issue is not a concern to tell people how to perform intrinsically evil acts. It is rather a concern not to endorse the ‘common sense’, worldly wisdom, which you seem to endorse in circumstances in which people cannot be persuaded to embrace chaste behaviour. For your admirable desire to persuade people “to abstain from immoral behaviour altogether” will hardly be advanced by representing as preferable ‘sins against nature’ which are more deeply corrupting of a person’s sexual dispositions.

A concern for justice is indeed important in sexual relationships but the claims of justice ought never to be secured at the expense of subverting other moral dispositions. That is the very least that is implied in the ancient thesis of the unity of the virtues.

We should be clear what is meant by that rather vague phrase "humanising sexuality". It cannot be taken to mean, if it is to be consistent with the Church’s teaching, persuading people to make their sexual activity the expression of just any kind of "loving concern" for others. It means converting them to a chaste way of life, which surely requires that one is unambiguous about the need to abstain from sexual activity outside marriage and within marriage to engage only in such sexual intercourse as is "inseparably unitive and procreative in its significance".

I have addressed this open letter to you in the hope that a brief presentation of a counter-position to yours will serve to bring home the need for an authoritative clarification of the issues. For the CDF’s apparent endorsement of your 2004 article is troubling.

With kind regards and all good wishes,

Yours sincerely,

Luke Gormally

London, December 15, 2010


Les précédents articles de www.chiesa concernant la discussion provoquée par les propos de Benoît XVI relatifs au sida et au préservatif, dans le livre-entretien "Lumière du monde" :

> À propos du préservatif et du sida le pape est descendu de sa chaire(11.12.2010)

> Église et préservatif. Le "non" des intransigeants
 (4.12.2010)


> Tir ami sur Benoît XVI. Par la faute d'un préservatif
 (1.12.2010)


> "Lumière du monde". Une première pour un pape (25.11.2010)

> Le pape se raconte. Une avant-première (22.11.2010)

www.chiesa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
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