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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Des théologiens et des apologètes. Voilà ce que doivent être les nouveaux évêques

dominicanus #Il est vivant !

Au cours de ces cinq derniers mois, il y a eu douze nominations correspondant à ce modèle. Les voici, une par une: Milan, Philadelphie, Manille, Fribourg... Le cardinal qui sélectionne les candidats explique quelles sont les raisons qui président à ses choix 

 

Marc Ouellet


 

ROME, le 1er décembre 2011 – Ayant franchi le cap de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques, le cardinal Marc Ouellet (photo) en a fait le bilan lors d’une interview accordée à Gianni Cardinale pour "Avvenire", le quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.

Au cours de cette interview, il a notamment révélé qu’il arrivait fréquemment, "plus que ce à quoi je pouvais m’attendre", que le candidat choisi pour être nommé évêque n’accepte pas cette nomination.

Il a indiqué que de tels refus avaient pour motif la difficulté croissante à assumer ce rôle, dans une société où les évêques sont soumis à des attaques publiques "notamment en conséquence des scandales et des critiques portant sur les abus sexuels".

En ce qui concerne les ambitions en matière de carrière, le cardinal a lancé un avertissement : si un prêtre ou un évêque aspire à être promu à un diocèse important et s’il manœuvre dans ce but, "il est bon qu’il reste là où il est".

Et il a conclu l'interview en traçant le profil de l’évêque dont l’Église a le plus besoin aujourd’hui : c’est un évêque qui est à la fois un théologien et un apologète, défenseur public de la foi :

"Aujourd’hui, tout particulièrement dans le contexte de nos sociétés sécularisées, nous avons besoin d’évêques qui en soient les premiers évangélisateurs et qui ne soient pas de simples administrateurs de diocèses. C’est-à-dire des évêques qui soient capables de proclamer l’Évangile. Qui soient non seulement théologiquement fidèles au magistère et au pape mais également capables d’exposer la foi et, si nécessaire, de la défendre publiquement".

***

Ce profil d’évêque théologien et "defensor fidei" correspond parfaitement à celui du cardinal Ouellet lui-même.

Canadien du Québec, âgé de 67 ans, Ouellet appartient à la Compagnie des Prêtres de Saint-Sulpice et il a fait partie de l’équipe de rédaction de la revue internationale de théologie "Communio", fondée notamment par Joseph Ratzinger et Hans Urs von Balthasar, à l’école desquels il a été formé.

Pendant de nombreuses années, en tant que professeur de séminaire et éducateur, il a fait la navette entre le Canada et la Colombie. Puis il est parti s’installer à Rome, où il a été professeur de théologie systématique à l’Université Pontificale du Latran, à l’époque où celle-ci avait pour recteur le futur cardinal Angelo Scola, lui aussi membre de l’équipe de rédaction de "Communio".

En 2001, il a été nommé secrétaire du conseil pontifical pour l'unité des chrétiens et, l'année suivante, archevêque de Québec et primat du Canada. Il est cardinal depuis 2003.

Chez lui, au Québec, le cardinal Ouellet a été le témoin direct de l’une des plus soudaines baisses du catholicisme au cours du siècle dernier. Cette région, dont l’empreinte catholique a été très forte jusqu’au milieu du XXe siècle, est aujourd’hui l’une des plus sécularisées au monde.

En tant qu’archevêque, Ouellet s’est battu énergiquement pour redonner de la voix et du corps au christianisme dans sa terre natale. Et Benoît XVI l'a tellement apprécié qu’il l’a appelé à Rome, d’abord comme rapporteur au synode des évêques de 2008 puis, de manière stable, à partir de 2010, comme préfet de la congrégation pour les évêques.

Parmi les cardinaux de la curie romaine, Ouellet est certainement le plus intime du pape Joseph Ratzinger, qu’il rencontre régulièrement une fois par semaine. Et c’est peut-être le seul auquel le pape se confie sans réserves.

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C’est un fait que, depuis qu’Ouellet préside la congrégation vaticane qui choisit et propose au pape les nouveaux évêques, la préférence accordée aux théologiens et aux défenseurs de la foi est de plus en plus évidente.

Rien qu’au cours de ces cinq derniers mois, on peut compter au moins douze nominations présentant ces caractéristiques.

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La première, qui a eu lieu le 28 juin, est celle du cardinal Angelo Scola comme archevêque de Milan.

En tant que théologien, son maître a été principalement von Balthasar ; mais Ratzinger a également eu une influence significative sur sa formation. Pendant le temps où Scola en a été le recteur, c’est-à-dire entre 1995 et 2002, l’Université Pontificale du Latran a connu une renaissance. Et à Venise, dont il a été le patriarche pendant neuf ans, il a fondé, sous le nom de saint Marc, un "Studium generale" couvrant tous les degrés du savoir, depuis l’enfance jusqu’à l'université, avec des cours dans diverses disciplines et avec la théologie qui les embrasse toutes.

Son talent a été et est de se faire entendre, plus que dans les salles de cours, sur la place publique. Après Carlo Maria Martini, Scola est le cardinal auquel les médias laïcs prêtent le plus d’attention. Avec cette différence, par rapport à son prédécesseur, que ce qu’il dit et écrit est en pleine harmonie avec le magistère de Benoît XVI.

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La deuxième nomination de cette série, qui a eu lieu le 19 juillet, est celle de Charles J. Chaput comme archevêque de Philadelphie.

Chaput n’a jamais été théologien au sens strict du terme. Mais c’est certainement un grand apologète, capable de prêcher l’Évangile sur les toits, sans timidité et sans rien retrancher, dans une société comme celle des États-Unis où la compétition est particulièrement rude, y compris dans et contre le domaine religieux.

Et c’est ce profil de défenseur "positif" de la foi et de l’Église qui a fait pencher la balance en sa faveur, lors de la procédure qui a abouti à sa nomination au siège de Philadelphie. Le candidat numéro un sur la liste de trois noms présentée aux autorités vaticanes par le nonce apostolique aux États-Unis était l'actuel évêque de Louisville, Joseph E. Kurtz. Chaput venait en seconde position. Mais lorsque, après l’examen des candidats par la congrégation, Ouellet est monté chez Benoît XVI pour être reçu en audience, Chaput était passé en tête de liste et il a été rapidement nommé par le pape.

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La troisième nomination, qui a eu lieu le 27 juillet, est celle d’Ivo Muser comme évêque de Bolzano et Bressanone, le diocèse du Sud-Tyrol où ont vécu la grand-mère et l’arrière-grand-mère maternelles du pape Ratzinger.

Le nouvel évêque a étudié la théologie à Innsbruck et à l’Université Pontificale Grégorienne de Rome. Il a enseigné au Studio Accademico Teologico de Bressanone. Il a également été, pendant quelques années, le secrétaire de l’évêque qui l’a précédé dans ce diocèse, Wilhelm Egger, lui-même théologien et bibliste de renom.

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La quatrième nomination, qui a eu lieu le 26 septembre, est celle de Stanislaw Budzik comme archevêque de Lublin.

Budzik, qui est depuis 2007 le secrétaire général de la conférence des évêques de Pologne, a lui aussi étudié la théologie à Innsbruck et il a obtenu le titre de professeur à l’Académie Pontificale de Théologie de Cracovie.

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Cinquième nomination, qui a eu lieu le 10 octobre : celle de Nuno Brás da Silva Martins comme évêque auxiliaire de Lisbonne.

Le nouvel évêque a obtenu un doctorat en théologie à l’Université Pontificale Grégorienne et il a enseigné la théologie fondamentale à l'Université Catholique Portugaise ainsi qu’à la Grégorienne, à Rome, ville où il a également été recteur du Collège Pontifical Portugais.

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Sixième nomination, qui a eu lieu le 13 octobre : celle de Luis Antonio Tagle comme archevêque de Manille.

Tagle a obtenu un doctorat en théologie aux États-Unis, à la Catholic University of America, avec une thèse consacrée à la collégialité épiscopale, sous la direction du professeur Joseph Komonchak. Il a collaboré avec ce dernier à la rédaction de l’histoire du concile Vatican II la plus lue au monde, œuvre de "l’école de Bologne" fondée par le père Giuseppe Dossetti : c’est une histoire à thèse, qui voit en Vatican II un virage marquant une rupture et un nouveau début par rapport à la vie précédente de l’Église.

Dans cette histoire, Tagle a écrit, entre autres, le chapitre qui traite de ce que l’on a appelé la "semaine noire" de novembre 1964 : "noire" pour les progressistes, hostiles surtout à la "Nota explicativa prævia" que Paul VI plaça, en cette circonstance, avant la constitution dogmatique "Lumen gentium" afin d’en dissiper les équivoques.

Lorsque le volume qui contient cet essai a été publié, en 1999, Tagle était depuis deux ans membre de la commission théologique internationale qui apporte son aide à la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, cette dernière étant alors présidée par Ratzinger.

En 2001 Tagle est devenu évêque d’Imus, où il s’est distingué par sa proximité envers les pauvres et par son mode de vie simple et charitable.

Au sein de la conférence des évêques des Philippines, il est président de la commission pour la doctrine de la foi.

Comme www.chiesa l’a révélé dans un article publié le 14 novembre dernier, la collaboration de Tagle à "l’école de Bologne" a été totalement passée sous silence dans la biographie remise aux cardinaux et évêques de la congrégation vaticane chargée de l’évaluer en tant que candidat à l’archevêché de Manille. Cela au grand regret de certains d’entre eux, qui n’ont été informés de ce point qu’après que la nomination eut été effectuée.

L’archevêché de Manille est un siège cardinalice. Et certains ont même déjà inscrit Tagle sur la liste des "papabili".

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Septième nomination de la série : celle de Charles Morerod comme évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a eu lieu le 3 novembre.

Morerod est dominicain et il a 50 ans. C’est un théologien de réputation mondiale. Il a commencé ses études à l'Université de Fribourg, celle-là même où la revue "Communio" a vu le jour. Il y a ensuite enseigné, avant de devenir professeur, à Rome, à l’Université Pontificale Saint Thomas d'Aquin, que l’on appelle l’Angelicum pour faire court. Il a dirigé la revue théologique "Nova et Vetera" et, en 2009, il a été nommé secrétaire général de la commission théologique internationale, consulteur de la congrégation pour la doctrine de la foi et enfin recteur de l'Angelicum.

Parmi ses nombreuses publications, on remarquera "Tradition et unité des chrétiens. Le dogme comme condition de possibilité de l’œcuménisme", Parole et Silence, Paris, 2005. Dans cet ouvrage Morerod critique l'œcuménisme libéral de théologiens tels que Rahner, Fries, Tillard, en insistant sur le caractère indispensable d’une solide doctrine catholique, à la fois théologique et philosophique.

En ce qui concerne les relations entre les religions, il a soumis à une dure critique les thèses relativistes du catholique Paul Knitter et de l'anglican John Hick.

Morerod est l’un des trois théologiens qui représentent Rome dans les discussions actuellement en cours entre l’Église de Rome et les traditionalistes schismatiques lefebvristes de la Fraternité Saint Pie X.

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Huitième nomination, qui a eu lieu le 14 novembre : celle de Francesco Cavina comme évêque de Carpi.

Docteur en droit canonique, Cavina était depuis 1996 official de la section pour les rapports avec les états de la secrétairerie d'état. Dans le même temps, il enseignait la théologie sacramentaire à l’Université Pontificale de la Sainte Croix.

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Neuvième nomination, qui a eu lieu le 21 novembre : celle de Filippo Santoro comme archevêque de Tarente.

Quand il était jeune prêtre, Cavina a fait ses débuts comme directeur de l'Institut Supérieur de Théologie de Bari. Par la suite, il est parti en mission au Brésil, en qualité de responsable de Communion et Libération pour ce pays et pour tout le continent latino-américain. En 1992 il a participé en tant que théologien à la IVe conférence de l'épiscopat latino-américain à Saint-Domingue.

Ordonné évêque en 1996, il a été tout d’abord évêque auxiliaire du cardinal Eugênio de Araújo Sales à Rio de Janeiro et ensuite, à partir de 2004, évêque du diocèse de Petrópolis et grand chancelier de l'Université Catholique de cette ville.

Au sein de la conférence des évêques du Brésil, il a été membre de la commission pour la doctrine de la foi.

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Dixième nomination, qui a eu lieu le 24 novembre : celle de Franco Giulio Brambilla comme évêque de Novare.

Brambilla est depuis 2007 évêque auxiliaire du diocèse de Milan et vicaire pour la culture. C’est l’un des théologiens italiens les plus réputés.

Il a été professeur de christologie et d’anthropologie théologique à la Faculté de Théologie d'Italie Septentrionale, dont il est devenu président en 2007. Il a été le théologien de référence de la conférence des évêques d’Italie lors du grand colloque ecclésial organisé à Vérone en 2006, auquel Benoît XVI a participé. Et il a été considéré comme l’un des successeurs possibles de l'actuel archevêque de Florence, Giuseppe Betori, pour le poste de secrétaire de la conférence des évêques d’Italie.

Il a étudié l’œuvre du théologien néerlandais Edward Schillebeeckx, dont il a écrit une biographie, et il a figuré, en 1983, parmi les signataires italiens d’un document revendiquant la liberté de recherche qui a été signé par les théologiens progressistes européens les plus connus.

À cette occasion, un autre théologien, qui était son collègue à cette même faculté milanaise, Dionigi Tettamanzi, avait formulé dans le journal "Avvenire" de dures critiques contre les théologiens rebelles. Ce qui lui a ouvert la porte d’une brillante carrière – qui a atteint son point culminant lorsqu’il est devenu cardinal archevêque de Milan – tandis que celle de Brambilla a été bloquée pendant longtemps en raison de cette signature.

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Onzième nomination, qui a eu lieu le 26 novembre : celle de Johannes Wilhelmus Maria Liesen comme évêque de Breda, aux Pays-Bas.

Liesen est, depuis 2004, membre de la commission théologique internationale. Il a été professeur de théologie biblique aux séminaires de Roermond, Haarlem-Amsterdam et 's-Hertogenbosch.

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Le même jour, 26 novembre, a également été marqué par l’annonce de la nomination – la douzième de cette série – de Charles John Brown comme archevêque titulaire d’Aquilée.

Toutefois le nouvel archevêque ne se rendra pas à Aquilée qui, en tant que diocèse, ne subsiste plus que comme souvenir historique. Sa véritable destination est l’Irlande, où il sera nonce apostolique. Brown n’a jamais fait partie du corps diplomatique du Vatican et c’est un Américain de New-York. Mais c’est bien lui que Benoît XVI a voulu comme ambassadeur dans un pays secoué par les scandales comme l'Irlande, qui compte actuellement sept diocèses vacants et qui est en attente d’une redéfinition et d’un nouveau départ avec des hommes nouveaux.

Et, une fois encore, le choix de Brown a été déterminé par ses références en tant que "defensor fidei" et de "defensor ecclesiæ". Le pape Ratzinger le connaît bien depuis 1994, date à laquelle Brown est devenu official de la congrégation pour la doctrine de la foi, à quoi il ajoute, depuis deux ans, la fonction de secrétaire-adjoint de la commission théologique internationale.

Sandro Magister
 www.chiesa


L'interview accordée par le cardinal Ouellet à "Avvenire" et publiée le 18 novembre 2011, avec un bilan de sa première année en tant que préfet de la congrégation pour les évêques :

> Missione del vescovo: donarsi alla Chiesa

Et l’une de ses précédentes réflexions en tant qu’archevêque de l’une des régions les plus déchristianisées du monde :

> Alors que l'on débat à Rome, le Québec a déjà été pris d'assaut (8.10.2008)




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
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