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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Congrégation pour le Clergé, Homélie pour le 5° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #Homélies Année C 2012-2013

 

5 TOC ev

 

Après nous avoir montré comment, face au Christ, face au caractère exceptionnel du Christ, l’âme humaine arrive à se défendre au point de le chasser, en minimisant la réalité qui se présente à elle, la Sainte Eglise aujourd’hui nous fait pénétrer à l’intérieur de cette expérience de familiarité avec Jésus qui se trouve à l’origine de l’appel des premiers disciples, de leur foi et de leur vie.

La page évangélique que nous avons écoutée et qui est tirée de l’Evangile selon Saint Luc, commence par nous montrer la manière “concrète” qu’avait le peuple de se rapporter au Christ : « Comme la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu… » (Lc 5,1). La foule « se pressait autour de lui », elle l’entrevoyait, elle le suivait, elle s’approchait de lui pour l’écouter, au point que le Seigneur risque de rester écrasé et, avec sa promptitude extraordinaire, avec le sens pratique admirable que révèle chacun de ses gestes, il saute sur une barque qui était amarrée sur la rive et demande à Simon Pierre de s’en éloigner un peu afin qu’il puisse parler aux gens.

Quel mystère ! La Parole de Dieu, le Fils éternel du Père, a assumé, a « pris sur lui » en se faisant chair toute notre humanité, pour la vivre jusqu’au bout sans rien s’épargner de ce qui est humain, y compris la fragilité propre de notre nature : la Parole éternelle, grâce à laquelle le Père a créé le monde, a besoin « de hausser la voix » pour se faire entendre ; elle a besoin de se soustraire à la pression de la foule, de cette foule de gens qu’elle aime viscéralement, afin d’éviter de rester ’’écrasée’’ ; besoin de demander à Simon Pierre de l’accueillir sur sa barque. Aux yeux des Israélites, le Christ apparaît ainsi en tout et pour tout comme un homme, fait de chair comme tout homme, avec un corps sujet à la fatigue, à la faim et à la soif, aux intempéries. Et pourtant ils ne pouvaient rester loin de cet homme; ils ne pouvaient détacher leurs yeux de lui. Même la faim – cette faim que le Seigneur rassasiera avec la multiplication des pains et des poissons (Jn 6,1 et suiv.) – ne peut les détourner de lui.

En outre, il est émouvant de voir combien, avec le Christ, rien ne se produit par hasard : il ne monte pas dans une barque quelconque, mais sur celle de Simon. Celui-ci avait déjà rencontré le Seigneur quand son frère André était rentré à la maison haletant et lui avait dit : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1,41). Simon avait déjà passé quelque temps avec lui, de sorte qu’invité à reprendre le large en plein jour, le moment le moins favorable pour la pêche – il n’est pas besoin d’être un pêcheur expert pour le savoir – invité à jeter à nouveau les filets après une nuit infructueuse, il arrive déjà à s’exclamer : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais – ajoute-t-il – sur ta parole je jetterai les filets » (Lc 5,5).

Quelle circonstance pouvait inciter Simon à une affirmation apparemment si illogique ? Parce qu’il semble illogique, après une nuit de travail décidément infructueux, de tenter une nouvelle pêche le matin de bonne heure, quand la lumière du jour éloigne tous les poissons et que la fatigue physique exige seulement le repos. Illogique ! Et pourtant Simon dit : « Mais sur ta parole, je jetterai les filets ». Pourquoi ? Comment un pêcheur professionnel peut-il dire cela ? Tout est contenu dans ce « mais » initial : « Mais sur ta parole ». Dans l’aspect ordinaire de la vie, le caractère prévisible des engagements de tous les jours, la routine du travail ou la tiédeur du foyer domestique, à l’improviste un « mais » se faisait jour. Quelques jours auparavant, dans la vie de Simon, ce « mais » avait commencé à prendre corps, et précisément quand André lui avait fait connaître Jésus. Après avoir passé quelques heures avec lui, alors qu’il rentrait à la maison pour se préparer comme chaque soir à la pêche nocturne, il s’était mis à penser et avait commencé lentement à prendre conscience que quelque chose de nouveau s’était produit en lui, quelque chose qu’il n’arrivait pas encore à exprimer jusqu’au fond, mais qu’il ne pouvait plus ignorer.

Et c’est dans cette familiarité progressive et continuelle avec le Christ que croît et se dessine dans le cœur de Simon Pierre une nouvelle certitude : avec le Christ, un facteur d’une nouveauté absolue entre dans la réalité, une nouveauté vers laquelle converge mystérieusement toute la réalité. Et cette nouveauté, c’est lui, sa personne, c’est Jésus. Paradoxalement pour Simon, devant le Christ, le facteur véritablement illogique ne consiste pas à se fier à lui contre toute évidence, mais à dire, comme cela aurait été normal : « Maître, c’est absurde de tenter de pêcher maintenant. Tu plaisantes ! » Face à tout autre homme il aurait été normal de penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie et qu’il valait mieux continuer à ranger les filets et rentrer à la maison au plus tôt afin de pouvoir se reposer. Mais pas avec Jésus. Avec lui, il aurait été illogique de ne pas essayer, de ne pas prendre sa parole au sérieux, bien que l’expérience humaine semblât dire le contraire.

Ainsi, pour Simon, c’est une nouvelle expérience qui commence et qui se renouvellera pendant trois ans et jusqu’à son dernier souffle : avec le Christ la réalité ne déçoit jamais ; le Christ ne déçoit jamais ! La pêche a lieu, la barque est trop petite pour en contenir les fruits prodigieux ; il semble que les deux barques soient sur le point de sombrer, et le frère d’André tombe aux pieds de Jésus en s’exclamant : « Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur ! » (Lc 5,8). Ce qui revient à dire : « Tout ce qui est en toi me dépasse, Seigneur, je ne suis pas digne, mais je ne peux me détacher de toi, je ne peux m’empêcher de me jeter à tes genoux ! ».

Demandons à la Sainte Vierge Marie, qui durant sa vie terrestre a passé plus d’années avec que sans son Fils - elle n’avait que douze ans quand elle l’a conçu ! – de croître dans cette familiarité avec le Christ, dans ce contact quotidien avec lui, grâce à un regard sur la réalité qu’une prière constante rendra attentif. Demandons-lui de croître dans son « mais », qui est entré dans le monde pour ne jamais plus le lâcher. Ainsi, unis à elle, unis à Pierre, répétons nous aussi, aujourd’hui et à jamais : « Fiat mihi secundum verbum tuum – Seigneur, qu’il advienne de moi selon ta parole », « Seigneur, sur ta parole je jetterai les filets ». Amen !

 

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