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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Benoît XVI, Le défi du sécularisme et du relativisme

dominicanus #La vache qui rumine B 2009

Il est demandé au Saint-Père de présenter son analyse sur le défi du sécularisme en progression dans la vie publique et sur le relativisme dans la vie intellectuelle, tout comme ses suggestions sur la manière de faire face à ces défis du point de vue pastoral, pour pouvoir remplir plus efficacement l'œuvre d'évangélisation.

 

J'ai abordé brièvement ce thème dans mon discours. J'estime significatif le fait qu'en Amérique, à la différence de nombreux lieux en Europe, la mentalité séculière ne s'est pas présentée intrinsèquement comme opposée à la religion. A l'intérieur du contexte de la séparation entre l'Eglise et l'Etat, la société américaine a toujours été marquée par un respect fondamental de la religion et de son rôle public et, si on accorde du crédit aux sondages, le peuple américain est profondément religieux. Mais il ne suffit pas de compter sur cette religiosité traditionnelle et se comporter comme si tout était normal, alors que ses fondements s'érodent peu à peu. Un engagement sérieux dans le domaine de l'évangélisation ne peut faire abstraction d'un diagnostic profond des défis réels que doit affronter l'Evangile dans la culture contemporaine américaine.


Naturellement, ce qui est essentiel c'est une correcte compréhension de la juste autonomie de l'ordre séculier, une autonomie qui ne peut être détachée de Dieu Créateur et de son dessein de salut (cf. Gaudium et spes, 36). Le type de sécularisme de l'Amérique pose peut-être un problème particulier:  alors qu'il permet de croire en Dieu et respecte le rôle public de la religion et des Eglises, il réduit cependant la croyance religieuse au plus petit dénominateur commun. La foi devient l'acceptation passive du fait que certaines choses "là dehors" sont vraies, mais sans importance pratique pour la vie quotidienne. Le résultat est une séparation grandissante de la foi et de la vie:  vivre "comme si Dieu n'existait pas". Cela est aggravé par une approche individualiste et éclectique de la foi et de la religion:  loin de l'approche catholique du "penser avec l'Eglise", chaque personne croit avoir un droit de déterminer et de choisir, en conservant les liens sociaux mais sans une conversion intégrale, intérieure à la loi du Christ. Par conséquent, plutôt que d'être transformés et renouvelés dans l'âme, les chrétiens sont facilement tentés de se conformer à l'esprit du siècle (cf. Rm 12, 3). Nous l'avons constaté de manière aiguë dans le scandale provoqué par les catholiques qui font la promotion d'un prétendu droit à l'avortement.


A un niveau plus profond, le sécularisme défie l'Eglise à réaffirmer et à poursuivre plus activement sa mission dans et au monde. Comme cela a été clarifié par le Concile, les laïcs ont une responsabilité particulière à cet égard. Je suis convaincu que l'on a besoin d'un sens plus grand du rapport intrinsèque entre l'Evangile et la loi naturelle d'une part, et, d'autre part, de la poursuite du bien humain authentique, comme il est incarné dans la loi civile et dans les décisions morales personnelles. Dans une société qui tient à juste titre en haute considération la liberté personnelle, l'Eglise doit promouvoir à tous les niveaux ses enseignements - dans la catéchèse, dans la prédication, dans l'enseignement au séminaire et à l'université -, une apologétique visant à affirmer la vérité de la révélation chrétienne, l'harmonie entre foi et raison, et une saine compréhension de la liberté, vue en termes positifs comme libération aussi bien des limitations du péché qu'en vue d'une vie authentique et pleine. En un mot, l'Evangile doit être prêché et enseigné comme un mode de vie intégral, qui offre une réponse attrayante et véridique, au niveau intellectuel et pratique, aux problèmes humains réels. La "dictature du relativisme", en dernière instance, n'est rien d'autre qu'une menace pour la liberté humaine, qui ne se développe que dans la générosité et dans la fidélité à la vérité.


On pourrait dire bien d'autres choses, naturellement, sur ce sujet:  laissez-moi cependant conclure en disant que je crois que l'Eglise en Amérique, en ce moment précis de son histoire, a face à elle le défi de retrouver la vision catholique de la réalité et la présenter de manière captivante et avec imagination à une société qui fournit tous types de remèdes pour la propre réalisation humaine. Je pense en particulier à notre besoin de parler au cœur des jeunes, qui, malgré l'exposition permanente à des messages contraires à l'Evangile, continuent à avoir soif d'authenticité, de bonté et de vérité. Il reste encore beaucoup à faire au niveau de la prédication et de la catéchèse dans les paroisses et dans les écoles, si on veut que l'évangélisation donne du fruit pour le renouvellement de la vie de l'Eglise en Amérique.

 

Réponse de Benoît XVI à une question des évêques américains au cours de son voyage apostolique le 16 avril 2008

 

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