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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Personne n'est Père comme Dieu (Fête des pères) - Homélie 11° dimanche du Temps Ordinaire C

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel?

 
    À l'occasion de la fête des pères, en tant que chrétiens, nous pouvons être amenés à nous demander ce qui, dans les lectures d'aujourd'hui, et spécialement de l'évangile, pourrait éclairer le sens et l'importance de la paternité humaine.

    Un rapide coup d'oeil sur l'évangile suffit pour éprouver une certaine gêne (pour ne pas dire une gêne certaine). En effet les personnages de la scène évangélique qui nous apparaissent sous un jour favorable, sont tous ... des femmes : d'abord celle dont il est dit qu'elle est une pécheresse, mais qui, par des gestes très concrets, montre un "grand amour"; et aussi d'autres femmes qui, elles aussi, étaient des pécheresses, mais qui, elles aussi, "aidaient" Jésus et les Douze "de leurs ressources".

    Toutes ces femmes - et elles sont "beaucoup", nous dit S. Luc - forment un très vif contraste avec les représentants de la partie masculine de l'humanité, avec, dans l'ordre de leur entrée en scène dans l'évangile de ce dimanche, un pharisien (dont nous apprenons ensuite qu'il s'appelle Simon) et les Douze, qui ne sont que mentionnés furtivement, alors que les noms de certaines femmes sont mentionnés.

    Précisons tout de même la présence essentielle de Jésus, l'Homme qui nous apparaît comme l'icône parfaite du Père. Qui le voit, voit le Père (cf. Jn 14, 9).

 
Amen, amen, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu'il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. (Jn 5, 19)

    La paternité humaine a précisément pour vocation de refléter la paternité divine. La maternité aussi, d'ailleurs, mais pas de la même manière.
 
Chez Dieu, la paternité embrasse tout ce que nous, nous entendons par paternité et maternité. Nous, nous distinguons entre paternité et maternité parce que, dans l'humanité, on fait une différence de sexes, qui joue un rôle essentiel dans la génération. Les enfants naissent d'un père et d'une mère: la paternité appartient à une personne et la maternité à une autre. Paternité et maternité sont complémentaires dans l'éducation des enfants comme dans leur procréation. Elles ont chacune des propriétés spécifiques, celles qui correspondent au sexe masculin et au sexe féminin. Ainsi, on attribuera plus volontiers au père la force protectrice et à la mère la tendresse compatissante.
Dans le mystère éternel où le Père engendre le Fils, la personne du Père est la seule qui accomplit la génération. Selon notre manière de nous exprimer il tient à la fois le rôle du père et celui de la mère. Cependant il n'y a pas un double rôle: son action génératrice ne se divise pas en deux aspects. Sa paternité est parfaitement une, mais en comportant les propriétés de la maternité. C'est pourquoi il n'est pas appelé père et mère; il est Père, au sens d'une paternité qui dépasse les distinctions entre les sexes et qui le désigne comme le seul auteur de la génération divine du Fils.
Ce n'est donc pas une paternité qui s'affirmerait par opposition à une maternité. Elle en intègre toute la richesse. Par là, elle est beaucoup plus ample que toute paternité humaine. (Jean Galot)

    Saint Augustin écrit:
 
Dieu est un "père" parce qu'il a créé, parce qu'il appelle à son service, parce qu'il ordonne, parce qu'il gouverne; il est une "mère" parce qu'il réchauffe, nourrit, allaite et porte dans son sein.

    Le Catéchisme de l'Église catholique enseigne pareillement que l'image de la maternité "indique davantage l'immanence de Dieu, l'intimité entre Dieu et sa créature", le fait qu'il est "bonté et sollicitude aimante pour tous ses enfants". Mais Dieu est aussi "origine première de tout et autorité transcendante". Voilà la vocation propre de la paternité humaine (complémentaire par rapport à la maternité): elle consiste précisément à refléter cet aspect-là de la paternité de Dieu, étant bien entendu que "personne n'est père comme Dieu", ni l'homme, ni la femme, parce que:
 
les parents humains sont faillibles et qu’ils peuvent défigurer le visage de la paternité et de la maternité. Il convient alors de rappeler que Dieu transcende la distinction humaine des sexes. Il n’est ni homme, ni femme, il est Dieu. Il transcende aussi la paternité et la maternité humaines (cf. Ps 27, 10), tout en en étant l’origine et la mesure (cf. Ep 3, 14 ; Is 49, 15) : Personne n’est père comme l’est Dieu. (CEC 239)

         Il y a déjà quelques années, je lisais un article d'un philosophe: François-Xavier Ajavon. L'article était intitulé: "Angoisse : dans un an 'mai 2008' ". Il commence par ces mots:
 
Qu’on se le dise dans les chaumières : le mois de mai 2008 sera peut-être un peu difficile à supporter. En effet, nous fêterons alors — dans une liesse médiatique qu’il faut craindre — les quarante ans des événements anarcho-festifs de 1968.

    Après avoir évoqué les commémorations du bicentenaire de la Révolution française en 1989, il termine ainsi:
 
Quand va t-on enfin cesser de faire de la politique sur le dos de l’histoire ? Devons-nous craindre mai 2008 ? Pour certains Français, le printemps 2008 sera une belle saison pour mourir…

    Avis aux amateurs...

    Le prêtre-psychiatre Tony Anatrella, dans un livre intitulé "La différence interdite. Sexualité, éducation, violence, 30 ans après Mai 68", affirme qu'il faudra, un jour avoir le courage de citer les chiffres du désastre. Le désastre, pour lui, c'est la confusion, la perte de l'autorité et du crédit des adultes, le manque de points de référence pour l'existence. Que ce soit l'absence du père, ou le refus du père, cette absence et ce refus sont lourds de conséquences.

    En connaissance de cause le Cardinal Lopez Trujillo, président du Conseil Pontifical pour la famille, écrivait en 1999 (Année du Père):

 
La famille subit la crise de l'absence de paternité. On a peur d'être et d'agir comme père. Si le père est source de vie, beaucoup aujourd'hui, conditionnés par la culture de la mort, éprouvent la peur d'être pères, d'assumer la paternité avec toutes ses conséquences. On a peur de transmettre la vie et il se développe dans beaucoup de pays économiquement développés, la peur de la maternité: c'est là le fruit de multiples facteurs, entre autres, le travail auquel sont contraintes les femmes hors de leur foyer. Alors, dans de nombreux cas, on en arrive même à rejeter la vie engendrée, à la répudier, en allant contre le plus fondamental des droits, celui à l'existence, dans l'abominable crime qu'est l'avortement.

    L'avortement, crime abominable, alors qu'il ne cesse d'être présenté comme un progrès dans l'émancipation de la femme... Mais le lot des enfants qui ont échappé à l'avortement est à peine plus enviable:
 
Il existe aussi une peur diffuse de l'exercice de la responsabilité paternelle, de l'exercice de l'autorité, de l'éducation (...) De la même manière se répand ce que l'on appelle le "syndrome de Peter Pan" qui met en relief le caprice de ceux qui veulent toujours rester des enfants, sans mûrir. Alors la peur d'éduquer devient une sorte de conspiration: les parents qui ne savent pas l'être répondent inconsciemment à ces caprices, non sans réflexes d'auto-justification. On avance différents arguments: les parents disent qu'ils ne se sentent pas prêts à violer la liberté de leurs enfants, à diriger et à orienter, à corriger. Ils pensent, à tort, que ou bien leurs enfants sont déjà formés, ou bien qu'ils souffrent de troubles graves qui se dressent comme des barrières infranchissables pour les diriger. Et ils ne se rendent pas compte qu'en ne les éduquant pas d'une manière responsable, ils mettent en très grand danger la formation de leurs enfants. Ils deviennent des pesonnalités qui ne mûrissent pas, qui ne grandissent pas.

    Sombre état des lieux, me direz-vous... Mais il y a encore plus grave. Car ce dont l'enfant a le plus besoin, ce n'est pas l'affection maternelle, ni l'autorité paternelle. L'enfant a besoin avant tout et surtout d'avoir un père et une mère qui s'aiment fidèlement l'un l'autre, car c'est dans cet amour qu'il trouve son origine humaine. Si cet amour-là vient à manquer, l'enfant sera privé de l'essentiel, même s'il est comblé de tout par ailleurs. Or, constate le Cardinal Lopez Trujillo,
 
La famille passe, aujourd'hui, en de nombreux endroits, par une phase de crises, d'érosion qui a une de ses racines dans les différentes formes d'absence de paternité. Le droit de l'enfant à disposer vraiment d'un foyer, d'une famille, est nié de maintes façons. L'absence d'un foyer conçu comme une communauté de vie et d'amour, au caractère permanent, constitue un environnement très pénible. Les unions libres consensuelles, le fléau du divorce dont les vrais désastres commencent seulement à être étudiés par des sociologues, des psychologues, des éducateurs, etc., la tendance à faire de la famille une sorte de club, comme dans le cas des familles monoparentales qui mêlent les enfants de précédentes unions à de nouvelles familles, toutes ces multiples formes d'abandon se paient très chèrement.
Quel sera l'avenir si les législations visent à cantonner la famille avec ces fausses options des "unions de fait" (...) alors que le mariage, comme on l'a compris depuis des siècles, cet engagement des époux basé sur l'acceptation et le don, lie l'avenir? (...) Sur cette question, on peut aller jusqu'au non-sens, pour rester modérés, en proposant le droit à l'adoption pour les couples homosexuels ou les lesbiennes, en ne prenant nullement en compte l'intérêt supérieur de l'enfant, invoqué par la Convention sur les Droits de l'Enfant (cf. art. 21).

 

    C'est sur ce fond de tableau que saint Jean-Paul II, dans sa Lettre aux familles (n. 14), avait parlé de ces "orphelins dont les parents sont vivants" !

    C'est dans ce contexte également qu'il faut surtout se souvenir de ce que Jésus énonce comme une sorte de loi générale, mais que rien n'empêche d'appliquer en particulier au domaine de la paternité humaine: "Celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour". Et si les défaillances, même les plus graves, dans l'exercice de la paternité, devenaient, grâce au pardon divin, l'occasion d'un sursaut, d'une explosion d'amour paternel? Si les pères absents et les époux infidèles pouvaient montrer à leurs épouses délaissées et à leurs enfants négligés l'amour que la pécheresse de l'évangile a montré envers Jésus? Et inversement, si un plus grand amour conjugal et paternel devenait pour eux le tremplin pour se jeter dans les bras de Celui qui pardonne tout et tout de suite? Pour qu'ils s'entendent dire par le Seigneur en personne: "Ta foi t'a sauvé. Va en paix", serait-ce trop cher payer?

    Saint Jean Chrysostome disait:

 
Vous ne pouvez pas appeler notre Père le Dieu de toute bonté si vous conservez un coeur cruel et inhumain; parce que dans ce cas, vous n'avez plus en vous le signe de la bonté du Père du ciel. (CEC n. 2784)

    Et saint Cyprien:
 
Il faut nous souvenir, quand nous nommons Dieu notre Père, que nous devons nous comporter en fils de Dieu. (ibid.)

    Voilà tout le mal que l'on peut souhaiter aujourd'hui aux pères. À tous les pères, puisque "personne n'est père comme l'est Dieu".
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