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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Adrienne von Speyr, "Il vous introduira dans la vérité tout entière..."

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
16, 13. Mais quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière; car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir.

    L'Esprit de vérité introduira les disciples dans la vérité tout entière. Il leur expliquera tout ce que le Seigneur n'exprime pas en ce moment. Car il ne dépendra pas, comme le Seigneur dans ses entretiens, du degré de préparation de son auditoire. Il annoncera la vérité objectivement et en l'objectivant. Il ne sera pas obligé de faire appel à l'amour déjà existant des disciples pour leur faire com­prendre la vérité, mais il saura la présenter et la justifier comme un fait, indépendamment de toute disposition personnelle. Néanmoins, il les introduira dans la vérité tout entière, donc aussi dans la vérité qui se trouve dans l'efficacité des paroles du Seigneur, dans la vérité de la participation à son sort, en commençant par la participation à sa vie extérieure, telle que les disciples l'ont partagée avec lui, jusqu'à la participation à sa croix qui commence lorsque la croix se dresse. devant leurs yeux et se termine quand le Seigneur remet son âme entre les mains du Père.  Mais l'Esprit transformera toute cette vérité de la croix et de la préparation à la croix, faisant de ce fait extérieur et isolé une vérité intérieure; il dilatera la croix et formera d'un événement purement historique une réalité fondamentale du :christianisme. Il fera comprendre aux chrétiens que la passion du Seigneur est et reste féconde, qu'elle est mise au service et à disposition de chaque vie et de chaque souffrance, que toute vie chrétienne se vit sous le signe de la croix et est menée par la croix vers le Seigneur. Cette vérité objective, transmise par l'Esprit, portera le caractère distinctif du christianisme, c'est-à-dire qu'elle est infinie. On ne pourra pas la ramener à une formule toute faite ni à une notion définitive, mais toute vérité qui s'offre en elle ouvrira des perspectives toujours nouvelles sur des vérités encore plus grandes. Et pourtant, dès le début, cette vérité n'aura aucun caractère arbitraire. Son infinité n'aura rien d'une fantaisie religieuse divaguant en impressions illimitées. Le cadre de cette vérité sera la vérité objective de Dieu. Si une personne en aime une autre, elle essaiera de se mettre au diapason de tout ce que le bien-aimé estime et tient pour précieux, afin de l'aimer avec lui. Bien des choses leur deviendront ainsi communes. Et pourtant il y aura toujours entre eux des barrières et des secrets personnels. Ainsi en serait-il aussi entre nous et le Seigneur, si l'Esprit Saint ne nous intro­duisait pas dans la vérité tout entière. C'est lui qui nous dilate pour tout ce que le Seigneur estime et aime; il nous procure en quelque sorte une vision globale de son amour, le fait apparaître dans une lumière objective. Nous découvrons les rapports entre son amour pour le Père, pour le monde, pour sa Mère, pour la croix, pour les pauvres et ainsi de suite. Tout le royaume de l'amour est déployé devant nous.

    Il ne parlera pas de lui-même. Il parlera plutôt à partir du Père et du Fils. Son discours aura le même caractère que sa présence au moment où, envoyé par le Père, il forma le Fils dans le sein de la Mère : le caractère d'une médiation. Et en vertu de ce caractère même qu'il avait lors de la formation du Fils en Marie, il présentera maintenant aussi la relation entre la Mère et le Fils. Sa présentation portera la teinte de celui qui seul fut présent à la génération du Fils. Alors aussi il était l'Esprit Saint; et ainsi la génération se produisit dans l'Esprit. Et pourtant c'est encore le Saint Esprit qui est à l'origine du corps du Fils dans le sein de la Mère. C'est lui qui a déposé cette origine en elle. Il se trouve donc à l'origine du mystère le plus intime entre la Mère et le Fils. Il fut témoin du choix de la Mère par le Fils et de l'acceptation de Marie de concevoir son Fils. Et c'est lui, le Saint Esprit, qui les a amenés l'un à l'autre. Ce fut son œuvre que la disponibilité mutuelle devînt un rapport réel entre Mère et Fils. Il a donc, dès le début, la part la plus essentielle et la plus intime dans leur mystère, et cela pas seulement comme Esprit pur, mais aussi sur le plan de la relation corporelle entre la Mère et l'Enfant. Il était caché au plus profond de cette relation corporelle-spirituelle, et a par conséquent suivi cette relation à travers la vie entière des deux. Mais de sa relation avec sa Mère, le Fils n'a guère parlé ici-bas, presque encore moins que de son intimité cachée avec le Père. Ce n'était pas un sujet que le Fils aurait pu exposer sur les places publiques, dans ses sermons au peuple. Cette intimité entre lui et sa Mère, il l'a gardée pour lui, car il aurait été impensable que le Fils eût choisi, pour sujet de sa prédication publique, les mystères de sa Mère virginale. Il y a déjà un mystère purement humain entre chaque fils et sa mère : le fait qu'il a vécu en elle, qu'il fut mis au monde et nourri par elle; un secret que. le fils ne divulgue pas. Cette discrétion exprime le respect que chaque fils doit à sa mère. Mais le mystère du Fils de Dieu par rapport à sa Mère virginale est infiniment plus profond que le mystère d'une filiation humaine. C'est un mystère insondable qui, dans sa mobilité, révèle des aspects toujours nouveaux : la Vierge devient Mère en devenant l'Epouse de l'Esprit, et Mère, elle devient l'Epouse de son Fils et la Mère de ses frères à lui. Et son mystère contient toujours le mystère entier d'un état de vie chrétienne: celui des épousailles, de la maternité et de la virginité. Tout cela est infiniment mystérieux, pas seulement au sens de l'intimité humaine privée, mais au-delà, au sens d'une relation personnelle unique cachée en Dieu. De tout cela le Fils ne peut parler, étant son Fils. Et pourtant, depuis qu'il s'est révélé, il n'y a plus de mystère purement privé. A cause de l'amour, il faut que tout ce qu'il possède de richesses intérieures soit révélé et rendu public. Tout ce qui est au Seigneur, même son mystère propre, doit appartenir dorénavant à tous. Ce sera la tâche du Saint Esprit de révéler cette plénitude. Mais ces mystères personnels de son intimité font partie des choses que le Seigneur ne veut pas mentionner maintenant, parce que ses disciples ne les supporteraient pas. Ils ne sauraient pénétrer le mystère de sa Mère, parce qu'ils ignorent encore tout du renoncement, de l'abnégation, de l'ascèse. Pourtant, c'est bien par là qu'on arrive à comprendre sa Mère.

    A partir de tous les états de vie chrétienne, l'Esprit Saint ouvre des accès à Marie. A la jeune fille, elle est présentée dans sa pureté parfaite, à la fiancée dans son abandon chaste, à la femme mariée, comme l'image idéale de la mère. Chaque état de vie lève les yeux vers elle et cherche à se retrouver dans cet idéal. Mais l'accès le plus immédiat à la compréhension de la Mère, ce .sont les vierges qui le possèdent, les prêtres et les religieux, en vertu de leur célibat Ce renoncement leur permet de pénétrer l'essence de la Mère, le vrai mystère de sa fécondité. Tout cela, c'est l'Esprit Saint qui le communique. Plus que le Fils, il sera l'initiateur et le propagateur de la mariologie dans l'Eglise.



    Ce qu'il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir. Ce qu'il a à dire ne provient pas en premier lieu de la période de la vie terrestre du Fils. Il puise plutôt l'essentiel là où la vérité habitait depuis toujours, dans la Trinité, et d'où maintenant elle aboutit à son épa­nouissement visible sur la terre. C'est de là que l'Esprit attestera au monde les choses à venir et procurera ainsi à la foi une nourriture toujours nouvelle. Il ne le fera pas comme le Fils, qui a parlé sur terre comme un messager et pour ainsi dire en son propre nom, mais il parlera immédiatement du lieu où il entend : du sein de la Trinité. Et lorsqu'il annoncera les choses à venir, il s'agira moins d'événements particuliers de l'avenir que du caractère futur de la vérité en général. Ce qu'il annonce, il l'annoncera de maniére de manière à le faire apparaître comme une chose qui est en train d'arriver et de se réaliser dans l'Esprit. Sa prophétie concernera le développement de l'Eglise, de la communauté et, en elle, l'épanouissement de l'individu particulier. Et cela ne se fera pas à l'aide de dates et de détails historiques, comme cela plaît tant à la curiosité humaine, mais de manière à rendre évidentes les exigences essentielles de la vie chrétienne. Il fera voir par exemple à ceux qui savent écouter ses prophéties ce qu'une communauté, un pays, un peuple peuvent devenir, s'ils s'ouvrent à la grâce de Dieu. Ou inversement : de quels châtiments sont menacés ceux qui se ferment à la grâce. Tout ce qui est dogme et règle dans l'Eglise entre également dans sa prophétie; dans l'Eglise, il ne sera pas d'abord l'amour visible, mais la structure solide, son objectivité à travers les temps, le cadre fermé à l'intérieur duquel la vie ecclésiale se développe. Bien que tout cela soit ment figé et actuel, nullement vivant et à venir, tement là que l'Esprit prophétise. Car tout ce qui nt ne cesse d'y prendre sa source. Toute vérité ment reconnue apparaît dans l'Eglise comme une n de ce qui était déjà connu. C'est l'Esprit qui fait pousser sur le tronc du dogme des branches et des toujours nouvelles. C'est lui qui fait comprendre les les lois nécessaires à l'existence de l'Eglise à une époque pour qu'elle mène à Dieu les hommes de ps. Il donne l'interprétation toujours exacte de e. En tout temps, il sert de médiateur entre la solide de la Tradition et les exigences variables lue. C'est en cela que consistera sa prophétie. aussi qui donnera à l'amour un caractère objectif en l'intégrant dans le cadre de la vie ecclésiale. Et grâce à son oeuvre, les chrétiens reconnaîtront dans l'amour des lois articulées, et acquerront, par ces lois et leur observance, un soutien qui leur prouvera qu'ils se meuvent à l'intérieur de l'amour. Dans les discours et les actes du tout n'était qu'appel à l'amour. Seul l'Esprit nous dira clairement comment réaliser l'amour dans chaque cas particulier. Cela ne signifie point un appauvrissement de mais au contraire son enrichissement. Car dorénavant il sera possible, à l'aide de lois claires, d'expliquer à d'autres quels sont les chemins qui mènent à l'amour et comment on peut y persévérer. C'est comme si le Seigneur avait fait cadeau aux siens d'un bout de terrain, avec l'ordre de le cultiver. Mais c'est l'Esprit qui défriche, qui trace les chemins, qui plante, taille, arrose, sème et récolte.

Adrienne von Speyr, Jean, le discours d'adieu, tome II, Éd. P. Lethielleux 1983, p 117-120
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