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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Père André Daigneault, Le Bon Larron, la croix et la messe - De la croix à la nouvelle Pentecôte

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Le Bon Larron, la croix et la messe

    Puisque nous abordons le domaine de la liturgie, je tiens à faire remarquer que le Bon Larron a assisté à la mort de Jésus en croix et il en a été transformé. Mais prenons-nous conscience que nous y sommes présents aussi réellement que lui chaque fois que nous assistons au sacrifice eucha­ristique?

    Le 30 juin 1968, dans sa profession de foi qui voulait répondre aux erreurs de certains théologiens sur la messe, le pape Paul VI disait clairement:

Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ, en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son corps mystique, est le sacrifice du Calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels.

    L'essentiel de la messe est constitué par la consécration, car la consécration de l'eucharistie, par le moyen du sacrement, et donc dans la foi, nous fait assister et participer au sacrifice rédempteur. Un sacrement est un signe qui réalise ce qu'il signifie: la consécration de l'eucharistie actualise le sacrifice de la croix. Nous y sommes donc aussi réellement présents que Marie, saint Jean et le Bon Larron.

    L'immolation de la messe n'est pas une immolation autre que celle de la croix; elle EST l'immolation de la croix sous la modalité sacramentelle représentée par le sacrement. Est­-ce qu'on enseigne encore cela à nos chrétiens? Savent-ils qu'il y a une immense différence entre une simple liturgie de la Parole et la messe, et que rien ne peut remplacer le sacrifice eucharistique? Tout cela n'est pas une ancienne doctrine dépassée; c'est une doctrine présente partout dans les quatre prières eucharistiques.

    La messe a donc la même valeur infinie que la croix comme source de grâces et de sainteté puisqu'elle n'est rien d'autre que la croix elle-même réalisée à nouveau sous la forme du sacrement. Il en résulte que la messe devrait être le fondement de toute notre vie chrétienne et qu'elle est infiniment supérieure à toute autre pratique de piété, à toute autre œuvre ou action quelconque. Nous mettrions nos œuvres au-dessus de la croix de Jésus Christ si nous ne la considérions pas ainsi.

    Le saint Curé d'Ars le disait:

Toutes les bonnes œuvres réunies n'équivalent pas au saint sacrifice de la messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes et la messe est l'œuvre de Dieu; le martyre n'est rien en comparaison, c'est le sacrifice que l'homme fait de sa vie à Dieu; la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l'homme de son Corps et de son Sang.

L' eucharistie, sacrifice

    Tous les missionnaires arrivant dans un nouveau pays commençaient par y planter une croix et par y célébrer le sacrifice de la messe, centre de leurs propres sacrifices pour la formation d'une Eglise. Car tout se tient dans le mystère de la croix: le Christ et les chrétiens, le Golgotha historique et la célébration du sacrifice eucharistique, l'offrande des espèces sacrées et celle des vies crucifiées. Tout gravite autour de la croix.

    On a beaucoup insisté depuis plusieurs décennies sur la dimension du repas partagé au cours de l'eucharistie, mais on a peut-être oublié que c'est un repas marqué par un sacrifice) mystérieusement représenté devant nous, et qu' y participer signifie aussi partager son mystère d'immolation doulou­reuse en vue du salut. Jean-Paul II affirmait:

L'eucharistie est surtout un sacrifice: sacrifice de la Rédemption et, en même temps, sacrifice de la nouvelle alliance (Mystère et culte de la sainte eucharistie, 24 fév. 1980).

    De son côté, Paul VI disait:

Dans le mystère eucharistique est représenté de façon merveilleuse le sacrifice de la croix consommé une fois pour toutes sur le Calvaire; ce sacrifice y est sans cesse rendu présent à notre souvenir et sa vertu salutaire y est appliquée à la rémission des péchés que nous commettons chaque jour (Mysterium Fidei).

    Et le concile Vatican II de l'affirmer:

Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il était livré, institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles jusqu'à ce qu'il vienne (Lumen Gentium, 7).

    Représentant sur le Calvaire l'humanité gravement blessée par le péché, la croix du Bon Larron doit donc être associée à celle de Jésus. Elle est une urgente invitation au total abandon à la miséricorde divine.

    L'exemple du Bon Larron, qui y a participé directement et le premier, revêt de ce fait une importance universelle.

    Le souvenir du Bon Larron ne peut être que bénéfique pour chacun de nous. Sa présence au sacrifice du Calvaire doit nous aider à mieux saisir l'insondable mystère de la Pâque du Christ, à mieux vivre notre participation au sacrifice eucharistique.

    Il n'y a qu’un sacrifice digne de Dieu et salvateur pour le monde: le sacrifice de la croix. C'est pourquoi il n'y a rien de plus grand que la messe. Ce sujet a été développé avec précision par Jacques Maritain: 

Par le moyen du signe sacrificiel, la toute-puissance divine nous rend présent le sacrifice de la croix éternellement conservé au ciel. .. Au moment le plus solennel de la messe, nous sommes réellement présents au sacrifice de la croix tel qu'il a eu lieu dans le passé; mais s'il en est ainsi, c'est parce que, par l'effet (n1iraculeux) d'un signe rituel Cà portée existentielle) accompli sur l'autel, nous sommes réellement, physiquement rendus présents à ce même sacrifice de la croix tel qu'il est éternellement conservé au ciel .. Par la vertu du signe sacrificiel, un certain moment de notre ten1ps est rendu n1iraculeusement participant à l'éternité divine pour s' y confondre avec un certain moment d'un certain temps passé conservé en elle (Approches sans entraves).

    En faisant comprendre que la messe actualise le sacrifice de la croix, alors on invite les pécheurs, les voleurs, les prostitués et tous les larrons à venir s'offrir et offrir la divine Victime et à recevoir des grâces innombrables, même celle de la conversion comme le Bon Larron, et cela sans nécessairement communier.

Es-tu là?

     «Etais-tu là, étais-tu là quand ils crucifièrent mon Seigneur? - Were you there, were you there when they crucified my Lord? », chante un très beau negro spiritual. Et il poursuit: «Parfois cette pensée me fait trembler, trembler, trembler!»

    Demandons au Bon Larron de regarder d'un regard neuf celui que nous avons transpercé par nos péchés. Demandons-lui la grâce de regarder Jésus en croix avec foi, repentir et confiance. «Salut, ô Croix, mon unique espérance! », dit l'hymne du temps de la Passion.


De la croix à la nouvelle Pentecôte

    Le retour à la dévotion du Bon Larron pourrait nous faire redécouvrir le mystère et l'efficacité surnaturelle de la croix. Il nous faut comprendre que le Bon Larron n'est pas un saint à rabais, un chanceux de dernière minute, mais qu'il a été complètement transformé par la grâce et qu'il est un saint, un vrai saint, un grand saint, comme Thérèse de l'Enfant-Jésus ou saint Vincent de Paul. Car, comme l'écrivait Jean Daujat:

Il faut affirmer, contrairement à Luther, que cette infinie sainteté de la croix de Jésus Christ, sans laquelle nous sommes irrémédiablen1ent pécheurs, ne nous laisse pas pécheurs en ne nous donnant qu'un titre juridique à l'attribution du salut, mais nous est réellement communiquée pour que nous cessions d'être pécheurs et devenions vraiment et réellement saints par Jésus Christ et en lui. (La Grâce et nous, chrétiens, Fayard, p. 111)

    En 1933, le Seigneur révélait à Marthe Robin que l'Eglise retrouverait sa jeunesse, qu'il y aurait un nouveau printemps, une nouvelle Pentecôte d'amour, mais il lui demandait d'offrir sa vie. Pendant cinquante ans, Marthe a vécu la Passion dans l'effacement et la discrétion. «Après la défaite matérielle des peuples, disait-elle, arrivera cette nouvelle Pentecôte d'amour.»

    Cependant, avant la résurrection du Christ et la Pentecôte, n'oublions pas qu'il y a eu la Passion, la croix et le silence du tombeau!

    Si l'Eglise n'est autre que «Jésus répandu et communiqué », comme l'enseigne Bossuet, elle doit à son tour s'unir à la Passion rédemptrice du Fils de Dieu crucifié avant cette nouvelle Pentecôte d'amour.

    Sur le Calvaire, alors que le Bon Larron reconnaît ses péchés et reçoit l'assurance de son salut, les ténèbres recouvrent Jérusalem. Barabbas est libéré. Les princes des prêtres, les docteurs et les théologiens triomphent. Humainement, c'est l'échec. Les apôtres sont en fuite; seule Marie, mère de Jésus, conserve toute la foi de l'Eglise en son cœur douloureux et immaculé. C'est l'heure du Bon Larron précédant les ténèbres du samedi saint et la résurrection du matin de Pâques, annonçant la descente de l'Esprit Saint sur l'Eglise. Je crois que par l'intercession du Bon Larron nous aurons bientôt des conversions surprenantes, car «Dieu ira chercher ce qui est fou pour confondre la sagesse des intelligents» (1 Co 1,27).

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 160-165
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