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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Père André Daigneault, Le Bon Larron, mystère de miséricorde

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    Le concile Vatican II recommande de n'étendre à l'Eglise universelle que «les fêtes commémorant des saints qui représentent véritablement une importance universelle» (SC n° 111). Il n'est guère de saints, semble-t-il, pour lesquels cette recommandation conciliaire se réalise mieux que le Bon Larron. N'est-il pas surprenant que l'on n'ait concédé à cet unique canonisé de l'évangile qu'une simple messe de dévotion?

    En réalité, il semble qu'on puisse affirmer que l'ultime témoin de la miséricorde divine est un saint pour tous et pour tous les temps, et peut-être même très spécialement pour notre temps.

    Son exemple ne peut être que bénéfique pour chacun de nous. Sa présence au sacrifice du Calvaire doit nous aider -à' mieux saisir l'insondable mystère de la Pâque du Christ, à mieux vivre notre participation à l'eucharistie.

    Sa foi, sa patience dans la souffrance, l'acceptation de sa croix par amour de Dieu sont d'autres fruits personnels que nous procure le Bon Larron. Quand le poids de nos misères engendrera en nous le désespoir, il saura nous redonner la pleine confiance en l'infinie miséricorde divine.

    Mais au-delà de ces motifs d'ordre personnel - qu'il serait facile d'énumérer -, il en existe d'autres, d'ordre universel, qui militent en faveur d'une extension aussi large que possible du culte du Bon Larron.
 
    On pense d'abord à divers aspects de la mission actuelle et universelle de l'Eglise; ensuite à l'importance du culte du Bon Larron au plan œcuménique; enfin à la dimension eschatologique, trop méconnue, du message évangélique.

    De plus, si l'on souhaite bénéficier personnellement de l'intercession du Bon Larron et, grâce à sa prière, suivre son exemple, comment ne pas aspirer à ce que sa mémoire liturgique soit célébrée par toute l'Eglise?

Culte et dévotion envers le Bon larron

    S'enracinant dans la tradition des Pères de l'Eglise, ce culte et cette dévotion ont une longue histoire que nous allons maintenant parcourir succinctement.

    D'abord, les écrits des Pères de l'Eglise nous conduisent de surprise en surprise. Leur éloquence est inépuisable et leur admiration unanime pour ce Larron qui a gagné leur sympathie.

    «Insatiables de détails, intarissables d'éloges, ils lui ont prodigué une tendresse privilégiée », écrit le père Bessières. Pourquoi de telles effusions et un si vif intérêt?

    La tradition qu'ils nous ont léguée manifeste de manière éclatante le bien-fondé du culte et de la dévotion envers celui que saint Jean Chrysostome appelle «la figure et le précurseur de tous les élus». En toute fidélité à leur enseignement, l'Eglise l'a entouré pendant des siècles d'une grande vénération.
 
    En Orient d'abord, le Bon Larron était mentionné sans être nommé dans le Synaxaire de Constantinople, au IXe ou Xe siècle.
 
    Le commentaire qui est lu au début de la messe en l'honneur du saint Larron, et qui se trouve au Propre de Jérusalem, indique que, déjà au Xe siècle, son culte était attesté à Jérusalem.
 
    Dans les Eglises chrétiennes de Syrie et d'Irak (anciennement la Mésopotamie), sa fête est célébrée le samedi de la semaine de Pâques; les Grecs, pour leur part, le commémorent le 23 mars; enfin, chez les Latins, le nouveau martyrologe a maintenu la mention du Bon Larron à la date du 25 mars, date considérée depuis la plus haute Antiquité comme le jour anniversaire de la mort du Christ.
 
    Pierre de Natalibus fut le premier compilateur à avoir mentionné le Bon Larron dans son Catalogue III publié en 1372. Il le nomme Dismas. Baronius l'inscrira également dans le martyrologe romain, mais sans lui attribuer un nom et en lui donnant le titre de confesseur, à la date du 25 mars, autrefois communément admise pour être celle de la mort du Christ (cf. «saint Dismas », Dictionnaire du catholicisme, tome III, col. 886, Letouzey et Ané, par Dom Jacques Dubois). De récentes études avancent le 14 ou 15 nisan pour la mort du Christ, vraisemblablement le 7 avril de l'an 30 de notre ère.
Au Moyen Age, la popularité du Bon Larron était très importante.

    Progressivement, son culte liturgique s'est étendu. Beaucoup de diocèses solennisaient sa fête, comme l'atteste saint Pierre Canisius, qui a beaucoup voyagé en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Autriche et en Italie. Il précise qu'elle était célébrée dans l'ancienne cathédrale de Bruges, comme dans la plupart des églises.

    Au XVIe siècle, l'ordre de Notre-Dame de la Merci pour la rédemption des captifs obtint du pape Sixte-Quint l'approbation de son office du Bon Larron.

    Au XVIIIe siècle, c'est au tour de la congrégation des pieux ouvriers (Italie) d'obtenir la même faveur; elle choisit le Bon Larron comme patron de ses missions.

    Les Oblats de Marie, les Serviteurs de Marie, les Clercs réguliers de saint Gaétan de Thiene récitaient l'office du Bon Larron.

    Le Bon Larron était aussi très populaire en certaines régions de l'Espagne, en Angleterre, et surtout en Italie méridionale.

    Depuis le concile notamment, le Bon Larron revient progressivement à la lumière.

    Ainsi, il est actuellement célébré le 12 octobre au calendrier du Patriarcat de Jérusalem, depuis le 16 juin 1971, une tradition dont témoigne déjà, au Xe siècle, le calendrier géorgien palestinien.

    Sa mémoire a été par la suite ajoutée au calendrier de Lyon depuis le 27 septembre 1976, puis à celui de Saint-­Flour, depuis le 20 novembre 1981.

    Depuis le 27 juillet 1982, sa messe a été insérée dans le recueil des messes votives de la Terre sainte. Elle est célébrée en Jordanie et à Chypre. En 1985, la Congrégation pour le culte divin a accordé pour la France une messe du Bon Larron à l'Aumônerie nationale des prisons.

    Une émouvante dévotion populaire au Bon Larron se vérifie en plusieurs parties du monde, mais surtout en Orient et en Amérique latine.

    De nos jours, les prêtres - dès lors qu'ils en ont la pos­sibilité - répondent, au nom du Christ rédempteur et à son exemple sur la croix, à la demande de son compagnon de crucifixion en se souvenant eux-mêmes de lui, à travers la célébration de la messe, mémorial de la Passion du Christ. Faire mémoire du Bon Larron, n'est-ce pas proclamer la miséricorde divine et l'appeler sur nous tous? Et n'est-ce pas encore témoigner de l'espérance qui est en nous?

Le Bon Larron, mystère de miséricorde, Éd. Anne Sigier 2000, p. 155-159
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