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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Adrienne von Speyr, La confession des Saints (2)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    La Petite Thérèse a une curieuse façon de se confesser, comme elle a aussi une curieuse façon de reconnaître le péché. Au fond, elle ne voit jamais très clairement ce qu'est le péché; par des allusions elle apprend que les hommes font des choses qui offensent Dieu, et ces choses ont des noms précis qui les définissent de façon exhaustive : mensonge, vol, meurtre, haine, orgueil, égoïsme. Mais ces choses et leurs noms n'ont pas de rapports essentiels avec elle. Le mal est pour elle ce qui s'oppose au bien, mais ce rapport d'opposition reste en quelque sorte vague et abstrait. Pour elle, tout ce qui est péché est effrayant ; elle pense au péché, elle en parle, mais comme on parle de choses qu'on ne veut pas exprimer pleinement. Cette attitude vis-à-vis du péché se reflète nettement dans ce qu'on a appelé sa «nuit». Elle parvient dans ses souffrances jusqu'au Mont des Oliviers. Elle y parvient aussi avec ce qu'elle sait du péché, ce qu'elle en reconnaît, ce qu'elle en assume. Mais on ne saurait pas exactement ce qu'est la souffrance du Mont des Oliviers, si on ne connaissait pas autant la croix du Golgotha. Aussi y-a-t-il chez Thérèse comme une sorte de tâtonnement, de glissement autour du péché. Au «Mont des Oliviers», on ne peut pas mesurer parfaitement de quelle manière le péché offense Dieu. La confession de Thérèse reflète cela: elle s'accuse de petites choses, de tous petits détails, mais elle ne pénètre jamais jusqu'au point où Saint François se confesse. Elle est infiniment heureuse de n'avoir jamais commis de péché mortel, mais ce savoir entrave sa confession. Son aveu reste au stade de la préparation, comme le Mont des Oliviers est préparation à la croix. Il y a des débuts, des élans, mais ils ne sont jamais poursuivis jusqu'au bout. Il y a aussi quelques excuses au milieu de l'aveu. Et pourtant elle serait prête à porter davantage, elle serait heureuse de se trouver en communion avec les pénitents. Ici l'accent qu'elle met sur sa petitesse peut parfois sembler un peu mesquin. Il manque à sa confession, comme à son discernement du péché, la pleine transparence, la clarté du jour, le réalisme. On pourrait aussi dans cette catégorie de saints trouver des confessions parfaites, où le saint veut se laisser conduire jusqu'à la croix. Non pas en anticipant des choses que le Seigneur n'accorde pas, mais dans une attitude de «laisser-faire» qui ne se contente pas de s'oublier passivement au moment décisif, mais qui accueille activement ce qui se dévoile. Même celui qui n'a pas commis de péché doit connaître le péché. Ce peut être le fait du courage chrétien qui ne se contente pas de quelque chose de vague, mais qui sait qu'après le «Mont des Oliviers», si pénible soit-il, il y a la croix réelle.

    Louis de Gonzague est très différent; il ressemble plutôt à Catherine de Sienne. Le péché le fait souffrir et il ne se soustrait pas à cette souffrance. Il peut considérer le péché de façon objective et réelle. Il n'y prend aucune part, il n'est pas lié au péché par le péché, mais il le connaît. Il veut savoir ce qu'il est. Et ce qui est insupportable pour lui passe immédiatement dans ce qui est insupportable pour le Seigneur. Il n'est pas porté à fixer ses propres limites et à voir jusqu'à quel point il est impliqué ou non. Son passé ne joue pas un grand rôle. Il remercie le Seigneur de pouvoir faire ce que Dieu attend de lui à l'heure actuelle. S'il avait commis un péché mortel, eh bien! ce serait fait et il en serait terriblement affligé, mais il s'en confesserait et irait de l'avant. Mais s'il sait qu'il n'en a pas commis, il en remercierait sans doute Dieu brièvement, mais sans y attacher une grande importance. Lui aussi s'accuse d'être distant de Dieu, mais sans s'occuper de l'origine de ce décalage. Il fixe intensément ce «toujours plus» de Dieu et de sa grâce, et il confesse ce qui lui manque. Et ce n'est rien de théorique. En cela il est très proche de François. Mais il ne se construit pas non plus une théologie du péché qu'il constate chez les autres. Ce sont, à son avis, des croyants comme lui, des frères même qui n'aiment pas assez, mais lui non plus n'aime pas suffisamment. Aussi, quoiqu'il puisse désigner leurs péchés par un nom approprié, il égale ses frères dans ce manque d'amour. Et pour lui il n'est pas essentiel que ce manque d'amour ait causé tels péchés précis ou, comme dans son cas, qu'il ait fait obstacle à un amour plus ardent. Son repentir naît là où il reconnaît combien il est loin de répondre aux exigences de l'amour. On ne peut donc pas dire, pour lui ou pour des cas semblables, qu'il n'y aurait pas « matière» à confession et par conséquent point d'absolution. Il éprouve la grâce de l'absolution avec beaucoup d'acuité, plus que la Petite Thérèse. Et cette grâce lui donne une nouvelle impulsion pour aimer.

    La Mère de Dieu ne se sent pas exclue de la communion des pénitents, parce qu'elle participe au plus haut degré à l'attitude de confession de son Fils. Elle est impliquée dans la confession de tous les pécheurs, en ce lieu où le Fils en tant qu'homme est parfaitement transparent devant son Père, où il confère à sa propre humanité sa transparence divine. La Mère voit cette transparence infinie et, malgré sa perfection, ne cesse d'aspirer à cette transparence inaccessible. Elle y aspire sans se soucier du résultat. L'essence de l'attitude de confession chez elle est d'être assimilée au Fils. Il n'y a pas d'absolution pour elle, mais la plus profonde proximité avec le Fils Rédempteur et Purificateur de tous les pécheurs, et cette proximité, elle la communique dans un sens eucharistique.

La confession, Éd. Lethielleux, Collection Le Sycomore, 1981, p.233-235
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