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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Père Th. G. Chifflot, La rencontre du Christ, source et terme de l'Écriture

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
"Nul n’a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est
dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître." (Jean 1,18)

    Si nous connaissons Dieu, c’est dans et par le Christ, qui nous porte la Parole de Dieu. C’est Lui, le Christ, qui nous révèle en sa personne et son action, l’être et la vie de Dieu. "Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous et nous avons vu sa gloire" (Jn 1, 14). Le Christ est au milieu de nous, qui parlons de Lui. Chacun le connaît, bien sûr Mais comment le connaissons-nous?

Nous faisons partie d’une lignée.

    Nous avons tous dans la mémoire le souvenir des paroles ou des pages de ceux qui, avant nous ont connu le Christ : l’admirable cri de Lacordaire lorsqu’il découvre le Christ comme le seul qui peut être éternellement aimé : "Un jour on s’arrête, on écoute et une voix nous dit dans la conscience : voilà Jésus-Christ!" Le Christ lui-même nous a parlé de ceux qui l’avaient reconnu. Et nous découvrons l’émotion secrète et cette sorte de repos dans l’âme, quand, malgré ceux qui le refusent, il peut avouer : "Abraham, votre père, a tressailli de joie à la pensée de voir mon Jour à moi, il l’a vu et s’est réjoui" (Jn 8, 56). C’est le même cri chez saint Pierre : "Sans l’avoir vu vous l’aimez; vous croyez en lui sans le voir encore et vous en tressaillez d’une joie indicible et toute céleste" (1 P 1, 8). Et c’est la même foi dans la dernière confession, celle de l’Apocalypse, résumant toutes les autres : "L’Esprit et l’Epouse disent : ‘Viens!‘ Que celui qui écoute dise : ‘ Viens!‘"

    Et nous, à notre tour, nous connaissons le Christ. Nous venons après Abraham, et nous venons après les prophètes et les apôtres (témoins de l’attente et témoins tout court); nous venons après quatre siècles de controverses christologiques et plusieurs conciles, après vingt siècles de théologie et d’exégèse, après tant de "Vie de Jésus" et combien de "Traités du Christ", et des années consacrées à les étudier, et après combien réunions et de colloques mystiques; et nous venons après la grande multitude de ceux qui ont vécu en faisant avec lui le signe de la croix. Et, après nos aimées de vie de baptisé — si nous sommes prêtres, après toutes, les messes où nous lui avons prêté nos mains et nos paroles, "en mémoire de moi" — et après tout ce que nous avons prêché en son nom, se pose alors cette question : Quelle est notre image du Christ? Que savons-nous de lui? Qu’est-il pour nous?

    C’est bien vrai, à chacun de nous est encore posé la question : "Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ?... Mais pour vous, qui suis-je?" (Mt 16, 13,15)

    Ici, plus que jamais, chacun doit donner sa réponse : la même et différente, de même que Jean, Pierre, Matthieu ou Paul disent des choses, les mêmes et différentes pourtant. C’est le secret de chacun. Comme Nathanaël, chacun de nous a son figuier, où le Christ est venu le chercher.

Suivre ces témoins.

    Pour nous, il n’y a rien à faire de mieux que de suivre ces témoins. Car, c’est vrai, il s’agit bien de suivre, mais nous n’y croyons pas assez. Il y faut un mouvement, une découverte progressive. Nous savons notre catéchisme, certes : deux natures, une personne, bien sûr — mais comment savons-nous cela? C’est une question à nous poser avant de la poser à nos frères. Et pour mieux comprendre cette question, nous pouvons chercher à voir comment ses disciples — ceux qui l’ont vu : Pierre, Jean, André, Zachée, Madeleine... Paul — connaissaient le Christ, eux qui l’avaient vu. Pour chacun d’eux, un jour, il y eut une vocation, soit parce qu’ils reçurent un simple appel — "suis-moi" —, soit parce qu’ils virent des miracles, soit parce qu’ils entendirent sa parole, soit parce que le Christ vint les chercher sous le figuier, soit parce qu’ils furent pardonnés de leur péché, soit parce que le Christ leur fut montré par Jean-Baptiste. En chacune de ces occasions naît la foi, quoique, souvent, ce ne soit pas la foi dès le début, mais simplement l’étonnement, l’admiration qui fait murmurer la foule . "C’est Élie, ou l’un des Prophètes."

    À partir de ces témoins, nous découvrons simplement ce qu’il en sera pour nous, nous découvrons mieux qu’il s’agit d’un mouvement, d’une découverte, à condition, qu’on Le suive. Et pourtant, Jésus prêche le Royaume en commençant par l’affirmation d’une brisure, et d’une ouverture pour du neuf : "Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez en l’Evangile" (Mc 1, 15). Les témoins suivent, tandis que les démons sont plus rapides : "Je sais qui tu es, le Saint de Dieu" (Mc 1, 24), les hommes s’interrogent encore et ils ont peur : "Tous furent saisis de frayeur, tellement qu’ils se demandaient entre eux : ‘Qu’est ceci? Un enseignement nouveau, donné d’autorité!’" (Mc 1, 27). Mais à travers les oppositions, et le "vent messianique", chez les disciples, la foi fait son chemin vers la connaissance. Ils ont rencontré le Christ, mais ils apprendront maintenant jour par jour à le connaître. Comme dit le Chinois à Rodrigue, dans Le Soulier de satin : "Vous ne saviez même pas la couleur de ses yeux."

Etre progressivement saisi par le Christ.

    Et cette foi va cheminer par des questions. Au milieu de la tempête, le Christ dort, qui donc est-il? (Mc 1, 35-41). Et c’est pour nous aussi que les disciples ont fait ce cheminement, cette "cogitatio fidei" dont parlera saint Thomas d’Aquin, cette recherche de la foi en quête de son objet.
Nous découvrons progressivement les traits humains du Christ qu’ils rencontrèrent dans l’Évangile: la pitié, la colère, les larmes, la fatigue.

    Nous les suivons dans la découverte de la puissance, la vision des miracles, la rencontre de la parole d’autorité. Ainsi ils découvrent les moeurs de Dieu dans le comportement d’un homme, "prenant condition d’esclave et se faisant semblable aux hommes" (Ph 2, 7).

    Et ainsi jusqu’à la confession de Pierre : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 13-16).

    Et aussitôt ("À dater de ce jour", Mt 16, 21), c’est l’annonce de la Passion qui entraîne le nouveau le scandale et cette parole du Christ : "Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes" (Mt 16, 23).

    Alors la Transfiguration prend tout son sens: celui d’être le sceau de la divinité sur l’humanité destinée à la mort (Mt 17, 1 ss). "Ils étaient en route, montant à Jérusalem" (Mc 1, 32).

    La crise décisive de la Passion: que reste-t-il alors de leur foi? Les pèlerins d’Emmaüs nous répondent : "Nous espérions, nous, que c’était lui qui délivrerait Israël, mais avec tout cela, voilà deux jours que ces choses se sont passées" (Le 24, 21). Il reste pourtant quelque chose : "Notre coeur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les Ecritures?" (Le 24, 32). Il reste une fidélité dans la nuit à ce qu’on a cru. Et pour nous, à certains jours, notre foi ressemble à cela...

    Enfin le Christ ressuscité : désormais, la foi est assurée, mais assurée dans le mystère. Romano Guardini l’a très bien noté dans un chapitre de son livre Le Seigneur : le Christ à la fois concrètement vivant, mais non plus familier comme autrefois. Ce mystère d’une présence et d’une distance, que saint Thomas d’Aquin traduit admirablement dans les questions sur la vie du Christ ressuscité : Resurrectio fuit et vera et gloriosa. "Mets tes mains dans la marque des clous" (Jn 20, 27). Mais aussi: "Ne me touche pas" (Jn 20, 17).

*
* *
    Tel se présente ce cheminement qui nous conduit au Mystère du Christ auquel fait face la foi. Pour nous, le contenu de cette foi est fixé par l’Ecriture, les conciles, les théologiens, et c’est pourquoi nous pouvons dire que nous "savons" qui est le Christ.

    Nous "savons"? La lecture de toute la Bible nous montre tout ce que ce mot a demandé aux disciples :
— de la familiarité ("Nous qui avons mangé et bu avec lui") à l’adoration;
— de la confiance ("Si c’est toi, commande que je marche avec toi sur la mer") à l’effroi ("Seigneur, retire-toi de moi, je suis un pécheur");
— du "Allons et mourons avec lui", ou des protestations de Pierre, au sommeil de Gethsémani et à la fuite;
— du "Je ne connais pas cet homme" à "Ce que j’ai, je te le donne, au nom de Jésus-Christ le Nazaréen, marche" (Ac 4, 20);
— du "Qui sera le premier dans ton Royaume?" à "Ils s’en allèrent du Sanhédrin, tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom" (Ac 5, 41).

    Pour nous aussi chrétiens du XXe siècle, théologiens patentés ou simples fidèles, croire au Christ, et suivre le Christ, cela nous obligera peut-être à passer par tous ces chemins. Nos "frères dans la foi" ont bâti de leur sueur cette maison : les fils l’habitent sans fatigue... et dire "Seigneur mon ami", c’est parfois un peu facile.

    Pour les témoins, la foi a été un combat spirituel. Il n’y a pas de "fils à papa" dans le Royaume des Cieux. Pour nous aussi, ce sera un combat intérieur (extérieur aussi peut-être). Pouvons-nous en faire l’économie? Il faut ici entrer dans le mystère.

    Si c’est bien nous vivants qui savons le Christ vivant, il faut que notre contemplation renouvelle chaque jour notre foi dans le Mystère du Christ, Jésus Seigneur: "Seigneur, c’est toi", je te connaissais et je ne te connaissais pas... Que ma foi soit vivante, pour te saisir et être saisi par toi.

Comprendre la Bible, Foi Vivante, Éd. du Cerf, 1965, p. 131-136
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Joséphine 05/03/2007 21:47

Mon Père,
J'ai 2 question à vous poser et qui n'ont rien à voir avec votre texte qui était très intéréssant:
1° pourquoi sur certains crucifix, Notre Seigneur Jésus a la marque du coup de lance et sur d'autre non?
2°Je vais peut-être paraître stupide, en posant cette question, mais je me lance: le coeur de Jésus était à droite ou à gauche? Car, sur certaine oeuvre pictural, d'il y a quelque siècle, il y a des artiste qui ont représenté le crucifix en mettant le coeur de Jésus à droite... il ya plus de 10 ans, j'étais à saint-domingue et dans un musée j'ai vu une toile qui représentait Jésus en croix avec le coeur à droite... récemment, j'ai vu la même chose dans un livre de prière qui contenait des images.
De Guadeloupe.

Walter Covens 07/03/2007 02:42

TA double question est intéressante. Pour la première je répondrais tout simplement que c'est une question de chronologie : certains tableaux représentent Jésus sans la marque du coup de lance parce que le moment que l'artiste a voulu rendre est un moment où le coup de lance n'avait pas encore été donné, exactement comme quand on prend la photo d'une femme enceinte, sur le point d'accoucher, mais n'ayant pas encore accouché.Biologiquement parlant, le coeur de Jésus était au même endroit que le tien. Mais s'agit-il du coeur? En fait l'évangile de S. Jean, qui nous rapporte la scène de la transfixion ne parle pas du "coeur" mais du "côté": "Un des soldats avec sa lance lui perça le côté" (Jn 19, 34). Mais il ne dit pas de quel côté. D'où les variantes possibles. Il se peut qu'une partie des réprésentattions de cette scène aient été influencées par le Saint-Suaire de Turin, notamment. Je te laisse vérifier de quel côté la blessure du côté transpercé de Jésus apparaît sur le Linceul de Turin. quand tu auras trouvé, tu pourras nous partager le fruit de ta recherche.

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