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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Père Daniel-Ange, Touche pas à ma Mère ! Une réponse à Jacques Duquesne (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
II. DES PRESUPPOSES IDEOLOGIQUES

Il est évidemment exclu, dans le cadre étroit d’un fascicule de réfuter, rectifier, éclairer ses arguments, page par page. Déjà débordé par mon ministère à Jeunesse-Lumière, par mes missions apostoliques à travers le monde et par mes autres ouvrages en chantier, je n’en ai absolument pas le temps. A d’authentiques exégètes et historiens de le faire.
Ici, simplement et de manière succincte, offrir quelques éléments de réponse, ouvrir quelques pistes de réflexion. Avant d’aborder trois points précis dont la triple dénégation est au cœur de l’ouvrage –Virginité, Conception Immaculée et Assomption – souligner quelques présupposés qui sous-tendent de part en part ses positions, et en infirment la portée.

1. Dieu interdit d’interférence
Le refus a priori de toute possibilité pour le Créateur d’intervenir en direct et personnellement dans l’œuvre de sa création. Même en admettant qu’elle vient de Lui, désormais : interdiction formelle d’interférer. Il n’a plus rien à dire ni à faire. Sinon en respectant scrupuleusement l’ordre naturel des choses. Bref, Dieu est sommé de ne pas se mêler de mes petites affaires. Toute interférence serait ingérence dans notre autonomie absolue.
C’est le refus pur et simple du surnaturel, en tant que tel. Le miracle n’existe pas. Et si l’on refuse ces interventions miraculeuses de Dieu, pour la conception de Marie, pour celle de Jésus, pour ses miracles, alors il est logique de la refuser pour la Résurrection.
Dieu est limité à ce que ma misérable raison veut bien en comprendre. A la limite, on en arriverait à la négation de toute transcendance. Et, de fil en aiguille, Jésus en est réduit à n’être plus qu’un gentil poète, philosophe sur les bords, définitivement mort à 33 ans. Je peux l’admirer, d’une certaine manière platonique l’aimer. Je ne puis le toucher en son Corps eucharistique.

2. L’impossible surnaturel
La virginité maternelle : « C’est impossible ! » Un point c’est tout. Le verdict est prononcé, sans recours, sans débat. Sans la moindre nuance. Pourtant le message de Gabriel le clame haut et fort : « Car rien n’est impossible à Dieu ».
Il peut lancer le cosmos dans l’espace, mais naître d’une Vierge : impossible ! N’a-t-il jamais lu, J.D. : « Pour les hommes c’est impossible, mais à Dieu, tout est possible » (Mt 19,26). Mais… voyons ! ce n’est sûrement pas un des « ipsissima verba », une de ces rarissimes paroles que certains exégètes ont la gentillesse de laisser encore à Jésus Lui-même toutes les autres lui étant arrachées, confisquées, au profit des… premiers chrétiens.
On peut y joindre cet autre a priori : tout ce qui est ordinaire, naturel, est plus beau et meilleur de tout ce qui pourrait relever du surnaturel, taxé péjorativement de « merveilleux ».
Si Marie nous est plus proche étant une brave mère de famille, « entourée de sa marmaille », alors, Jésus serait aussi bien plus homme, et proche de nous, s’il était marié avec de nombreux enfants. Il faut être logique, non ? Allons plus loin : Jésus serait bien plus humain s’in n’était pas… Dieu ! Pour l’aimer comme un homme totalement semblable à nous, alors cessons de croire en sa divinité. (Pas qu’heureusement J.D. ne franchit pas : il croit fermement en son identité divine).

3. Où le virtuel s’impose sur le réel
Le subtil passage du réel au virtuel, de l’Incarnation à l’abstraction. Car finalement ce qui compte, c’est le message, l’idée, la pensée. Le fait historique en tant que tel, n’a aucune importance, réduit qu’il est à de la littérature du symbole, au mieux à la poésie. On touche ici du doigt le débranchement vicieux de la réalité, typique de l’hyper-intellectualisme, rationalisme, cartésianisme occidental moderne. On verse dans le monde virtuel. On virtualise la Révélation. Peu importe que Jésus soit physiquement ressuscité, l’important est qu’Il survive dans la pensée des hommes !
Peu importe que Bartimée ouvre effectivement les yeux, l’important c’est le message spirituel (mais tel aveugle que j’ai vu recouvrer la vue lors d’une Eucharistie, va-t-il me dire que cela n’a guère d’importance ?). Bref, tout l’Evangile finit par être spiritualisé, cérébralisé, virtualisé. Comme on est loin de l’humble réalisme des Pères !
Paradoxalement : c’est une négation de la signification même de l’Incarnation. Elle perd toute raison d’être. L’Incarnation en devient une abstraction. Pourquoi, mais pourquoi donc Dieu a-t-il voulu être vu et touché, s’il suffisait de communiquer un message ? Prophètes et anges y suffisaient.
Mais quels fiancés se content de mails, sans vouloir entendre de vive voix, et surtout voir et mieux encore toucher la personne aimée. Si l’on déracine la foi de l’humble réalité physiologique, il ne reste que des idées, et les idées virent vite aux idée-ologies !
Pourquoi encore les sacrements ? Pourquoi y faut-il de la matière, des gestes bien concrets. La parole devrait suffire. Et encore mieux : juste l’idée. La seule pensée que je suis baptisé, cela suffit : et voilà je le suis ! Ce serait tellement plus simple ! Tellement plus beau ! Tellement plus digne de Dieu ! …Cette cérébralisation ne cache-t-elle pas subrepticement un mépris de la matière ?
Quoique l’Auteur s’en défende (p. 178), n’introduit-il pas, de fait, une dichotomie entre le « Jésus de l’histoire » et le « Christ de la foi », distinction qui sent la farce (depuis longtemps dénoncée par les meilleurs exégètes, surtout anglo-saxons), poison qui [en] a intoxiqué un si grand nombre de victimes. Dichotomie frisant la schizophrénie. Notre foi s’enracine dans l’histoire, parce que Dieu Lui-même est entré et dans notre temps et dans notre espace, pour les transfigurer du dedans. « Le temps est devenu une dimension de Dieu » (Jean-Paul II). Notre Dieu en chair et en os, c’est Lui – et aucun autre – qui est le Seigneur de ma foi, la personne de mon amour. Le Christ auquel je crois, c’est l’Enfant que j’aime, conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie.
Bref, depuis 2000 ans, la mystique se greffe sur le physiologique, le spirituel s’exprime à travers le réel. L’Amour qui depuis la création donne la vie au cosmos comme à l’humanité, depuis 2000 ans passe par la Chair. Dieu – pur esprit – se livre à travers un corps. Et nulle part ailleurs. Qu’on le sache ou non. C’est ainsi ! Tel est le réalisme de notre foi. Elle n’est pas adhésion intellectuelle à un message, aussi bien formulé soit-il, il est amour d’une personne qui se donne à voir, à toucher… à manger ! (Certains textes de Jean Chrisostome ou de Bernard sont devenus illisibles vu leur réalisme, suspecté aujourd’hui d’érotisme).

Père Daniel-Ange
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