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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Marie-Dominique Philippe, Crainte de Dieu et adoration

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
epiphanie evQuestion : Quand il est question dans l'Ecriture de "craindre Dieu", cela signifie-t-il adorer Dieu ?

Réponse :

    Pour répondre à cette question très importante il faut d'abord, avec saint Augustin (voir son Commentaire sur la Première Epître de saint Jean, IX,5-8 - SC pp 389-395), distinguer deux sortes de crainte : la crainte servile et la crainte «chaste». La crainte servile, c'est la crainte du gendarme. Il y en a qui ont peur de Dieu : «Je vais recevoir un coup de bâton» ; ou : «J'ai peur de Dieu parce qu'il y a l'enfer». La crainte servile fait de nous des êtres rampants ; on a peur de Dieu parce qu'on a peur qu'il nous punisse. Cette crainte, en soi, est mauvaise. La crainte chaste (cf. Ps 18,10 - Vulgate - : « La crainte du Seigneur est chaste, elle demeure pour les siècles des siècles. », au contraire, c'est celle de l'épouse qui craint que son époux s'écarte d'elle, qu'il ne soit pas assez présent - ce qui voudrait dire qu'il n'aime pas son épouse autant que celle-ci le désire. Cette crainte est donc aussi celle de tomber dans le péché, puisque seul le péché nous éloigne de Dieu (voir saint Augustin, op. cit., pp. 391-395). Cette crainte chaste est en même temps filiale, comme le souligne saint Thomas (Voir S. Th. II-II, q. 19, a. 2, ad 3 : cette crainte est à la fois filiale et chaste parce que, dans « l’amour de charité », Dieu est à la fois notre Père (Rm 8,15) et notre Epoux (2 Co 11,2). Cette crainte provient de l'amour, de la délicatesse de l'amour ; elle provient de l'adoration. Quand on adore Dieu, on entre progressivement dans une certaine connaissance de Dieu et donc dans une crainte chaste, filiale, à son égard.

    Il peut très bien se faire que la crainte servile nous conduise à l'adoration et que la crainte chaste, filiale, soit le fruit de l'adoration.

    L'adoration est, si j'ose dire, le geste de politesse élémentaire exprimant le respect qu'on doit à Dieu. On doit respecter Dieu, et on ne peut pas le respecter en dehors de l'adoration, puisque cela lui est dû. De ce point de vue-là, le geste d'adoration, par où nous respectons Dieu, nous met dans la vérité, il nous rend vrais pratiquement. Nous ne sommes vrais, pratiquement, que quand nous adorons. C'est en ce sens que l'adoration purifie notre coeur et notre intelligence. Et en nous mettant dans la vérité pratique, l'adoration nous fait comprendre la grandeur de l'amour de Dieu et donc elle nous donne cette crainte chaste, filiale.

    La crainte servile, au contraire, est la peur de Dieu. Cette peur peut nous replier complètement sur nous-mêmes, et en ce sens elle est mauvaise. Mais il peut y avoir une crainte servile dont Dieu se serve pour nous apprendre à l'adorer. "J'ai peur de Dieu, mais je comprends que la première chose que Dieu me demande, c'est de l'adorer." On est alors sur la bonne voie ; et la retraite qu'on aura décidé de faire par crainte de l'enfer et du «Dieu gendarme», on la fera finalement par désir de connaître et d'aimer Dieu davantage. Et on peut bien consacrer quelques jours de ses vacances à chercher Dieu davantage ! Cela, c'est la crainte chaste, aimante, celle qui nous incite à désirer faire pleinement la volonté de Dieu. L'adoration nous aide beaucoup à entrer dans cette attitude de crainte chaste, filiale, aimante.

Suivre l'Agneau, Retraite sur l'Evangile de saint Jean prêchée à des jeunes,
Ed. Saint-Paul 1995, Nouvelle édition revue et corrigée, p. 255-257
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