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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
24juin.nativite.jean.ev6. Le cinquième honneur se rencontre dans le caractère tout spécial de son départ pour le désert et de la vie qu'il y mène. Encore à un âge tendre, ce bienheureux enfant fut conduit par l'Esprit dans le désert ; la faiblesse de ses années ne fut pas un obstacle, fortifiée qu'elle était par la majesté du Seigneur. Le Saint-Esprit en effet n'examine pas la différence des sexes, la fragilité du corps, le nombre des années, mais il remplit de sa bonté très-miséricordieuse qui il veut, quand il veut et comme il veut. Jean quitte le monde, il fuit les hommes, il ignore sa patrie; il dédaigne ses parents et ne fixe ses yeux que sur les sommets que la divinité habite. Etonnant changement! A son entrée dans le monde, un homme fuit la gloire ; et non-seulement il oublie, mais il ignore les cupidités du siècle et vit continuellement avec la divinité. Les solitudes des montagnes, les gorges des rochers et des forêts offrirent au Patriarche enfant, quand la nuit le pressait, une retraite et un abri. Qu'on ne m'objecte pas Jérémie, que la vertu de ce prédicateur n'attaque pas l'enfance de Jean : car si l'un est consacré pour être Prophète, celui-ci est plus que prophète, et bien que Jérémie annonce l'avenir au peuple, il ne fuit pas les regards des hommes. Jean devançant les autres, oubliant la noblesse de son extraction, se consacre à Dieu seul, devenu un modèle de vie, le type des moines, le commencement de la règle anachorétique, le modèle de toute la vie religieuse. Voilà pour ce qui regarde son mouvement de conversion. Quelle fut la sainteté de sa vie, il n'eut pas la langue mobile, qui doit le dire, c'est l'autorité éminente de l'Évangile qui doit en être la preuve. « Jean, est-il dit, avait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de peau autour de ses reins : il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Matth. III, 4). » « Voilà que ceux qui portent des habits délicats sont dans les maisons des rois (Matth. XI, 8). » Un habit rude, formé de poils très-hérissés, fait sentir au corps du Patriarche la rigueur de ses piquants ; une discipline étroite et plus forte que ne comporte son âge serre rigoureusement sa chair très-tendre ; un martyre continuel brise constamment ses membres faibles et inondés d'un esprit sacré. Et quelle était sa nourriture ? on ne cherche pas des perdrix, des faisans ou d'autres oiseaux : on ne cherche pas dans tous les environs pour nourrir le Patriarche : il mangeait des sauterelles et du miel sauvage. La rosée, et le corps d'un très-vil animal, alimente sa vie : l'austérité de son jeûne n'admet rien qui ait été cuit. Son estomac mortifié et creusé par une macération prolongée ne connut pas la variété des mets, rien de ce qui « excite le palais » n'entra dans sa bouche. Elie mangeait de la viande et il prenait avec actions de grâces ce qu'on lui apportait. D'aucun personnage de l'ancienne loi nous ne lisons qu'il aspirât à ce haut point. Un habit rude, une nourriture modique, une âme sainte, font sans nul doute, de ce Patriarche, un modèle de perfection.

7. Le sixième honneur est la nouveauté de sa prédication. ici je réclame l'attention de votre charité, parce que la grandeur de la matière exige que je débute d'une façon plus élevée. Après le péché d'Adam et l'imposant châtiment du déluge, le ciel choisit un nombre presque infini de justes, avec qui le Seigneur s'entretenait face à face. Enoch est enlevé, Noé élu, Abraham appelé, Isaac chéri, Jacob contemple Dieu directement, Joseph est appelé le Sauveur du monde : néanmoins dans ce que Dieu leur dit ou dans ce qu'ils disent aux hommes, il n'est point question du séjour perpétuel dans le royaume céleste. Moïse est pris pour conduire le peuple Juif, il est établi le Dieu de Pharaon : le, Seigneur opère par son ministère des prodiges éclatants en Egypte, des merveilles dans la terre de Cham, des vengeances terribles dans la mer Rouge. Ce saint homme monte dans le nuage où Dieu se cachait, et on lui donne, sur la cime de la montagne, les divers préceptes de la loi : il parle avec le Très-Haut comme un homme avec son voisin: ce que Dieu opéra en secret ne fut point caché à Moïse : et le nom glorieux d'Adonaï (qui avait été dérobé à tous les autres hommes) lui est révélé: mais en tout ceci le royaume des cieux n'est point nommé, il n'en est point question. Aaron est le souverain-prêtre, il porte la verge puissante, il est oint et parfumé des grâces célestes : Josué lui succède et toute la suite des Juges se déroule après lui, on ne trouve aucune mention du royaume céleste. Le Seigneur trouva David homme selon son coeur, il remplit Salomon son fils d'une sagesse singulière, le Saint-Esprit suscite et inspire tout le choeur des prophètes, et rien n'est annoncé relativement au royaume céleste. Elie tient le ciel fermé durant trois ans et six mois. (III. Reg. XVII. 1), Elisée rend un cadavre à la vie (IV. Reg. XIII. 21) et en tous ces événements on ne voit pas même une étincelle du bienheureux séjour. Qu'ajouter encore ? Parcourez la vocation du genre humain depuis le commencement du monde jusqu'à saint Jean-Baptiste, ni dans les paroles ni dans les actes, vous ne rencontrerez jamais la douce pensée du sanctuaire du ciel.

8. Venez donc à saint Jean et entendez la voix du transport, la voix de la nouveauté, de la joie, de la miséricorde, le discours qui annonce la gloire, la distribution de la grâce : choses que Dieu avait cachées, que l'ange avait tues, que les patriarches avaient ignorées, que les Prophètes n'avaient point vues. « Faites pénitence, » dit-il, le « royaume des cieux est venu (Matth. III. 1). Ce mot doux et glorieux de pénitence, cette expression joyeuse et adorable du royaume des cieux, convenaient exclusivement au premier qui jeta les fondements de l'alliance nouvelle. C'est là la voix dont le très-grand contemplateur des visions célestes parle en ces termes : « Et la première voix que j'ai entendue, était comme celle des joueurs de lyres quand ils s'accompagnent de cet instrument (Apoc. XIV. 2). » Depuis les jours d'Adam jusqu'à ceux de Jean-Baptiste, notre instrument de musique n'a servi qu'à redire nos tristesses et nos larmes : abondance de péchés, absence de persistance, n'était-ce pas un double sujet de pleurs ? Tu tues? on te tuera. Tu ramasses des bois le jour du Sabbat ? on te fera lapider: et Dieu, dont le propre est d'avoir toujours compassion et d'accorder le pardon, ne sait que frapper et punir. Le législateur avait donné aux Juifs des préceptes qui « n'étaient pas doux (Ezech. XX. 25), » et des prescriptions en lesquelles ils ne peuvent trouver la vie. C'est ce qui étonne le juste et le fait s'écrier: « Seigneur, où sont vos miséricordes anciennes (Psal. LXXXVIII. 50)? » Venu au monde, Jean montre le remède à la blessure, la pénitence pour le péché et le pardon à l'iniquité. Voilà les premiers accents que fit retentir la voix de celui qui crie dans le désert, le cri que la tourterelle fit entendre dans notre terre (Cant. II. 12.) Dès-lors il vous mit dans la bouche un cantique nouveau, un hymne à notre Dieu ; et de notre gosier retentit l'action de grâces et le chant de la louange. La miséricorde s'élève au-dessus du jugement, les pécheurs obtiennent le pardon, la piété règne, la justice est voilée, et le Seigneur bon et miséricordieux cherche l'occasion de faire grâce et non celle de châtier. Qu'ils fassent donc retentir leurs cithares, ceux qui retiennent les écarts de la volupté, par les rigueurs de la pénitence, et qui sortant du gouffre profond de l'iniquité, Pharaon englouti, chantent, dans les voies du Seigneur que bien grande est la gloire du Très-Haut.
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