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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Sermon pour la Nativité de saint Jean-Baptiste

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
Ce discours est rangé parmi les oeuvres de saint Pierre Damien, et il est attribué à Nicolas de Clairvaux dans la Bibliothèque des Pères de Cîteaux et dans un manuscrit. Mais la difficulté que soulève ce sentiment, c'est qu'au numéro 5, l'auteur dit que de son temps l'Église ne recevait que les fêtes de la nativité de Jésus-Christ et de celle de saint Jean ; lorsque cependant, d'après la lettre 86 de saint Bernard et la lettre 174 aux chanoines de Lyon, il est certain qu'alors la nativité de la B. Marie était solennisée, et, ce qui est plus fort, lorsque Nicolas lui-même a un sermon sur ce sujet, à moins peut-être que quelqu'un ne dise qu'il ne faille entendre ceci d'une coutume universelle et plus ancienne.

24juin.nativite.jean.ev
1. Aujourd'hui, mes très-chers frères, brille pour nous un jour insigne, d'autant plus saint au dessus des autres jours, qu'il a donné au monde un personnage d'une vertu plus élevée. En ce jour est né celui qui est la splendeur des saints, la gloire des justes, la joie des anges, le plus excellent des hommes, le proche parent de Jésus-Christ, l'ami de l'époux, celui qui préparait les voies à l'Épouse. Il est unique, il n'a point son pareil, cet homme qui, placé au milieu des chœurs des anges, s'est élevé au dessus du plus haut point où est arrivée la nature humaine, à raison de l'incomparable couronne qu'il a méritée. Enfin, parmi les enfants des hommes, il n'en a point paru de plus grand que Jean-Baptiste (Matth. XI. 11). » Heureux homme qui, parcourant heureusement toutes les avenues du ciel, suit le Rédempteur dans sa course bienheureuse; devant lui ne se dresse aucune dignité plus éminente, car l'immensité de la félicité souveraine s'est versée plus abondamment sur sa tête. Les anges se réjouissent, et les élus, pris en si grand nombre dans la nature angélique et humaine, admirent un mortel entré si avant dans l'abîme de la lumière et absorbé dans l'intime de la divinité au point qu'il éblouit même le pur regard des esprits bienheureux. Que tous se lèvent, et que devant le trône de la majesté divine, ils déploient avec tressaillement les prérogatives de leurs mérites: il ne s'en trouvera aucun qui ose aspirer à être l'égal de saint Jean-Baptiste. Entreprenons à présent de pénétrer dans les trésors éclatants des vertus que le Dieu de majesté a entassés avec une générosité si glorieuse dans le tueur de son ;ami. Depuis le commencement de sa vie jusqu'à sa mort, ce grand homme vécut parmi les humains, de telle sorte qu'il est regardé comme le type de la vie, et l'exemplaire des moeurs. Et bien que ce discours ne brille pas du bel éclat de l'or, nous essaierons néanmoins de redire, dans un style quelconque, la vérité des faits, ayant devant les yeux cette parole du sage aux hommes plaisent, non les agréments, mais la force des choses.

2. Le premier honneur se trouve dans la gloire de son annonciation. Il ne faut point passer sous silence les circonstances éclatantes par lesquelles est annoncée l'entrée de cet enfant en ce monde. L'ange Gabriel se présente, et cette force du Seigneur, descendant du haut des cieux, se place à droite de l'autel de l'encens. Ce n'est pas le premier venu des anges, c'est cet esprit sublime qui apporta à la bienheureuse Vierge Marie l'incomparable nouvelle, qui fut choisi pour annoncer le soldat, qui devait annoncer le roi. Le prêtre arrive revêtu des ornements sacrés, et figurant, dans la variété qui s'y fait remarquer, une image à venir des sacrements célestes, il indique à l'avance la destruction des péchés qui sera opérée par l'aspersion du sang mystique. Il s'arrête devant l'arche d'alliance, devant les tables du testament, devant l'urne d'or renfermant la manne, devant la verge d'Aaron, les chérubins et le propitiatoire, solennellement paré, devant la face de Dieu et en présence de la gloire de sa majesté; il présente ses voeux au Seigneur créateur de toutes choses. Un jour de fête est revenu, jour plus célèbre que les autres pour le peuple juif, jour honoré des préceptes donnés par le Seigneur, jour remarquable et plein de joie : solennité unique en laquelle il était permis au pontife seul de pénétrer dans le Saint des saints, et de calmer, par une aspersion multiforme de sang, la colère du souverain Dieu. De toutes parts, on afflue dans la cité sainte, et une grande foule de peuple, en accourant, multiplie la matière de la joie. Se présentant au milieu de ces pompes sacrées, l'archange s'écrie : « Ne craignez point, Zacharie, parce qu'il vous naîtra un fils (Luc. I. 13),» qui sera le bonheur de ses parents, l'homme de sa race, le modèle de l'univers, la fin de la loi, le commencement de l'Évangile, la destruction de la mort, la porte de la vie, l'ornement du genre humain, la splendeur de la vie et le comble de toute sainteté. Et pour ne point confondre dans une exposition plus étendue, l'excellence de toutes ces choses, les Livres évangéliques nous marquent plus pleinement la sainteté de sa naissance et de sa vie. Considérez l'éminente dignité de celui qui l'annonce, la dignité du lieu, la solennité du jour, et alors vous pourrez comprendre avec quelle pompe très-excellente est annoncée la gloire de saint Jean-Baptiste. Sauf donc le respect dû au Rédempteur (car nous n'enlevons rien au roi, si nous honorons son soldat), car l'un est le maître et l'autre le serviteur; l'un le créateur, l'autre la créature, Jean est annoncé plus solennellement que le Christ. Jésus-Christ l'est peut-être dans un appartement vulgaire; saint Jean l'est dans le temple, et non-seulement dans le temple, mais même devant le Saint des saints, et dans un jour de solennité; c'est le même archange qui prophétise la venue de saint Jean, mais dans un endroit plus digne, en temps plus saint, par un prodige plus éclatant. Pensez à Isaac annoncé par un ange (Gen. XVIII, 10); à Samson (Judith. XIII. 3), considérez toute la secte des Nazaréens et en ceci comme en tout le reste . vous trouverez que Jean-Baptiste seul est plus excellent.

3. Le second honneur que reçut saint Jean fut sa sanctification dans le sein de sa Mère. Nous tous qui entrons dans le monde issus d'une race pécheresse, nous traînons avec nous un long reste du péché originel. On excepte de cette loi celui-là seul qui n'a pas commis le péché, et que la couche nuptiale d'un sein virginal enfanta au monde. Il fut, en effet, conçu d'une manière bien différente que nous, par la vertu du Saint-Esprit qui inonda la Vierge de toute sa majesté, vertu plus féconde que la chair, que l'ordre vulgaire suivi par la nature, que l'union avec l’homme. Il convenait en effet, que celui qui enlevait le péché, n'en connût pas la souillure ; il était dans l'ordre, qu'il prit la ressemblance de la chair du péché, et non la chair du péché. Tous les hommes étant donc conçus dans l'iniquité, nous trouvons dans nos livres, que nul des mortels, à l'exception de Jérémie et de Jean-Baptiste, ne fut sanctifié dans le sein de sa mère. Quoiqu'il n'y ait nul lieu de douter au sujet de l'incomparable Vierge, qu'enfermée dans les entrailles de sa mère, elle n'ait reçu la grâce d'une sanctification plus sublime, comme étant le sanctuaire dans lequel Dieu, et le Fils de Dieu, devait prendre la chair de l'homme. Mais la sanctification de Jérémie fut moindre que celle de saint Jean. L'un fut sanctifié dans le sein de sa mère, celui-ci fut rempli du Saint-Esprit. Il est, en effet, bien plus, d'être rempli du Saint-Esprit que d’être sanctifié. D'un côté, la sanctification indique une simple purification du péché, de l'autre, être rempli du Saint-Esprit signifie une effusion qui inonde. Enfin les apôtres qui de leurs mains touchèrent le Verbe de vie, après avoir reçu du souffle du Sauveur, le Saint-Esprit, purent à peine arriver le cinquantième jour, après la résurrection, à un degré qui permit de dire d'eux : « Ils furent tous remplis du Saint-Esprit (Act. II, 4). » Et encore, qu'en ce jour, ce divin Esprit, eût inondé le cœur des fidèles d'une affection plus copieuse, nous lisons néanmoins, que Jean-Baptiste obtint dans le sein de sa mère ce que la dignité apostolique mérita d'obtenir, en vertu d'une promesse qui tarda à se réaliser. Considérez, je vous en prie, soigneusement, en vertu de quelle disposition sagement combinée, cet esprit multiple sanctifie Jérémie, remplit saint Jean, et survient en Marie. La sanctification de Jérémie est admirable parce que, bien que conçu dans le péché, il naît sans tache. En effet avant de voir la lumière du jour, il fut sanctifié. Il ne pouvait que naître saint, celui qui avait été sanctifié dans le sein de sa mère. (Jerem. 1, 5). Chose étonnante et inouïe dans les siècles passés ! un homme conçu dans le péché, naît sans péché ! Quant à Jean, une vertu beaucoup plus glorieuse remplit son âme. Homme admirable qui fut purifié du péché et inondé de la grâce du Saint-Esprit, à un point qu'il naquit et purifié. et rempli des dons du ciel. Personnage véritablement grand, que la sainteté rend recommandable. Ce même esprit survient d'une manière plus ineffable dans la Sainte-Vierge, en qui se répandit sans mesure la plénitude de toute la divinité, afin qu'elle renfermât en elle celui qui a fait l'univers, en sorte que non-seulement on croit qu'elle a été purifiée du péché, et remplie du Saint-Esprit, mais encore qu'elle a conçu du Saint-Esprit, parce que « ce, qui est né en elle est du Saint-Esprit (Matth. 1, 20). » De là vient que, par une prérogative singulière, la foi catholique confesse que le Fils de Dieu est né de la Vierge, et conçu du Saint-Esprit, en sorte que les nature divine et humaine indivisiblement unies sont désignées indifféremment par les termes qui se rapportent à l'une ou à l'autre. Vous voyez donc par quel privilège plus relevé, le plus beau des enfants des hommes a été séparé dans sa conception des autres enfants des hommes. Ceux-ci sont nés du péché, et dans le péché; celui-là est conçu dans le Saint-Esprit et du Saint-Esprit. Voilà pour ce qui concerne la conception de saint Jean-Baptiste. Que si en quelque chose cette doctrine parait contraire à l'autorité de l'enseignement des saints, nous voulons qu'elle soit effacée sans exemple ni défense.
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