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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal Charles Journet, L'apocalypse synoptique (3)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    "Et Jésus leur répondit: - Prenez garde qu'on ne vous induise en erreur. Car plusieurs viendront sous mon nom en disant: 'C'est moi le Christ'" (Mt 24, 4), c'est-à-dire, celui qui est envoyé par Dieu pour annoncer les événements ultimes, les grandes révolutions finales. En effet, il y a eu, avant Jésus déjà, et il y aura encore après Jésus, des gens qui se sont donnés comme le messie. Le peuple juif était sous la domination romaine et comme oppressés, et ils savaient qu'il y avait le vrai Dieu, tandis que les Romains étaient des païens; alors il y avait ce mélange de la révolte nationale et en même temps religieuse. La guerre pour Dieu, la délivrance d'Israël contre les païens, tout était mélangé. Et à ce moment il suffisait d'un homme d'une perspective politique un peu étendue ou un certain génie dominateur pour dire: - C'est maintenant le moment de partir! Et c'est arrivé au moins cinq ou six fois un peu avant Jésus, et après Jésus. La révolte était déclenchée, guerre religieuse. Les Romains arrivaient et noyaient tout cela dans le sang. Et puis, cela recommençait un peu plus tard. Après Jésus, vers l'an deux cents, il y a eu une immense révolte d'un Juif qui s'appelait: le Fils de l'Étoile, Bar Koseba; il a voulu soulever une dernière fois les Juifs contre les Romains. À ce moment Jérusalem était détruite, et il y avait des Juifs dans l'Afrique du Nord; il y a eu d'immenses masacres de Juifs; je crois qu'il y a eu deux cent mille Juifs crucifiés, quelque chose d'horrible!

    Vous voyez le blocage? Dieu avait donné au peuple d'Israël une terre où les prophètes pouvaient vivre. Pourquoi est-ce qu'il lui avait donné cette terre? Comme soubassement de la Révélation divine du Dieu unique, qu'il devait annoncer au monde. La Terre Sainte devait être simplement comme le moyen au service de la prédication du Dieu unique à toutes les nations. Mais, selon que les coeurs étaient tournés vers le primat du temporel ou tournés vers le Ciel, les choix étaient déjà faits. Il y en avait chez qui la promesse messianique gardait encore sa pureté: ils attendaient un Messie qui les délivrerait pour l'éternité. Et puis d'autres attendaient un Messie qui libérerait politiquement Israël; ils percevaient cet avenir d'Israël dans des couleurs temporelles, quelquefois éclairées comme par des lumières surnaturelles. Il y avait un blocage. Le messianisme était devenu une chose qui pouvait être très pure chez les uns, et qui était déviée, incurvée vers le salut temporel chez les autres.

    Alors, qu'arrivera-t-il? Vers l'an soixante-dix, une de ces révoltes - celle que prévoit Jésus - arrivera, et les armées romaines viendront détruire Jérusalem. À partir de soixante-dix, elle n'existe plus. Les Juifs sont partout dans le monde et n'ont plus de patrie, jusqu'aux jours qui sont les nôtres, où le sionisme leur donnera un endroit afin qu'ils puissent habiter sur la terre. Tous les peuples ont un endroit pour habiter sur la terre, mais ce peuple n'en a pas; il est mis à part, avec une destinée tout à fait mystérieuse.

    "Jésus leur répondit: - Prenez garde qu'on en vous induise en erreur. Car plusieurs viendront sous mom nom en disant: - C'est moi le Christ." (Mt 24, 4), c'est-à-dire le Messie. Le mot Christ est le mot grec pour dire le mot hébreu "Messie". Messie est un mot hébreu qui veut dire: "celui qui a l'onction divine". Et "Christ", chriô en grec, cela veut dire "oindre". C'est le même mot Christ et Messie. "Beaucoup viendront et diront: - Je suis le Messie". Et puis un grand nombre part pour la révolte; cela finit comme je vous l'ai dit: dans le sang. "Plusieurs viendront sous mon nom en disant: - C'est moi qui suis le Christ, et ils induiront en erreur beaucoup de monde" (Mt 24, 5). Les événements arriveront. Certains viendront se présenter comme le messie libérateur. C'est arrivé par vagues successives. Il y en a eu avant Jésus, des messies politiques. Dès qu'il y a des faux messies, ils font dévier l'élan que Dieu donnait à ce peuple pour l'arracher aux choses d'ici-bas et le préparer comme un peuple missionnaire, pour introduire l'humanité tout entière dans la perspective d'une vie supérieure. Ces messies se sont succédé à plusieurs reprises. La plus terrible révolte a été celle du "Fils de l'Étoile".

    Chaque fois, il y aura des guerres. Ma vie deviendra comme intenable sur la terre. Il y aura des pestes, des tremblements de terre, des signes dans le ciel. Tout ce décor, ces secousses terrribles imprimées à notre pauvre planète, sont reprises chaque fois avec une intensité, une amplitude toujours plus grande, jusqu'au moment où ce sera la dernière secousse. Comme je vous donnais la comparaison de Melchior Cano: - Quand vous avez un cierge qui commence à s'éteindre, il vacille à certains moments; vous dites: - Ca y est, c'est fini! Et puis, non, cela repart. Et chaque fois on sent l'imminence de la fin.

    "Mais quand vous entendrez parler de guerres, de bruits de guerres, ne vous troublez pas: car il faut que cela arrive, mais ce n'est pas encore la fin. On s'élèvera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura des famines, des tremblements de terre en divers lieux. Et tout cela sera le commencement des douleurs." (Mt 24, 6-8). C'était le terme qu'ils prenaient: le temps des douleurs, où l'humanité doit être dans l'enfantement, dans la douleur d'un état qui sera, après, paradisiaque. Les temps du Messie, c'étaient les temps des commencements des douleurs, donc une sorte d'épreuve de l'humanité qui devait se préparer à un état définitif, et se préparant à travers des événements purificateurs. "Le commencement des douleurs", mais ces commencements de douleurs reviennent périodiquement comme de grandes lames, toujours nous rapprochant du moment où la fin de notre aventure humaine sera décidée par Dieu.

    C'est Dieu qui décide, ce ne sont pas les hommes avec leurs bombes qui mettront un terme à l'histoire du monde, parce que les hommes ne peuvent que faire sauter les choses, les disloquer, les saccager, désagréger l'atome, mais ils ne peuvent pas construire un atome. Et la fin du monde sera un bouleversement terrible, mais qui ne finira pas par une réduction au chaos de l'univers, au contraire, ce sera un bouleversement qui inaugurera cette trasnsfiguration de l'univers. La puissance de la lumière de Dieu et de son amour inaugurera une transfiguration de l'univers. La puissance de la lumière de Dieu et de son amour venant s'emparer de tous ces débris de cet univers dans lequel nous sommes, qui est un univers blessé, qui a été touché par le péché, pour en faire un univers transparent, comme une habitation intense de la gloire divine. Donc, le moment de la fin du monde et le mode de la fin du monde, c'est le secret de Dieu, c'est dans sa puissance à Lui. (à suivre)

extrait d'une série de conférences données à Genève au Centre Universitaire Catholique
du 16 octobre 1971 au 18 mars 1972 sur l'Apocalypse de saint Jean
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