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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

APOCALYPSE - SAVOIR CE QUE PARLER VEUT DIRE (Mc 13, 24-32)

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
    Dans notre profession de foi, nous affirmons croire en Dieu, créateur du ciel et de la terre. Aujourd'hui on a peur d'en parler. Il y a pour cela des raisons philosophiques et théologiques. Il y a aussi une sorte de complexe par rapport à la science. Dans le contexte de la culture déchristianisée du monde occidental, du moins européen, on a peur de paraître ridicule. Mais dans une célèbre conférence du Cardinal Ratzinger à Lyon en janvier 1983 sur la catéchèse, notre futur Pape affirmait: "Un renouveau décisif de la foi en la création constitue une condition nécessaire et préalable à la crédibilité et à l'approfondissement de la christologie comme de l'eschatologie".

    Depuis nous avons reçu le cadeau du Catéchisme de l'Église Catholique, dans lequel nous lisons (282):

La catéchèse sur la Création revêt une importance capitale. Elle concerne les fondements mêmes de la vie humaine et chrétienne : car elle explicite la réponse de la foi chrétienne à la question élémentaire que les hommes de tous les temps se sont posée : "D’où venons-nous?" "Où allons-nous?" "Quelle est notre origine?" "Quelle est notre fin?" "D’où vient et où va tout ce qui existe?" Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir.

    Et plus loin (988):

Le Credo chrétien – profession de notre foi en Dieu le Père, le Fils et le Saint Esprit, et dans son action créatrice, salvatrice et sanctificatrice – culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps, et en la vie éternelle.

    Nous arrivons à la fin de l'année liturgique. Dans sa pédagogie maternelle, l'Église oriente donc la méditation de ses enfants vers les choses de la fin, en réponse aux questions fondamentales qu'ils se posent: où allons-nous? quelle est notre fin? où va tout ce qui existe?

    II est important, dans le monde où nous sommes, que nous osions témoigner de l'espérance qui est en nous. Pour cela il faut aussi des mots, un vocabulaire. C'est la maman qui apprend à parler aux enfants. De même, c'est l'Église qui donne à ses enfants les mots pour rendre compte de l'espérance qui est en eux. Il y a par exemple les mots "apocalypse", "eschatologie", "parousie".

    Il faut comprendre aussi le sens de ces mots. Au début les enfants ne comprennent pas trop les mots qu'ils entendent et qu'ils apprennent à prononcer en répétant. Ce n'est pas grave. Peu à peu ils comprendront. L'erreur serait d'attendre que l'enfant comprenne le sens des mots pour leur apprendre à les prononcer. Ainsi en va-t-il dans l'Église. L'Église ne va tout de même pas attendre que vous soyez morts pour vous parler des choses de la fin. Comment pourriez-vous en témoigner dans le monde?

    Une autre erreur serait que la maman ne corrige pas l'enfant si elle s'aperçoit qu'il n'a pas bien compris un certain mot. Ainsi d'année liturgique en année liturgique, nous devrions profiter de grandir dans l'intelligence de la foi en comprenant mieux les mots qu'il faut pour la dire. Dans un monde sécularisé qui s'empare du vocabulaire chrétien à tort et à travers sans rien comprendre, nous devons veiller à cela d'une manière toute particulière.

    Ainsi en va-t-il du mot "apocalypse" qui veut dire, non pas "catastrophes" abominables, mais "révélation". L'été qui approche et le figuier qui bourgeonne, ce n'est pas vraiment une catastrophe. C'est une bénédiction, non? Par le mot "apocalypse" l'Église ne désigne pas seulement un livre de la Bible (le dernier). C'est un genre littéraire, prisé par le judaïsme tardif, en référence à la fin des temps (l'eschatologie). Le Livre de Daniel dans l'Ancien Testament, dont nous avons entendu un extrait, est une apocalypse. Le discours de Jésus annonçant la destruction de Jérusalem et le second avènement du Messie est appelé "apocalypse synoptique". Nous venons d'en entendre un passage dans l'évangile de saint Marc. Il existe aussi de nombreuses apocalypses apocryphes, non renconnues par l'Église comme divinement inspirées: par exemple, l'apocalypse de saint Pierre, de saint Paul, de saint Étienne, etc...

    L'eschatologie, "les derniers temps": nous y sommes depuis la Pentecôte : nous sommes dans les temps qui sont les derniers. Entre le commencement et la fin iI y a eu plusieurs temps :
  1. - Le temps de la création;
  2. - L'alliance avec Adam;
  3. - L'alliance avec Noë, alliance pour la vie qui ne sera jamais reprise;
  4. - L'alliance avec Abraham puis Moïse : Dieu se choisit un peuple, et au travers de ce peuple, il désire révéler son mystère : c'est Israël. L'alliance avec Israël est nouée avec Abraham, confirmée avec Moïse par les tables de la loi, loi provisoire destinée à nous conduire, en attendant que Dieu lui-même vienne sauver son peuple;
  5. - Le temps du Messie, où la promesse s'est accomplie, où Jésus est venu, fils du Père, visage du Père. À la fin du Livre d'Isaïe (63, 9), il est dit: "Ce ne fut ni un messager, ni un ange qui les sauva, ce fut lui-même qui les sauva". Quand nous disons que nous croyons à l'Évangile, ça ne veut pas dire que nous croyons à un message, mais à quelqu'un. L'alliance est rendue nouvelle en Jésus, nouveau Testament (Testament = alliance, attestation). Dieu revient et appelle les nations, c'est-à-dire nous, les païens, à entrer dans l'alliance. Une grosse partie d'Israël a refusé de reconnaître Jésus comme Messie parce qu'il n'était pas conforme à l'idée que l'on se faisait d'un messie victorieux, roi, sauveur. Israël ne l'ayant pas reconnu, Jésus s'est tourné vers les païens, lui qui pourtant avait donné comme consigne à ses envoyés:  "Allez plutôt vers les brebies perdues de la maison d'Israel" (Mt 10, 6). La pensée de Jésus, le projet initial de Jésus, semble-t-il, dans l'Évangile, était d'avoir un peuple qui, l'ayant reconnu, allait l'annoncer aux nations. Ce projet a échoué en grande partie, et Dieu en a pleuré en Jésus: "Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle, il disait: - Ah, si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix!" (Lc 19, 41) "Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n'avez pas voulu!" (Lc 13, 14)
  6. - À partir de là, il y a une Nouvelle Alliance avec les nations. Cette alliance n'est plus dans la chair, comme avec Abraham par la circoncision, dans la loi, comme avec Moïse. Cette Alliance est dans la Foi au Christ vivant, mort et ressuscité, vivant pour toujours, qui nous donne vie et vie éternelle: "Celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra !" Jésus n'a pas fait semblant de mourir. Il est descendu aux enfers (lieu des morts, où ils attendent la manifestation glorieuse des enfants de Dieu). Il est allé prêcher l'évangile aux esprits en prison", dit saint Pierre. (1 P 3, 19). Il est remonté "ayant dans ses mains les clés de la mort", librement ressuscité "traînant avec lui toutes principautés et dominations devenues captives" (Ap 12, 7-8; Col 2,15). L'Ascension de Jésus, c'est déjà la victoire de Jésus qui se manifeste sur le mal et la mort. Cette victoire est acquise.

    Depuis que Jésus, rassemblant le monde entier (païens compris, et donc nous, par chance, par grâce), les vivants et les morts, est remonté au ciel pour faire offrande de tout cela au Père, sa Victoire sur la Mort, le péché et le mal est acquise. Mais elle n'est pas encore manifestée pleinement et nous sommes dans ces temps qui sont les derniers, dernière étape du Salut de Dieu où la victoire est déjà donnée, le démon est déjà vaincu, mais cette victoire n'est pas encore entièrement manifestée, et c'est à nous, son Église, peuple de Dieu, à annoncer le Salut et à travailler à la manifestation de cette victoire.

    Dans le vocabulaire chrétien il y a encore un mot important, c'est la "Parousie". C'est un mot que l'on employait pour la visite officielle d'un haut personnage, qui signifiait : venue, présence ; c'est-à-dire venue et présence d'un Grand Roi. La Parousie couronnera les derniers temps et la venue de la nouvelle Jérusalem. Le Message de la Parole de Dieu, c'est cette Nouvelle Alliance dans le sang de Jésus, dans l'Agneau, qui se terminera par sa Parousie, c'est-à-dire son retour, son triomphe, et son règne pour l'éternité, mais qui n'est pas encore manifesté. Ça peut durer des millions d'années, ça peut être ce soir, et le Christ lui-même nous dit : "Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père". Donc il faut nous en tenir là : aux marchands d'illusions qui viennent nous dire que le Royaume est proche, nous pouvons répondre: "Oui, le Royaume est proche, il est même déjà là, mais il n'est pas encore pleinement manifesté". Vendredi dernier encore, je trouvais dans ma boîte aux lettres une enveloppe contenant deux pages intitulées: "En Martinique un messager envoyé de Dieu annonce le proche retour de Jésus". Non! C'est le secret du Ciel, de la Trinité. Jésus en tant qu'homme ne le savait pas lui-même. Je ne vois pas pourquoi il enverrait maintenant quelqu'un pour nous dire le contraire.

    Nous devons nous préparer à la Parousie en veillant: "Prenez garde, veillez: car vous ne savez pas quand viendra le moment" (Mc 13, 33). Quelquefois, dans des sermons sur l'Ascension, on entend dire : "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel? Revenez sur terre, retroussez vos manches et mettez-vous au travail". Ce n'est pas du tout ce qui est dit: "Ce même Jésus que vous avez vu monter, il viendra de la même manière dont vous l'avez vu monter au ciel !" Donc l'ange annonce la Parousie, la venue du Christ.

    À la Pentecôte on voit une ambiance de communion fraternelle entre des gens qui ont beaucoup de choses à se reprocher : "- Où étais-tu Pierre ? - Au calvaire - Ah non! tu n'y étais pas, tu n'as rien à dire. - Et toi, Jean. qu'est-ce que tu as fait le jour où tu as essayé de me prendre ma place et de devenir premier ministre?" Il y avait des tensions permanentes dans cette équipe, cela se sent d'un bout à l'autre de l'Évangile ; et Jésus se met en colère en disant : "Jusques à quand serai-je avec vous ? Combien de temps devrai-je encore vous supporter ?" II ne faut pas idéaliser la communauté primitive. Mais entre l'Ascension et la Pentecôe ils sont tous là ; ils ont quelque chose en commun, c'est d'avoir vu Jésus ressuscité, d'avoir mangé et bu avec lui après sa résurrection : ils sont des témoins. (Ac 10, 41)

    Que font-ils ? Ils prient et ils attendent ! Ce n'est pas une attitude très active ni très engagée, et pourtant, ils attendent l'Esprit Saint parce que le maître d'oeuvre de la mission, ce n'est pas Pierre, c'est l'Esprit Saint. Un évêque disait: "Où que l'aille, j'ai vite vu les gens du renouveau et ceux qui n'en sont pas! - Ah bon ! Et comment faites-vous? - Ce n'est pas difficile: quand je vais à des réunions où il n'y a pas de gens du renouveau, on travaille, et on prie à la fin de la réunion pour demander au Seigneur de bénir le travail qu'on a fait et de le rendre efficace. Quand je vais chez des gens du renouveau, on commence par prier pour demander au Seigneur de venir faire le travail et après on se met au travail. - Quel est donc l'idéal? - C'est de prier avant et après". Nous sommes bien d'accord!

    Le temps que nous vivons est le temps de l'Église, le temps de la Miséricorde. Écoutez ce vieux midrash si beau : "Le Messie a dit: je viendrai ce soir à neuf heures. Alors les juifs font la fête, ils préparent tout. C'est le soir du shabbat. On attend le Messie, on ouvre la porte, II va venir, II est là, II est à la porte ! 21 heures arrivent : pas de Messie. 22 heures - 23 heures - minuit -1 heure - 2 heures - 3 heures - 4 heures, toujours pas de Messie. Alors! Dieu ne tient pas ses promesses? Et puis voilà qu'avec l'aube, le Messie arrive un peu essoufflé, disant: "Excusez-moi, je suis en retard, j'avais rencontré un enfant qui pleurait et je l'ai consolé". Si nous faisons un monde (et ça dépend de nous avec la grâce de Dieu) où les enfants seront consolés, où il y aura moins d'enfants qui pleurent, moins de tortures, moins d'injustices, moins de gens seuls, le Messie ne sera pas en retard, il viendra plus vite. Là, nous avons à prier fortement et à travailler humblement jour après jour pour que ce monde nouveau vienne, et que viennent enfin les Noces de l'Agneau,
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lucienne 19/11/2006 23:04

                                  Cher père Covens,
Je vous remercie pour la peine que vous avez pris de nous cathéchiser sur ces questions, car c'est utile.
Il y a cependant un point qui mériterait d'être argumenté, c'est celui de l'annonce du Retour du Christ. Car c'est tout de même la Bonne Nouvelle des chrétiens ! et le Seigneur nous a dit d'en percevoir les signes, comme une espérance nouvelle (ce que signifie le figuier qui bourgeonne), une attente bénie, bien qu'Il nous donne aussi les signes de bouleversement de notre monde, signes  que nous connaissons déjà.
Il y a le sens de l'enfantement qui est à méditer, fait d'angoisses et d'espérance toute à la fois, espérance que le Christ, notre Seigneur renouvellera toute chose.
Ces motifs d'une espérance nouvelle qui nous mettent  au travail pour faire advenir le royaume de Dieu et accueillir le Christ, il serait bon de les élucider encore bien plus,en demandant à l'Esprit-Saint de nous éclairer, de nous cathéchiser aussi d'une manière nouvelle, pour que cela s'enracine dans nos vies.
Oui, je crois réllement que la plupart d'entre nous ne comprenons rien à ces questions que vous évoquez aujourdh'hui.
Quel prêtre ose parler en vérité du Retour du Seigneur, en élucidant les motifs d'espérance pour nous, pour notre monde? les apôtres en parlaient pourtant.Demandez-nous ce que cela signifie pour nous...
Demain, c'est -si je ne me trompe pas- la fête du Christ-Roi.
Avons-nous dans notre coeur une vénération totale, Lui-reconnaissons-nous Ses droits ? sur notre vie, nos pays, notre monde ? Et Ce Roi doit revenir reprendre possession de ce qui Lui appartient, mais que Lui restera-t-Il ?Combien  se sont-ils fait rois à Sa place... combien le péché a-t-il renié les commandements divins ?
Des péchés dont nous arrivons avec peine à voir leur gravité, tellement ils sont justifiés par le plus grand nombre et affirmer comme des biens!!
Tel l'avortement, l'euthanasie, la contraception... vraiment, à écouter les discours des savants de notre époque, on ne sait plus discerner où est le Bien voulu par Dieu.
Mais Dieu a des droits sur nos vies, sur nos âmes, sur Sa Création qu'Il a voulu bonne, et, aujourd'hui on nie la Bonté de Sa Création pour vouloir en construire une nouvelle à notre image, sans Lui.
Qui  ne voit pas que nous sommes allés jusqu'au bout du reniement..., même pas forcément consciemment, car nous ne savons pas ce que nous faisons.Notre monde n'est vraiment pas prêt à accueillir Son Roi !
Alors, entre Son Retour et nous, il y a l'étape d'une purification due à la Justice divine.La Justice vient de l'Amour, car Dieu veut nous sauver, mais qui le comprendra ? La Justice ce n'est pas la punition, c'est la remise en adéquation avec un ordre voulu par Dieu, même si cela nous scandalisera.Pourtant Dieu n'a-t-Il pas toujours tout fait pour nous l'éviter ?
(Père, je parle de ce que j'ai compris, mais cela ne veux pas dire que je n'ai pas besoin de votre part d'un éclairage...).
                 Je vous remercie toujours pour vos prières.
Bien sincèrement, Lucienne

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