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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal J. Ratzinger, Le message biblique du Temple fait de pierres vivantes (1)

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
    L’expression de pierres vivantes est tirée de la première lettre de Pierre. Mais l’idée qu’elle véhicule est présente dans tout le Nouveau Testament – elle est caractéristique de la façon dont l’espérance de l’Ancien Testament se métamorphose en s’approfondit en référence à Jésus-Christ, crucifié et ressuscité. Dans la lettre de Pierre, les versets qui parlent de la maison spirituelle constituée de pierres vivantes font partie d’une unité textuelle où nous pouvons sans doute voir une ancienne catéchèse baptismale, une initiation à l’être chrétien où se trouve expliquée l’exigence intérieure de ce qui se passe pour l’homme dans le baptême.

    L’idée fondamentale qui s’exprime ici c’est que les baptisés sont incorporés dans une construction qui ne cesse de croître, dont le Christ est la pierre angulaire. Plusieurs motifs se rejoignent. Le psaume 118 (v. 22) parle de la pierre que les maçons ont rejetée. Dans la prière d’Israël, ces mots avaient été une parole de consolation et d’espérance dans les tribulations de son histoire. Cette pierre rejetée qui est devenue pierre angulaire, c’était Israël lui-même – ce peuple qui ne comptait pas dans le concert des puissances qui font l’histoire ; ce peuple que l’on rejetait sans plus et qui n’était apparemment bon que pour les gravats de l’histoire. Mais quand il se tenait devant son Dieu, il savait qu’il était sous la mouvance du mystère de l’élection, il savait qu’en réalité, il était  la pierre angulaire.

    Mais maintenant, une nouvelle lecture de la Bible, en dialogue avec le ressuscité, fait voir dans cette pierre rejetée une prophétie de la souffrance, une prédiction relative au Christ crucifié, qui, en passant par la croix, devint pierre angulaire, faisant ainsi d’Israël la pierre angulaire.

    Deux textes d’Isaïe (28, 16 et 8, 14), qui sont aussi conjointement fondus dans cette catéchèse chrétienne primitive, approfondissent cette façon de voir. Mais tous ces mots disent en fin de copte la même chose : devenir chrétien signifie entrer dans la construction édifiée sur la pierre rejetée. Ils parlent de la passion et de la gloire de l’Église, qui est toujours sous la loi de la pierre rejetée et qui accomplit précisément ainsi le rêve de l’espérance, sous-jacent, en dernier ressort, à toute construction humaine.

    La construction des hommes, en effet, vise à la permanence, à la sécurité, au sentiment du chez-soi, à la liberté. Elle est un défi à la mort, à l’insécurité, à l’angoisse, à la solitude. C’est pourquoi le vouloir-construire de l’homme se réalise dans la construction du temple, ce bâtiment dans lequel il invite Dieu. Le temple est l’expression de l’aspiration de l’homme à avoir Dieu pour cohabitant ; pouvoir vivre auprès de Dieu et faire ainsi l’expérience du mode d’habitation parfait, de la communauté parfaite, qui chasse pour toujours la solitude et l’angoisse.

    La pensée du temple est le véritable motif qui lie les différents textes relatifs à la pierre, celui de la première lettre de Pierre et les textes parallèles du Nouveau Testament : après la terrible catastrophe de Jérusalem, où des hommes, dans une méconnaissance tragique de la promesse, avaient fait du Temple le lieu d’un combat cruel, jusque dans le Saint des Saints, pensant qu’en fin de compte Dieu défendrait son habitation – après cette catastrophe, la chrétienté sait plus que jamais, ce qu’elle savait déjà, en fait, depuis la croix et la résurrection, à savoir que le véritable Temple de Dieu est intact et qu’il est indestructible. Les chrétiens savent que Dieu lui-même le construit et qu’en eux, qui mettent leur confiance dans la pierre rejetée, s’accomplit le rêve originel de Dieu, qu’ils sont eux-mêmes le Temple.

Un chant nouveau pour le Seigneur, Desclée-Mame 1995, p. 109-111
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