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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal Journet, Passage d'un discours du Cardinal Wyszynski

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)

Le cardinal Charles Journet

Le Cardinal Stefan Wyszynski


    Pour terminer, je voudrais vous lire de passage d'un discours (dont le titre est Vraie et fausse Eglise) du Cardinal Wyszynski, en date du 9 avril 1974, dans l'église Sainte-Anne de Varsovie. C'est l'église des étudiants, belle église de Renaissance. C'est émouvant, vous allez voir:

    "Nous pourrions avoir l'impression que la vie ecclésiale post-conciliaire se différencie notoirement de l'événement du Calvaire, que l'Église actuelle diminue ses exigences et ne résout plus les problèmes selon les lois du Dieu Vivant, mais selon les possibilités humaines, qu'elle ne veut plus voir les fautes de ses enfants, prêtres, évêques et religieux, que même le Credo est devenu élastique et que la morale est devenue relative.

    "Dans la presse de notre pays  et du monde, on peut lire les opinions de théologiens qui essaient en vain de saisir la vérité, tandis que leurs exposés révèlent avant tout leur ignorance. L'Église, telle qu'elle est décrite par ces auteurs, est une église qui est dans la brume, une église sans les tables de pierre du Décalogue, une église qui ferme les yeux sur le péché et qui a peur du reproche du traditionalisme, qui craint de ne plus être à la page, une église de théologiens en dispute, et non l'Église de ceux qui enseignent la Vérité, dont le oui est oui et le non est non."

(Vous voyez à quoi cela correspond: sécularisation...)

    "Malgré ce brouillard artificiel de doutes et d'incertitudes, l'homme fidèle peut toujours découvrir le vrai visage de l'Église post-conciliaire. Cette Église a l'honneur de compter parmi ses cardinaux un certain nombre de confesseurs martyrs et emprisonnés, courageux."

(Il a été lui-même en prison pendant, je crois, trois ans.)

    "Je vous en présente quelques-uns, en guise d'exemples. Il y a peu de temps, le cardinal Trochka mourut en Tchékoslovaquie. Il a passé presque tout son épiscopat en prison ou en temps de concentration, il fut chassé de son diocèse et condamné aux travaux forcés dans une usine. En entrant dans l'usine, les ouvriers savaient qu'il n'était pas venu en tant que prêtre-ouvrier qui veut gagner son pain de chaque jour, mais qu'il avait été relégué à l'usine; il n'était coupable que d'être un évêque de l'Église du Christ. Il a dû expier cette faute par presque vingt ans d'emprisonnement. Le cardianl Stépinac (Yougoslavie) aussi était un prisonnier et un exilé. Il a été enterré dans sa cathédrale à Zagreb. Les fleurs et les cierges autour de sa tombe rappellent la résurrection et la vie. Il avait été éloigné de son siège épiscopal. Il fut d'abord prisonnier à Dachau et, ensuite, prisonnier du temps présent. Sa faute était d'être un évêque catholique qui confessa le Christ. Il est mort comme un saint. Le cardinal Mindzenty, primat de Hongrie, était aussi un prisonnier qui fut éloigné de son siège épiscopal. Pourquoi? Était-il un criminel? un ennemi de son peuple et de sa patrie? Non. Il était évêque et témoignait du Christ. Et le cardinal Slypii ..."

(je l'ai aussi connu. À Saint-Pierre, il y avait des rites orientaux, et quand je l'entendais chanter l'office pour la première fois, j'avais cette impression qu'une solennité liturgique pouvait être comme le vestibule d'une entrée dans le Paradis. C'était splendide!)

    "Le cardinal Slypii partagea pendant plus de vingt ans le sort des exilés et des prisonniers. Maintenant il vit hors de son diocèse et hors de sa patrie. Pourquoi? Toujours et encore pourquoi? Les lâches ne fournissent jamais de réponse. Voilà la vraie Église post-conciliaire."

(le titre est: Vriae et fausse Égise. Laquelle est le vrai visage de l'Église?)

    "Dieu lui-même a répondu à la question de savoir quelle doit être l'image de cette Église quand il envoya des cardinaux au front pour être des confesseurs, des prisonniers  et des martyrs pour le nom du Christ.

    "Étudiants et étudiantes, ne croyez pas que votre carte d'identité et votre grade académique déterminent qui vous êtes. Seul l'Esprit de Dieu, qui oeuvre en vous, qui sensibilise votre conscience et enflamme votre coeur peut dire qui vous êtes et d'où vous venez. Le temps est venu de parler sans crainte, car l'homme se dégrade et s'amoindrit quand il perd le respect de soi et quand il cesse de défendre sa dignité humaine et ses droits. Dans le chaos de la vie intellectuelle, morale, sociale et culutrelle, le temps est venu pour vous d'élever la voix et de dire courageusement à vos condisciples: Respectez votre dignité, car vous êtes issus de la main du Père céleste. Le temps est venu pour vous que vous disiez: Collègues, respectez nos étudiantes, car elles sont des futures mères de la nouvelle Pologne. Nous voulons que la Pologne renaisse de mères pures, qui se gardent sans tache, afin d'acquérir le respect de leur entourage par une attitude digne. Le temps est venu pour que vous disiez à vos professeurs et éducateurs: enseignez-nous la vérité et ne nous détruisez pas, ne nous arrachez pas la foi, ne démolissez pas notre stye de vie chrétienne et morale par un laïcisme stupide dont personne ne saisit le sens et pour lequel on dépense tant d'argent; ne nous ravissez pas la foi dans le Dieu vivant, car vous faites de nous des esclaves d'idoles, comme jadis le vieil Israël ... Le temps est venu pour que vous, les jeunes, vous ayez le courage d'exiger dans les universités et les homes d'étudiants: Respectez-nous, respectez-vous mutuellement, nous sommes des êtres humains. Ne nous arrachez pas la foi, car vous n'avez rien de plus précieux à nous offrir en échange.

    "Le temps est venu même de dire à vos parents: Si vous ne pouvez pas nous éduquer chrétiennement  parce que vous ne savez pas comment vous y prendre ou parce que vous n'en avez pas le temps, du moins ne basez pas vos calculs sur le fait de saper notre courage dans la profession de notre foi, ne nous découragez pas pour que nous ne troquions pas la dignité qui nous vient de Dieu contre un plat de lentilles. Le plus grand péché n'est pas l'absence de foi, qui peut être un malheur personnel, une déformation, ou même le fait de l'ignorance humaine; le plus grand péché est la non-croyance organisée, l'établissement de programmes athées, le soutien du système athée par des moyens administratifs et des deniers publics. Les deniers publics ne sont pas confiés à l'État pour détruire la foi en Dieu, mais pour garantir l'ordre public, non pas pour démolir mais pour construire.

    "Le temps est venu également pour que vous nous disiez courageusement, à nous prêtres et évêques: Votre complaisance à l'égard du relâchement des moeurs ne nous plaît pas. Nous n'admettons pas que le courage vous manque d'être exigeants vis-à-vis de nous. Si vous découvrez des fautes en nous, indiquez-les nous, car c'est cela votre mission, nous n'avons que faire des pasteurs qui n'osent pas faire appel à votre générosité.

    "Le temps est venu pour que vous disiez même la vérité à ceux qui, sous le prétexte d'activités sociales, vous privent de détente et vous empêchent de fréquenter l'église les dimanches et les jours fériés. Ils vous donnent des bèches et des pioches, vous font creuser des fossés, faire des travaux de terrassement et poser des câbles. Cette mobilisation de la jeunesse n'est pas économiquement justifiée quand elle vous prive de loisirs indipensables, du temps de respirer, de la réunion en famille, de la reconstitutions des forces après une semaine de travail harassant, du contact avec les parents, l'Église et l'Eucharistie.

    "Qu'y a-t-il derrière tout cela? Se pourrait-il que l'on veuille remplacer la main-d'oeuvre des nombreux Polonais qui doivent travailler à l'étranger parce qu'ils ne trouvent pas de travail dans leur patrie? Ou s'agit-il tout simplement de priver la jeunesse systématiquement du repos dominical, de la religion et d'une existence digne de l'homme? Il est indispensable que vous disiez tout cela avec courage, car les plus grands ennemis de la patrie, du peuple et de l'État sont les lâches qui n'ont pas le courage de dire carrément: Vous ne pouvez pas faire cela, vous n'avez pas le droit d'organiser des travaux forcés sous prétexte d'action sociale, vous n'avez pas le droit de supprimer le repos dominical en Pologne alors que vous devriez diminiuer le temps de travail. est-il donc vrai que nous sommes si peu modernes, si arriérés, si incompétents sur le plan économique qu'il faille recourir à un système de l'esclavage?"


Ca n'a pas beaucoup plu au gouvernement.

Extrait d'une série de conférences sur Les Lettres de Saint Pierre, donnée à Genève en 1974-1975
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