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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Georgette Blaquière, Divorce et adultère

Walter Covens #la vache qui rumine (Années B - C)
27e-t.o.b.xl.jpg       … Après cette discussion avec les pharisiens, "à la maison les disciples l'’interrogèrent de nouveau sur ce point". Jésus répète le même enseignement et ajoute : "... et si une femme répudie son mari et en épouse un autre, elle commet l’'adultère" (Mc 10, 12). Nous imaginons mal, je crois, ce que dut être l’'effarement des apôtres en entendant Jésus évoquer l'’hypothèse qu'’une femme puisse répudier son mari, ce qui était impensable au regard de la Loi et de la pratique juives. Car imposer les mêmes devoirs à l'’un et à l’'autre, dans un parallélisme rigoureux, c’'est traiter la femme en partenaire égale dans le couple et lui reconnaître les mêmes droits , si droit il y avait.

       Dans la conception juive de la femme propriété de l'’homme, la définition de l’'adultère est très restreinte, en ce qui concerne le partenaire masculin. La faute est grave et toujours punie de mort, mais elle ne se situe pas sur le même plan pour l’'un et pour l’'autre. Pour la femme, les rapports sexuels avec un homme autre que son mari sont toujours gravement coupables, même en cas de viol. Pour l’'homme, l'’adultère consiste à prendre la femme ou la fiancée d’'autrui. Dans les rapports avec les prostituées, ou dans la polygamie, il n'’y a pas d’'adultère. Le péché de l’'homme n’'est donc pas dans l'’infidélité à l’'égard de sa femme mais dans le fait de léser gravement les droits de propriété d’'un autre homme. C'’est pour cela qu'’il mérite d'’être puni. Avec Jésus, les perspectives sont complètement renversées. L'’homme qui viole la fidélité conjugale est coupable envers sa femme, même 's’il le fait dans le divorce légal. Marc précise sur ce point le texte de Matthieu : "Si quelqu'’un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère à l’'égard de la première" (Mc 10, 11). Et s'’il prend l'’initiative d’'une répudiation, il porte la responsabilité de la situation de péché à laquelle il accule sa femme dans une société où la femme ne saurait vivre seule : "quiconque répudie sa femme… la voue à devenir adultère" (Mt 5, 32).

       Tous ces textes sont formels. En établissant que l’'homme a des devoirs, et pas seulement des droits sur sa femme, ils établissent du même coup que la femme a des droits en même temps que des devoirs envers son mari : droit au respect de l’'alliance dans un mariage indissoluble qui les lie l’'un à l’'autre et autant l’'un que l’'autre dans l’'amour, un amour neuf tel qu'’il est sorti au premier jour des mains du Dieu créateur.

       Le respect que l'’homme doit à la femme – même si elle est la sienne – va plus loin encore : il est une exigence d’'ordre spirituel, au-delà des actes mêmes. "Vous avez appris qu'’il a été dit : tu ne commettras pas d’'adultère. Eh bien ! moi je vous dis : quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà dans son coeœur commis l’'adultère avec elle" (Mt 5, 27-28).

       Nous voici ramenés à cette purification fondamentale du coeœur et du regard, exigence première pour entrer dans le Royaume : "car la lampe de ton corps c’'est ton oeœil ; si donc ton œoeil est sain, tout ton corps sera dans la lumière. Mais si ton oeœil est malade, ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ce sera !" (Mt 6, 22-23).

       Jésus offre à l’'homme, au travers de l'’amour humain dans le mariage, la libération fondamentale de la forme que prend en lui le péché originel : la tentation du pouvoir, en particulier, en mettant la main sur la femme, réduite à un objet qu’'on désire, qu’'on possède, qu’'on utilise, qu’'on rejette, au gré de ses besoins ou de son caprice. Jésus inaugure le temps annoncé par le prophète Ézéchiel, le temps de la recréation du monde : "Je vous donnerai un cœoeur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau. J’'enlèverai de votre corps le cœoeur de pierre et je vous donnerai un coeœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit et je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes" (Éz 36, 26-28).

       Par l'’initiative de Dieu et l’'Esprit répandu sur le monde, le couple humain va revenir habiter dans le jardin donné à Adam et Ève et marcher, enfin, non plus selon des lois humaines, mais selon la propre loi de Dieu, dans une liberté retrouvée. Car les lois humaines ne peuvent la plupart du temps que rechercher "le moindre mal", compte tenu de la réalité blessée du coeœur de l’'homme. Mais la loi de Dieu vise à restaurer l'’homme dans son être profond. C’'est pourquoi malgré son apparente intransigeance qui peut sembler inhumaine, elle est finalement plus libérante et plus constructrice que les lois "humaines". En rendant à la femme sa liberté fondamentale et sa dignité de personne dans le couple, du même coup Jésus affranchit l’'homme de son propre péché et le rend à sa vraie vocation. Saint Paul, dans un texte admirable, donnera le sens profond de cette re-création du couple, figure ici-bas de l’'alliance entre le Christ et l’'Église. Mais Jésus, aujourd’'hui, ne peut aller plus loin. Qui comprend le langage qu'’il tient ?…

       Les textes évangéliques ne se font pas l’'écho de la réaction des pharisiens, eux qui tous les matins doivent répéter la bénédiction rituelle : "Je te bénis, notre Dieu, de ce que tu ne m'’as fait ni gentil, ni femme, ni ignorant." Quant aux disciples, ils n'’y voient que la fin de leurs privilèges : "Si telle est la condition de l'’homme envers sa femme, il n'’y a pas intérêt à se marier" (Mt 19, 10). Jésus leur répond : "Tous en comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c'’est donné. En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des Cieux. Comprenne qui peut comprendre !" (Mt 19, 12).

       Jésus ne fait donc aucune concession pour faire admettre son enseignement. Il le sème dans le cœoeur des auditeurs et sait qu'’il lèvera un jour...… Il va plus loin, en essayant d’'annoncer l’'au-delà du couple humain, même restauré dans sa pureté première, la virginité pour le royaume. La porte est ouverte sur la grandeur des projets de Dieu.



La grâce d'’être femme, Éd. Saint-Paul 1991, p. 42-45
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Marie Aline 15/10/2006 02:31

Bonjour Père,
A tu un texte de BENOIT XVI sur le préservatif.
Merci.            Christiane

Walter Covens 15/10/2006 04:15

Non. À ma connaissance, il n'y en a pas. Ce qui étonnera pas mal de monde. Mais je te conseille deux livres:

- Tony Anatrella, L'amour et le préservatif.
- Daniel-Ange, Sida, safe-sex ou save-sex ?

Sur mon blog Marie, éToile de l'évangélisation, je ferai prochainement un article sur le préservatif.

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