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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Homélie pour la Transfiguration du Seigneur

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
Transfiguration.jpg
 
La fête de la Transfiguration ne fut officiellement généralisée en Occident qu'au 15e siècle, en 1457, après la prise de Constantinople (1453), pour remercier Dieu de la victoire remportée sur les Turcs à Belgrade. 


Nos frères des Églises d'Orient célèbrent toujours la Transfiguration avec plus de ferveur que nous. D'une manière générale, d'ailleurs, on l'a remarqué, l'Église d'Occident met davantage l'accent sur l'imitation de Jésus dans sa souffrance, tandis que l'Église d'Orient vit davantage de la gloire de Jésus. Qu'il suffise d'évoquer deux figures emblématiques : d'une part François d'Assise ; d'autre part S. Séraphim de Sarov. De même que François a été configuré jusque dans sa chair au Christ souffrant par les stigmates visibles, de même Séraphim a été littéralement transfiguré dans son corps aux yeux de ses contemporains.

Mais Jean-Paul II nous a demandé d'apprendre à respirer de nos deux poumons : le poumon occidental et le poumon oriental. Il nous a lui-même indiqué la voie et nous a concrètement invités à nous imprégner fréquemment de la grâce de cet évènement en méditant le quatrième mystère lumineux du Rosaire.

Ce n'est pas uniquement pour imiter les chrétiens d'Orient ou par obéissance au Saint Père que nous devons nous hâter avec amour pour suivre Jésus sur la montagne. C'est avant tout par fidélité à l'Évangile. Comment ne pas être frappé par l'importance de ce récit dans les trois évangiles synoptiques ? La Transfiguration n'y apparaît pas seulement comme une coupure bienvenue dans le labeur apostolique, encore moins comme une occasion pour les tire-aux-flancs d'avoir une bonne excuse pour ne rien faire  Elle revêt une importance exceptionnelle qui a fait la joie de tous ceux qui se sont laissé attirer par sa lumière.

C'est chez S. Marc qu'elle est présentée de la manière la plus nette comme un véritable tournant dans la vie publique de Jésus : après la profession de foi de Pierre, Jésus annonce à ses disciples, pour la première fois, l'avenir de souffrance qui est le sien et les exigences du renoncement pour qui veut vraiment être son disciple. Vient ensuite le récit de la Transfiguration, puis la guérison de l'enfant épileptique et la deuxième annonce de la Passion. S. Marc nous montre ainsi que c'est celui qui, par notre manque de foi et notre rejet, va être défiguré dans la souffrance qui est transfiguré dans la gloire par le Père.

Là non plus, n'oublions pas l'héritage de Jean-Paul II qui a légué l'icône de la Transfiguration en quelque sorte comme un cadeau à toutes les personnes consacrées, en faisant remarquer que la Transfiguration n'est pas seulement une révélation de la gloire du Christ, mais une préparation à accepter sa Croix (Vita Consecrata 14).

Si la richesse des trois récits évangéliques de la Transfiguration est déjà tellement éblouissante qu'elle ne manque pas d'embarrasser les meilleurs exégètes, que dire de la réalité telle que l'ont vécue Pierre, Jacques et Jean, et tant d'autres à leur suite ? Et si la deuxième lettre de Pierre nous dit : Vous avez raison de fixer votre attention sur (la parole des prophètes), comme sur une lampe brillant dans l'obscurité... combien plus aurons nous raison de la fixer aujourd'hui sur l'évangile ! Contentons-nous modestement de porter notre attention sur les éléments propres à S. Marc.

Dans son récit, S. Matthieu met l'accent sur la voix du ciel qui veut nous faire comprendre que ce n'est plus le moment d'être disciple de Moïse, d'Élie ou d'un autre prophète, mais que c'est Jésus qu'il faut écouter. S. Luc insiste sur la nuée comme signe de la présence de Dieu et de la Gloire. S. Marc, lui, met l'accent sur la personne de Jésus, le Messie, dont la transfiguration en présence des trois disciples est comme le prélude et le gage de la Résurrection à venir. Mais même si nous voudrions demeurer dans la tente de la présence transfigurante de Jésus, elle nous échappe, et nous voici dans la frayeur et dans l'incompréhension : Il ne savait que dire tant était grande leur frayeur. S. Marc utilisera la même expression pour décrire la réaction de ces mêmes disciples sur au Mont des Oliviers (Mc 14, 40).

Il est aussi le seul à souligner : Personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. C'est comme s'il nous disait : soyons indulgents devant l'incompréhension des trois disciples, car ce qu'ils ont vu sort vraiment de l'ordinaire ; personne ne l'avait vu avant eux. Ils ont été les premiers !

Marc est aussi le seul à faire remarquer à la fin : Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

Et enfin : Ils restèrent fermement attachés à cette consigne (de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu... ), tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : "ressusciter d'entre les morts".
 

C'est à cause de toutes ces insistances propres à S. Marc que c'est son récit, comme celui de la Passion, qui nous secoue le plus. Devant tant de lumière, nous restons vraiment bien bêtes ababa, comme on dit en créole). La frayeur de Pierre, de Jacques et de Jean devient alors la nôtre, et c'est salutaire. Elle nous guérira de cette terrible maladie qui nous guette tous : celle d'être tellement habitués à entendre l'évangile, que nous ne savons même plus qui nous écoutons ; celle de répéter mécaniquement "Seigneur, Seigneur", alors que nous ne savons même plus ce que nous disons ; celle d'aller à la messe, "pour nous débarrasser du bon Dieu", comme le disait joliment le Curé d'Ars ; celle d'aller communier sans savoir qui nous recevons... et finalement celle de vivre sans savoir pourquoi et pour qui nous vivons.

 Harvey Cox a écrit que nous, chrétiens, nous avons tellement dilapidé l'héritage de la gloire du Christ que nous ne voyons plus qu'avec un regard éteint un Jésus au regard éteint. Une enquête menée aux États-Unis entre 2001 et 2005 auprès d'adolescents et de leurs parents a révélé que la soi-disant éducation chrétienne que la majorité des parents chrétiens transmettent à leurs enfants n'est plus qu'un vague déisme moralisateur, du style : "Si tu n'es pas sage, Jésus va te punir."

Alors, hâtons nous de prendre le remède indiqué par le psaume : Qui regarde vers lui resplendira sans ombre ni trouble au visage... Goûtez et voyez comme il est bon, le Seigneur ! Heureux l'homme qui s'abrite en lui ! Un long regard sur une icône de la Transfiguration (ou une autre), un temps d'adoration devant le Très Saint Sacrement, une dizaine de chapelet en méditant l'évangile : voilà autant de remèdes pour cette maladie qui fait tant de morts et de défigurés aujourd'hui. Comme le disait encore Jean-Paul II :

 

Ce n'est que dans une purification progressive de la connaissance de communion que l'homme et Dieu se rencontreront et reconnaîtront dans l'étreinte éternelle leur connaturalité d'amour jamais effacée (...) Il ne faut pas confondre cela avec un mysticisme obscur dans lequel l'homme se perd dans des réalités impersonnelles énigmatiques (...) C'est surtout en se laissant éduquer à un silence d'adoration que l'on peut approcher cette présence, car au sommet de la connaissance et de l 'expérience de Dieu, il y a sa transcendance absolue. Plus qu'à travers une méditation systématique, on y parvient à travers l'assimilation orante de l'Écriture et de la Liturgie (Orientale Lumen, 16).



 

Barbara 09/08/2006 21:55

J'adore ce texte de la Transfiguration, ça rappelle de tellement beaux moments de prière...

Walter Covens 10/08/2006 02:13

Réservons le verbe adorer pour Dieu. Ainsi, n'adorez pas un texte de la Trasfiguration, aussi beau soit-il, mais Jésus qui est transfiguré.

Robert 07/08/2006 17:34

          Vous avez raison, st Jean qui a pu rester au pied de la Croix n'a pas pu croire sans signe (vu), à la Résurrection. L'état des apôtres aprés la Passion ne leur permettait pas une foi suffisante...On les comprend.A ce sujet, on ne l'entend pas dire assez, et vous pourrez me répondre à ce sujet, le signe  matèriel de la Résurrection n'est pas seulement le tombeau vide, mais le fait que le linceul n'ait pas été défait, et là il y a des imperfections de la traduction grecque ,alors que le texte  (de st Jean justement) est trés précis dans ses formulations.

Walter Covens 07/08/2006 18:14

En fait le tombeau était "vide" du corps de Jésus, mais pas des bandelettes et du linceul. La note de la TOB dit exactement ceci : "À la différence de Marie (Madeleine), le disciple voit, dans le tombeau vide et les linges pliés avec soin, le signe qui l'amène à comprendre que le corps n'a été ni volé ni déplacé et à reconnaître dans la foi la résurrection de Jésus."

Robert 07/08/2006 13:20

  En nos temps si difficiles où nous voyons sans cesse misères et morts, nous sommes appelés à rester immobiles dans l'offrande, au pied de la Croix où Jésus  a été exposé à la face du monde pour nous sauver. Mais nous avons l'espérance en nous de Son Retour dans la Gloire. Lui qui n'a oublié personne dans Son Sacrifice, n'oubliera pas de nous ouvrir les portes du Royaume , afin que toutes choses soient nouvelles sur la terre comme au ciel, dans un rayonnement sans fin d'Amour trinitaire. Sa Croix a vaincu la mort et les ténèbres pour toujours, voilà l'espérance qui est dans nos coeurs. Je veux garder confiance en Celui qui s'est abaissé pour nous élever à Lui , même si nos offrandes et notre amour sont bien petits, mais unis à Son offrande , ils peuvent prendre une dimension infinie. Nous nous sentons petits devant l'immense souffrance du monde. F.

Robert 07/08/2006 09:10

        Jean était à la Transfiguration et est resté, immobile au pied de la Croix ,avec Marie. Jean est le modèle des prêtres et de l'Eglise qui offrent le "Fils Bien-aimé" au Père pour le Salut du monde.A lui est donné de recevoir Dieu dans son coeur et ses mains pures.Lui n'a pas était scandalisé par la Passion, il a tout accepté dans son coeur avec le divin maître : la Manifestation de Dieu et son abaissement jusqu'à mourir sur une Croix.Pierre, lui a eu plus de mal, mais Il avait reconnu en Jésus le Messie.

Walter Covens 07/08/2006 15:15

Il est vrai que le disciple que Jésus aimait a été plus prompt à croire que Pierre. Mais ce n'est qu'au moment où il voit le tombeau qu'il est dit de lui : "Il vit et il crut".

Robert 06/08/2006 22:56

Qu'Il te bénisse aussi,Daniel,ainsi que le Père Covens qui nous  donne de la joie à annoncer  Le Seigneur!. Florence

daniel 06/08/2006 18:04

c'est bien de parler du Seigneur sur le web ; que Dieu vous bénisse

Robert 06/08/2006 16:39

           Si on réunit catholiques et orthodoxes, on obtient une Croix glorieuse!

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