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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Quand Dieu fait signe - Homélie 17° dimanche du T.O.B

Walter Covens #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
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Nous quittons aujourd'’hui, et ce pour plusieurs dimanches, l’'évangile de S. Marc. La liturgie nous parachute brusquement dans l'’évangile de S. Jean. Mais dans l’'homélie de dimanche dernier, j'’avais déjà annoncé la couleur: S. Jean nous donne le contenu de l’'enseignement dont S. Marc se borne à nous dire qu'’il était long.
 
À l’'endroit où nous atterrissons dans l’'évangile de S. Jean (le début du chapitre 6), il y a un changement brusque également, puisque tout le chapitre 5 se déroule à Jérusalem, et qu'’au début du chapitre 6, nous nous trouvons sans transition de l’'autre côté du lac de Tibériade. Tous ces déplacements, jadis, dans la vie de Jésus, comme aujourd'’hui dans la liturgie, sont l'’occasion de faire la différence entre les auditeurs occasionnels (auditeurs d'’occasion), qui ne comprennent rien, et les vrais disciples de Jésus, qui ne comprennent pas grand-chose non plus, mais qui se font "enseignables".

       L'’évangile de Jean n’'est pas un évangile facile, dit-on. Alors que celui de Marc s'’adresse aux catéchumènes (ou aux enfants de la première année de catéchisme), l’'évangile de Jean s'’adresse, lui, à un public averti, au croyant éclairé, qui a déjà derrière lui une longue maturation. "Ici, écrit le cardinal Martini, on ne peut pas lire une page ou quelques lignes, et saisir globalement le sens des choses qui y sont dites ; car on ne sait pas pourquoi elles sont dites à ce moment-là, ni quelle signification précise elles présentent. Souvent les commentaires expliquent des choses qui vont de soi et que nous avons déjà comprises, mais ne répondent pas aux questions que l’'on se pose vraiment en lisant cet évangile de Jean : pourquoi l'’évangéliste insiste-t-il à cet endroit sur cette idée ? Et ainsi de suite."

       En ce qui concerne le passage de ce dimanche, le miracle des pains, qui, avec Jésus qui marche sur l’'eau, introduit le long enseignement de Jésus, impossible de se contenter de dire aux gens qu'’il faut éviter de gaspiller de la nourriture et qu'’il faut partager avec ceux qui n’'en ont pas, même si c'’est vrai en soi, et d'’une brûlante actualité. Mais là n’'est pas la question! La question n’'est pas de savoir ce que nous pouvons faire dire à l'’évangile pour coller à l’'actualité, faite, hélas, de catastrophes, de guerres et de famines, et, heureusement, de dévoloppement durable. Nous serions alors de ces disciples d'’occasion, condamnés à ne rien comprendre aux signes de Dieu. La question est de savoir ce que S. Jean et l’'Esprit Saint veulent nous dire. Et cela demande un minimum d'’honnêteté intellectuelle. Cela ne veut pas dire que dans ce cas, nous comprendrons tout et tout de suite. Cela veut dire que nous acceptons de ne pas comprendre, tout en cherchant à comprendre de mieux en mieux dans la fidélité, dans la durée, comme Ste Thérèse de Lisieux, sans nous décourager.

       Jésus accomplit le signe des pains, non pas pour remplir les ventres, mais pour signifier la vie divine qu'’il est venu donner : Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte. (Jn 6, 26-27).

       C’'est aussi le sens de l'’ordre de Jésus : Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne soit perdu. Cet ordre sous-entend que la nourriture donnée par Jésus n'’est pas périssable, contrairement à la manne du désert. Le pain que Jésus donne n’'est pas un pain éphémère mais une source permanente de vie. La manne pourrissait si on en ramassait plus que nécessaire pour la journée. Le pain de Jésus, lui, demeure pour toutes les générations futures, pour tout le temps de l’'Église.

       Philippe, qui faisait bien partie des vrais disciples de Jésus, de ceux qui le suivaient partout, n’'a pas compris la question que Jésus lui posait pour le mettre à l’'épreuve : Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'’ils aient à manger ? Philippe lui répondit : "Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain." Jésus savait bien ce qu'’il faut faire dans une telle situation et comment y remédier, mais il posait la question à Philippe pour lui faire prendre conscience de l'’impossibilité pour l’'homme de résoudre ce problème par lui-même, fût-ce avec une bonne dose de générosité et de savoir-faire. L'’homme ne pourra jamais rassasier l’'homme. C’'est Jésus seul qui peut combler pleinement tout besoin et toute aspiration. Tout ce que l'’homme peut faire, c'’est obéir à l’'ordre de Jésus : Faites-les asseoir.

       La bonne réponse à la question de Jésus sera donnée par Simon-Pierre quand il dira : À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle (Jn 6, 68). Le profil de Philippe n’'est pourtant pas le même que celui de la grande foule qui suivait Jésus seulement ponctuellement, parce qu'’elle avait vu les signes qu'’il accomplissait en guérissant les malades , cette foule qui ensuite était sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi, et qui finira par dire : Ce qu'’il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'’écouter! (Jn 6, 60). Ceux qui comprennent le signe de Jésus seulement à ras les pâquerettes parce qu'’ils ne font pas place à la recherche sincère du don de Dieu, ne s’'ouvrent pas à la foi et sont incapables de comprendre le signe.

       Philippe faisait partie, avec le disciple que Jésus aimait de ceux à qui il dira : Je ne vous appelle plus serviteurs (…...) mais je vous appelle amis (Jn 15, 15). Il était du nombre de ceux qui, en accueillant le mystère de l’'Incarnation, se sont laissé conduire jusqu’'à l'’intimité avec le Seigneur. Jésus l’'avait choisi pour qu'’il reste avec lui (cf. Mc 3, 14). Voilà le principal mérite du vrai disciple: rester avec Jésus, y compris dans les épreuves (cf. Lc 22, 28).

       C'’est cette fidélité dans la durée qui constitue en quelque sorte le numerus clausus pour être admis à comprendre l’'enseignement de S. Jean. S'’il est vrai que dans l’'évangile de Jean on ne peut pas lire une page comme celle d’'aujourd'’hui et n'’en retenir que des platitudes, style "B.A. de boy-scout à l’'occasion d’'un pique-nique champêtre", c’'est que, selon l’'hypothèse du Cardinal Martini, "dans l’'évangile de Jean, qui est l’'évangile des symboles, des comparaisons et des figures, la seconde partie (13-21) éclaire la première (1-12)".
 
Dans le cadre d’'une homélie comme celle-ci, je ne peux évidemment que vous indiquer le chemin. Finalement, si l’'évangile de Jean est difficile à comprendre, ce n’'est pas la faute à S. Jean; c’'est de notre faute à nous, parce que nous manquons de fidélité, et donc de maturité, dans notre relation avec Jésus.

       Un second aspect, tout aussi important, inséparable du premier, et qui ressort particulièrement du passage de l’'évangile de ce dimanche, c’'est que cette maturité de la foi ne peut être atteinte qu'’à l'’intérieur de la communauté des croyants.

       Le Père Léon-Dufour présente le chapitre six de S. Jean ainsi:
 
"Avant d'’aborder la lecture du texte et son déroulement, il convient de regarder l’'évangéliste au travail. Héritier d'’Israël, il n'’a pas seulement adhéré à l’'Envoyé eschatologique de Dieu, il est un chrétien qui vit de sa foi, et la Bonne Nouvelle qu'’il transmet concerne avant tout sa communauté."
 

       Détaché du signe, le discours sur le Pain de vie risque de faire penser à une relation purement individuelle avec Jésus. Mais si l’'acte de foi est éminemment personnel, il n’'a rien d'’individuel. Rien de plus personnel et rien de moins individuel que l’'acte de foi en Jésus. C'’est pourquoi Jésus ne se contente pas de distribuer de la nourriture comme le ferait n'’importe quelle organisation humanitaire. Il invite les gens à se mettre à table, selon la coutume des repas en commun. Et c'’est lui qui préside à cette communauté de table. En effet, contrairement aux Synoptiques, chez S. Jean c’'est Jésus qui distribue le pain et le poisson. C'’est lui aussi qui donne l’'ordre de ramasser les morceaux restants des cinq pains d'’orge (pas des poissons!). L’'orge était moins chère que le blé. Elle murissait aussi plus vite que le blé, si bien que les pains d'’orge servaient pour l'’offrande liturgique des prémices. Voilà encore un indice parmi d'’autres pour une juste interprétation du signe des pains.

       Si le repas offert par Jésus ne se prend pas en aparté, mais en communauté, cette communauté ne signifie pas pour autant une majorité. Au départ il y a bien une grande foule. Mais à partir du moment où Jésus se retire pour en échapper, cette foule commence à diminuer, et, à la fin, Jésus se retrouve seul avec les Douze.
 
     Remarquons que S. Jean ne parle d'’une grande foule qu'’à deux reprises dans son évangile: ici et lors de l’'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Cela ne peut pas être un hasard. Dans les deux cas l’'on sait ce qu'’il est resté de cette foule. Si croire renvoie à la communauté, cela ne signifie pas pour autant être à la remorque de la majorité. Il y aujourd'’hui une certaine forme d'’humanisme qui fait pratiquement l’'unanimité parmi nos contemporains. Et pourtant, ce n’'est pas pour autant dans ces milieux très larges une porte ouverte à la lumière de l’'évangile. L'’humanisme peut être une manière élégante mais sournoise de tenir Dieu à l’'écart, ou de se débarrasser de lui, quand, décidément, il n’'est plus raisonnable. Et l’'on finit par adorer l'’homme (ou Satan) à la place de Dieu.

Robert 30/07/2006 20:10

                                            Père Covens,Derrière ma remarque, vous l'avez sans doute compris, il y a une attente de ma part, d'être guidée dans mon cheminement de foi et de trouver une place dans l'Eglise. C'est un engagement profond , personnel tout en ayant la conviction que c'est Dieu qui me guide ainsi également. Je crois que le Seigneur a répondu à ma demande de ne pas rester sans lieu d'ancrage,sans réponse de la part de mon Eglise.merci à vous et merci Seigneur! Florence

Walter Covens 30/07/2006 21:43

Difficle de faire un accompagnement spirituel à distance, que ce soit sur le web ou par courrier non électronique. Mais toute proportion gardée ce moyen du blog se veut certainement un lieu d'Église ou la nouvelle évangélisation se fait par de nouveaux moyens.

Robert 30/07/2006 19:07

                            Cher père, Vous avez dit que ceux qui ont partagé le pain reçu de Dieu avait ainsi formé une communauté (de Vie!); et que ce partage que Dieu a donné Lui-même a suivi Son Enseignement. Ainsi la Parole a précédé l'Eucharistie comme à la messe et déjà par la Parole reçue nous faisons corps ensemble avec le Christ.Même sur internet nous faisons corps, je ne crois pas qu'il soit si virtuel si on vient y rechercher la Parole qui nous nourrit. Ainsi nous faisons partis de votre bergerie, père, cellule de l'Eglise.Florence

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