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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Saint Augustin, Aimer en vérité (2)

dominicanus #La vache qui rumine B 2009
Il en est qui ont d'autres espérances, qui n'aiment pas leurs frères, et qui, pourtant, font beaucoup d'oeuvres pareilles; retournons au témoignage de la conscience. Comment prouver que ceux qui n'aiment pas leurs frères, agissent souvent de la sorte? Combien, parmi les hérétiques et les schismatiques, se donnent le nom de martyrs! A leurs propres yeux, ils donnent leur vie pour leurs frères. Mais s'ils donnaient leur vie pour leurs frères, est-ce qu'ils feraient schisme avec la fraternité universelle? Evidemment, non. De même que des gens font des largesses, distribuent de l'argent en quantité, uniquement par ostentation, et ne cherchent en cela que les louanges des hommes, que la considération du peuple, considération bouffie, exposée à toutes les chances de vicissitudes du temps!

Puisque telle est leur conduite, comment reconnaître la charité fraternelle? L'Apôtre veut nous la faire distinguer; aussi nous donne-t-il un avertissement: «N'aimons pas seulement de parole et de langue, mais par les oeuvres et en vérité». Nous voulons savoir par quelle oeuvre, en quelle vérité. Peut-il y avoir une oeuvre plus certaine que celle de donner aux pauvres? Beaucoup le font par jactance, et non par charité. Peut-il y avoir d'oeuvre plus grande que celle de mourir pour ses frères? C'est ce que plusieurs voudraient encore avoir la réputation de faire, par désir de se faire un nom, et non point par sentiment intime de charité.

Pour aimer nos frères; il ne nous reste rien à faire qu'à nous retirer en présence de Dieu, dans ce sanctuaire où notre oeil seul pénètre, où nous sentons notre coeur persuadé, où nous nous interrogeons nous-mêmes pour savoir si l'amour du prochain est le mobile de nos actions; alors, il reçoit le témoignage de cet oeil qui scrute les profondeurs de son âme où nul homme ne saurait porter ses regards. Aussi, parce qu'il était prêta mourir pour ses frères, et qu'il disait: «Je me sacrifierai moi-même pour vos âmes (
2Co 12,15)», parce que Dieu lisait en son coeur ce que ne pouvaient y lire les hommes auxquels il adressait la parole, l'apôtre Paul leur disait: «Je me mets fort peu en peine d'être jugé par vous ou devant le tribunal de l'homme (1Co 4,3)».

Le même Apôtre prouve, en un autre endroit, que d'habitude les oeuvres de miséricorde sont le résultat de la vanité, au lieu d'être l'effet d'une charité solide. Parlant, en effet, de cette charité fraternelle pour la faire connaître, il s'exprime ainsi: «Quand je distribuerais tous mes biens aux pauvres, et que je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien (1Co 13,3)». Peut-on faire tout cela sans avoir la charité? Sûrement, oui. Car ceux qui n'ont pas la charité, ont scindé l'unité. Cherchez parmi eux, et vous en verrez beaucoup donner beaucoup aux pauvres; vous en verrez beaucoup disposés à mourir, puisque, la persécution ayant pris fin, ils se précipitent eux-mêmes dans les abîmes; il est sûr que, pour tout cela, la charité ne les inspire nullement.

Revenons-en donc à la conscience, dont l'Apôtre parle en ces termes: «Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience (2Co 1,12)». Retournons à notre conscience, au sujet de laquelle le même Apôtre a dit: «Que chacun examine bien ses propres actions, et, alors seulement, il aura de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre (Ga 6,4)».

Que chacun de-nous examine donc ses propres actions, afin devoir si elles émanent de la vraie charité, si elles proviennent de la racine tout aimante de l'arbre des bonnes oeuvres. «Que chacun», dit Jean, «examine ses propres actions, et, alors seulement, il aura de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre»; quand il recevra un bon témoignage, non de la part des étrangers, mais de sa propre conscience.

(Commentaire de la Première Lettre de S. Jean 602)
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