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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

dominicanus #Homélies Année B (2008-2009)
La Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu - Homélie 4° dimanche du Carême B

Pourquoi Dieu a-t-il permis au peuple juif de retourner à Jérusalem après leur exil, comme nous l'avons entendu dans la première lecture ? Les Juifs avaient été infidèles dans leur amitié avec le Seigneur. Ils s'étaient mis à rendre un culte idolâtre, enfreignant les commandements, désobéissant aux prophètes que Dieu leur envoyait.
 


"... tous les chefs des prêtres et le peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les pratiques sacrilèges des nations païennes, et ils profanaient le temple de Jérusalem consacré par le Seigneur... Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes."
 


Tant et si bien - si l'on peut dire - que "finalement, il n'y eut plus de remède à la colère grandissante du Seigneur contre son peuple".

Les Juifs ont été vaincus par les Babyloniens et exilés sur une terre étrangère. Et là, comme le psaume nous le laisse entendre, beaucoup d'entre eux ont complètement oublié le Seigneur et ses promesses.

Malgré toute cette ingratitude, Dieu n'abandonne pas son peuple. Il leur envoie des prophètes pour susciter l'espérance. Il promet une restauration. Le moment venu, il ramène ce peuple ingrat à Jérusalem et leur permet de rebâir le Temple, signe de paix durable et de prospérité.

Pourquoi ? Pourquoi l'amour de Dieu est-il si déraisonnable, si fou ? Parce que l'amour, la fidélité, la miséricorde de Dieu ne dépendent pas de notre dignité. Dieu ne nous aime pas en raison de notre perfection. Il nous rend parfaits en raison de son amour. Voilà la Bonne Nouvelle de ce dimanche :

 


"Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle."
 


Saint Paul, dans la deuxième lecture, est encore plus explicite. Il fait remarquer que notre salut est une grâce - le mot grec fait référence à un cadeau merveilleux, et non  à un mérite. Il écrit :
 


"Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ."
 


Nous sommes trop habitués à ce mot "amour". Aujourd'hui rafraîchissons-nous la mémoire et voyons ce que aimer veut dire.

Le Nouveau Testament a été écrit en grec, et non en français. Et le grec possède au moins quatre termes différents pour exprimer ce que nous traduisons par "amour". Ces quatre mots ont en commun un lien, une connexion, une attraction, une estime entre quelqu'un qui aime et une chose ou une personne qui est aimée. Mais chacun de ces quatre termes possède une consonnance particulière.

Le premier terme, le plus fondamental, pour dire l'amour en grec ancien est le mot "storge". Ce terme signifie une affection naturelle, le lien qui se crée à cause d'une connexion naturelle. Ce sentiment peut être doux et superficiel, comme quand nous disons aimer la glace (à la vanille) ou un chien (Médor). Il peut s'agir aussi d'un sentiment plus profond, comme celui qui peut unir les membres d'une même famille. Même si des frères et des soeurs ont été séparés pendant de longues années, il y a toujours ce lien unique entre eux, une affection naturelle. Le mot qui décrit ce type d'affection naturelle n'est guère courant dans la Bible.

Le deuxième terme pour désigner l'amour est "eros". C'est le genre d'amour auquel nous pensons quand nous disons que quelqu'un est "tombé amoureux". C'est le genre de sentiment passionné qui nous emporte et nous remplit d'émotions intenses, apparemment incontrôlables, comme dans le cas d'une relation amoureuse, mais aussi d'un artiste pour son art, ou d'un sportif pour sa discipline sportive. Le dénominateur commun, ici, c'est le sentiment passionné qui nous emporte, et qui peut nous conduire à devenir déraisonnables et imprudents. Ce n'est pas obligatoire, mais dans un monde contaminé par le péché originel, il y a ce grand danger. Nous avons besoin de la grâce de Dieu pour canaliser et gouverner ces passions pour qu'elles conduisent au bonheur et non pas au désenchantement. Ce terme-là n'apparaît que deux fois dans la Bible, et seulement dans l'Ancien Testament.

Le trois!ème mot grec que nous traduisons en français par "amour" est "philia". Ce mot était utilisé pour décrire un lien formé entre deux personnes qui partagent un même intérêt ou un même indéal. La plupart du temps il est utilisé pour désigner une amitié. Au lieu d'être basée sur une affection instinctive ou une passion, l'amitié est basée sur la conscience et la décision de poursuivre un intérêt commun avec une autre personne. La caractéristique principale ici est que les deux amis qui partagent ce genre d'amour sont sur un pied d'égalité. "Philia" n'était pas habituellement utilisé pour décrire la relation entre un père et son fils, par exemple, ou entre un maître et un esclave bien-aimé : ils ne sont pas égaux. Ce mot apparaît dans le Nouveau Testament. C'est le terme utilisé dans le récit de la Dernière Cène :

 


"Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître." (Jn 15, 15)
 


La grâce de Dieu non seulement pardonne nos péchés, mais nous élève, nous rend semblables à Dieu. Imaginez un peu si nous pouvions donner à notre animal favori la capacité de parler, de rire, d'entrer en relation avec nous à un niveau humain. Eh bien, voilà ce que Dieu a fait avec nous. La nature animale est inférieure à la nature humaine, et la nature humaine inférieure à la nature divine. Mais dans sa bonté et par sa grâce, Dieu a élevé notre nature humaine pour nous rendre participants de sa nature divine. Nous sommes les amis de Jésus. Ainsi les vertus théologales "infuses" (la foi, l'espérance et la charité), nous permettent, quand nous les cultivons, de nous voir, de voir le monde et les autres, comme le Christ les voit.
 



 


Le quatrième mot du grec ancien que nous traduisons en français par "amour" est utilisé beaucoup plus fréquemment dans la Bible que tous les autres réunis. C'est le mot "agape", traduit aussi par "charité". L'on pourrait traduire ce mot par "amour christiforme", vu que le Christ nous en a révélé le sens par sa vie, sa mort et sa résurrection. C'est le terme utilisé dans les lectures de ce dimanche : "Dieu a tant aimé le monde (évangile) ...  à cause du grand amour dont il nous a aimés" (2° lect.). C'est également le terme utilisé par Jésus lors de la Dernière Cène, au moment où il nous donne le commandement nouveau : "aimes-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés".

Il est d'autant plus intéressant de constater la fréquence de ce mot dans le Nouveau Testament, quand on en compare l'usage dans les autres écrits en langue grecque de la même époque, dans lesquels l'utilsation de ce terme est rare.

Comme Benoît XVI le fait remarquer dans son encyclique sur l'amour :

 


"La mise de côté du mot eros, ainsi que la nouvelle vision de l'amour qui s'exprime à travers le mot agapè, dénotent sans aucun doute quelque chose d'essentiel ans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l'amour" (Deus caritas est, n. 3)
 


Quel est le noyau significatif de ce terme ? Quelle est cette "nouvelle vision" ?

D'abord l'oubli de soi. C'est un amour qui se focalise sur le bien des autres, le service, l'aide de ceux qui sont dans le besoin, peu importe ses propres sentiments à leur égard, ou ce que l'on peut espérer en retour. C'est un amour généreux, qui implique le sacrifice, le don de soi. C'est l'amour de Jésus dans la crèche de Bethléem, au désert, sur la croix ..., donnant sa vie, non pas parce que ce faisant, il connaîtrait l'extase, mais parce que nous en avons besoin, parce qu'il voulait restaurer nos coeurs coupables dans l'espérance pour nous ramener de notre exil vers la Maison du Père. Quand saint Jean, dans sa première lettre, écrit : "Dieu est amour", c'est ce mot-là qu'il emploie. Dieu s'oublie lui-même, et ne cherche que notre bien, notre bonheur, notre plénitude. C'est pour cela qu'il nous a créés : non pas pour son bonheur, mais pour le nôtre. Voilà pourquoi aussi il nous pardonne aussi souvent que nécessaire, et qu'il nous nourrit de son Corps et de son Sang dans l'Eucharistie. Voilà pourquoi encore il porte nos croix avec nous, ne nous laissant jamais seuls dans la souffrance. Et puisque nous avons été créés à son image, de ce Dieu, qui est amour, nous trouverons la plénitude que nous recherchons en apprenant progressivement à aimer de la même manière, dans l'oubli de nous-mêmes, à l'image du Christ.

Comme l'écrit Benoît XVI,

 


"ce terme exprime l’expérience de l’amour, qui devient alors une véritable découverte de l’autre, dépassant donc le caractère égoïste qui dominait clairement auparavant. L’amour devient maintenant soin de l’autre et pour l’autre. Il ne se cherche plus lui-même – l’immersion dans l’ivresse du bonheur – il cherche au contraire le bien de l’être aimé : il devient renoncement, il est prêt au sacrifice, il le recherche même." (Dieu est amour, n. 6)
 


L'amour de Dieu pour chacun de nous est personnel, actif, inconditionnel et illimité. Le crucifix, le signe de la croix, nous le rappellent sans cesse. Voiolà aussi ce que l'Église nous rappelle aujourd'hui. Au bout de trois semaines de pénitence, ayant devant les yeux nos péchés, notre égoïsme (la mauvaise nouvelle), il est temps de nous souvenir que c'est précisément à cause de ces péchés et de cet égoïsme, que le Christ est venu sur terre pour nous sauver (la Bonne Nouvelle). Voilà pourquoi ce dimanche est appelé "Laetare", le dimanche de la joie ("laetare" est le premier mot de l'antienne d'ouverture en latin). Voilà pourquoi le célébrant peut porter des vêtements litrugiques de couleur rose en ce jour. De même que l'horizon, au moment où le soleil se lève, au bout d'une longue nuit noire, se colorie d'un rose pale, de même l'amour de Dieu qui perce les ténèbres de nos péchés, chasse l'ombre de nos fautes par la lumière resplendissante du jour sans fin.

En ce jour où le Christ renouvelle son amour inconditionnel pour nous dans cette Eucharistie, spécialement au moment de la Communion, rendons-lui grâce pour ces dons. Et demandons-lui la grâce, non seulement de faire l'expérience de son amour, mais de pouvoir partager cette expérience avec d'autres, spécialement avec ceux qui vivent encore dans les ténèbres. Que tout au long de cette semaine, notre charité chrétienne, active, soit comme un lever de soleil dans leur coeur, pour les attirer à la fontaine salutaire de la grâce de Dieu.

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