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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le bon grain et l'ivraie dans le champ de la prière - Homélie 16° dimanche du T.O.

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)
 

    "Au secours, Esprit Saint !" Voilà un cri qu'il ne nous est peut-être jamais arrivé de pousser, et qui pourtant nous est suggéré par saint Paul aujourd'hui. Encore faut-il que nous soyons d'abord bien persuadés que "nous ne savons par prier comme il faut", et, ensuite, que ce n'est pas une formule magique ou la manifestation d'un fantôme qui va nous tirer d'affaire, comme par enchantement.

    D'abord donc, autant le dire tout de suite : de nous-mêmes, nous sommes parfaitement incapables de prier. C'est la radicale impuissance de la chair, dont il était question
il y a quinze jours. De même que Jésus dit que sans lui nous ne pouvons rien faire, de même, sans l'Esprit Saint, nous pouvons bien réciter des kilomètres de formules, mais nous n'aurons pas commencé à prier. C'est une découverte douloureuse et humiliante, qui "renverse les puissants de leur trône" (Lc 1, 52). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la prière n'est révélée par le Père qu'aux seuls petits, tandis qu'elle reste cachée aux sages et aux savants. Les saints sont peu à peu devenus conscients de cette impuissance de la chair. Voici, par exemple, comment sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein), s'adressait à l'Esprit Saint :
 
Qui es-tu, douce lumière, qui me remplis
et llumines la ténèbre de mon cœur ?
 
Comme la main d’une mère, tu me conduis
et, si tu me lâchais, je ne saurais faire un pas de plus.
 
Tu es l’espace enveloppant mon être
et l’abritant en toi.
 
Le rejetterais-tu,
il coulerait à pic dans l’abîme du néant
d’où tu le tiras pour l’élever vers la lumière.

    Les images sont parlantes et sans exagération aucune. Il faudrait plutôt dire qu'elles demeurent en deçà de la réalité. C'est dire que la prière n'est pas une question de performances ni de diplômes. C'est l'art de devenir comme des enfants. La chirurgie esthétique est à la mode et a fait des progrès impressionnants. On peut se faire faire un "lifting" pour avoir l'air plus jeune. Mais par quelle intervention chirurgicale pourrons-nous recevoir ce coeur nouveau qui nous confère l'éternelle jeunesse des saints et qui nous donne de participer à la prière même de Dieu ?
 
Qui es-tu, douce lumière, qui me remplis
et illumines la ténèbre de mon cœur ?


    Remarquez que ce n'est pas un cri de désespoir. Aucun symptome d'une frustratrion, pas l'ombre d'une déprime. C'est en raison même des ténèbres de nos coeurs que la douce lumière de l'Esprit nous est donnée, car "ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades" (Mt 9, 12). On dirait même que ce n'est qu'en présence de la lumière que l'on prend conscience des ténèbres, en présence du médecin que l'on se découvre malade. Je me croyais en bonne sante, et je ne me doutais de rien. C'est le médecin qui me "révèle" simultanément que je suis malade, et que je peux guérir.

    "L'Esprit vient au secours de notre faiblesse", dit saint Paul, "car nous ne savons pas prier comme il faut", de même qu'une maman vient au secours de son enfant parce qu'il est trop petit pour marcher tout seul. Dès que l'enfant sait marcher, sa maman n'a plus besoin d'être constamment à côté de lui (sinon pour l'empêcher de faire des bêtises). Mais dans la vie spirituelle, le progrès, la croissance ne consiste pas à apprendre à se passer de l'Esprit Saint, mais de découvrir de plus en plus combien on en a besoin.

    Cette découverte est de l'ordre, non pas de la science, mais de l'expérience. Saint Bonaventure dans son "Itinéraire de l'âme vers Dieu" nous dit :

"En cette traversée, si l'on veut être parfait, il importe de laisser là toute spéculation intellectuelle. Toute la pointe du désir doit être transportée et transformée en Dieu. Voilà le secret des secrets, que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit, que nul ne reçoit sauf celui qui le désire, que nul ne désire sauf celui qui au plus profond est enflammé par l'Esprit Saint que le Christ a envoyé sur la terre. Et c'est pourquoi l'Apôtre dit que cette mystérieuse sagesse est révélée par l'Esprit Saint. Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture ; interroge l'Époux et non le professeur, Dieu et non l'homme, l'obscurité et non la clarté ; non point ce qui luit mais le feu qui embrase tout l'être et le transporte en Dieu avec une onction sublime et un élan plein d'ardeur."

    C'est donc le Saint Esprit qui donne les "explications", là où l'entendement humain ne suffit pas. L'homme, même chrétien, peut être perplexe devant la question : comment se tourner vers Dieu ? Notre expérience nous dit que même notre prière est un mélange où tout n'est pas pur et n'est pas ce qu'il faudrait. Nous entons bien que nous ne pouvons pas la faire monter vers Dieu tel quelle. Mais "l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse". Lui sait quelle est la prière agréable à Dieu, et il la prie pour nous, mais non sans nous, au plus profond de nos coeurs. Par conséquent, quand le Père entend cette prière, il entend inséparablement la prière de son Esprit et celle de nos coeurs. Dans cette unité, il n'entend plus que la "bonne prière" à laquelle nous participons quand nous prions à la fois "dans l'Esprit", mais non sans notre intelligence.

    Écoutons encore cet enseignement de saint Paul :

 


"Je souhaite que vous parliez tous en langues, mais surtout que vous ayez le don de prophétie. Car prophétiser vaut mieux que parler en langues, à moins qu'on n'interprète ce qu'on dit en langues : ainsi, on aide à la construction de l'Église. Eh bien, frères, si j'arrive chez vous pour parler en langues, en quoi vous rendrai-je service si ma parole ne vous apporte ni révélation, ni connaissance de Dieu, ni prophétie, ni enseignement ?
"Ainsi, quand des objets inanimés comme la flûte ou la cithare produisent des sons, s'ils ne donnent pas des notes distinctes, comment reconnaître l'air joué par l'instrument ? Et si la trompette produit des sons confus, qui pourra se préparer au combat ?
"Vous de même, si par votre langue vous ne produisez pas un message intelligible, comment reconnaître ce qui est dit ? Vous ne serez que des gens qui parlent pour le vent. Il y a dans le monde je ne sais combien d'espèces de mots, et aucune n'est sans signification. Or si je ne connais pas la valeur du mot, je serai un barbare pour celui qui parle et il le sera pour moi.
"Alors, vous, puisque vous recherchez les phénomènes spirituels, recherchez-les en vue de construire l'Église, de manière à progresser. Et donc, celui qui parle en langues, qu'il prie pour être capable d'interpréter. Si je prie dans une langue inconnue, mon esprit a beau être en prière, mon intelligence ne produit rien. Que vais-je donc faire ? Je vais prier avec mon esprit, mais aussi avec mon intelligence, chanter avec mon esprit, mais aussi avec mon intelligence. En effet, si tu dis une prière de bénédiction avec ton esprit seulement, alors celui qui est là et n'y connaît rien, comment va-t-il répondre « Amen » à ton action de grâce, puisqu'il ne sait pas ce que tu dis ? Toi, bien sûr, tu fais une belle action de grâce, mais ce n'est pas constructif pour l'autre.
"Je parle en langues plus que vous tous, et j'en rends grâce à Dieu ; mais, quand l'Église est rassemblée, je préfère dire cinq paroles avec mon intelligence de manière à instruire les autres, plutôt que d'en dire dix mille en langues." (1 Co 14, 5-19)

 


    Voilà comment saint Paul priait et enseignait la prière. N'allons donc pas penser que l'Esprit est le bon grain et notre intelligence l'ivraie. Benoît XVI n'a cessé d'insister sur l'alliance qu'il doit y avoir entre religion et raison, entre foi et intelligence. Voilà le bon grain. L'ivraie, la spiritualité du Mauvais, c'est dans la séparation : la foi sans l'intelligence, ou l'intelligence sans la foi.

    Revenons à la prière de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. En voici la suite :

Toi, qui m’es plus proche que je ne le suis moi-même,
qui m’es plus intérieur que mon propre cœur,
et pourtant insaisissable, inconcevable,
au-delà de tout nom,
Saint-Esprit, éternel Amour !

    Qu'elle est belle aux oreilles du Père, la prière des saints, la prière de l'Église, la prière des pauvres pécheurs que nous sommes, quand nous sommes rassemblés dans l'Église pour l'Eucharistie !
 
L'ivraie, la spiritualité du Mauvais, c'est dans la séparation : la foi sans l'intelligence, ou l'intelligence sans la foi.

L'ivraie, la spiritualité du Mauvais, c'est dans la séparation : la foi sans l'intelligence, ou l'intelligence sans la foi.

Jocelyne 20/07/2014 03:49

Merci mon Père et bon dimanche ! Que le Seigneur vous bénisse !

Père Walter 20/07/2014 06:48

Merci à toi, et bon dimanche aussi !

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