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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Ignace d'Antioche, celui qui partit en mission les fers aux pieds

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
"Je suis le froment de Dieu ; que je sois moulu par la dent des bêtes pour devenir un pain blanc du Christ !"

    Allez comprendre ! songent les gardes qui, à l'aube du IIe siècle, conduisent Ignace, l'évêque d'Antioche, à son funeste destin. Ce n'est pourtant pas le premier chrétien qu'ils accompagnent au supplice. "On dit que celui-ci vient d'Antioche. Épuisé ? Même pas ! Depuis que nous avons pris le relais, à quelques lieues des portes de Rome, il ne cesse de prêcher ! Faut-il qu'ils soient dangereux, lui et ses compagnons, pour qu'on les ramène de si loin ! Pourtant, ils ne semblent guère violents, au contraire ..." Décidément, les gardes n'y comprennent rien ...

    Sur la route de son martyre, Ignace ne se lamente pas. Conduit par ses persécuteurs à Rome pour être dévoré par les fauves, il exhorte, écrit, professe et convertit ... Jusqu'au bout, jusqu'au cirque.

    Là-bas, à Antioche, Ignace se sentait encore l'héritier de Pierre, dont il est le deuxème successeur dans la cité. Pendant quinze ans, il a accompagné les premiers pas d'une jeune et forte Église, il a organisé, administré ; il s'est efforcé d'être pasteur, aussi. "Jésus-Christ est ressuscité, venez marcher dans les pas du Seigneur !" Partout se répand cette proclamation, tandis que se lézardent peu à peu les fondations de l'empire. L'empereur Trajan prend peur. Les communautés de chrétiens ne cessent de grandir et de se multiplier. Les convertis, de plus en plus nombreux, s'implantent dans les principales métropoles. Même les routes des campagnes reculées se peuplent de pèlerins ou de pères venus enseigner la Bonne Nouvelle. Certes, ces communautés sont dispersées, mais ne font-elles pas preuve d'un activisme redoutable, susceptible de menacer le pouvoir central ? Bien plus, elles s'organisent. Dans chaque ville où la communauté chrétienne est importante, un évêque prend en charge les fidèles. N'y a-t-il pas là une sorte de contre-pouvoir ? Trajan décide alors de resserrer son emprise sur l'empire : or, rien de tel qu'un ennemi commun pour fédérer les citoyens.

    Les armes impériales savent abattre l'ennemi qui se présente le glaive à la main ; mais comment combattre la foi ? Elles parviennent à anéantir l'envahisseur des contrées barbares qui cherche à forcer les limites de l'empire ; elles punissent le coupable d'un délit, mais comment museler la détermination ardente du croyant ? Qu'à cela ne tienne ... Trajan publie un édit. Il veut faire un exemple. Abjurez ou mourez ! Si des chrétiens meurent, les indécis reculeront, les récents convertis tiédiront. Pourtant, à Antioche, Ignace et ses compagnons ne cèdent pas à l'inimidation. Autour d'eux, de nombreux fidèles font preuve d'une foi indéfectible. L'évêque et d'autres réfractaires sont arrêtés, puis condamnés à mort. Pour déjouer tout risque d'émeute, la sentence sera exécutée à Rome, au prix d'un transfert des prisonniers de plusieurs semaines jusqu'à la capitalde de l'empire. Mais, loin de céder à l'accablement, Ignace profite de son passage dans les villes chrétiennes pour adresser aux évêques de véritables professions de foi sous forme de lettres.

    Ignace témoigne pour tous ceux qui, en ces temps déjà troublés par les divisions théologiques, la multiplication des hérésies et les persécutions incessantes, risquent de renier leur foi. C'est pour eux qu'il a écrit : "Tournez-vous vers votre évêque. Il ne doit y avoir qu'une seule Église, qu'une eucharistie, qu'un sanctuaire, qu'une foi, qu'un évêque. Tournez-vous vers lui ; écoutez-le ; suivez-le ; soumettez-vous à lui. Sans lui, pas de baptême, pas d'eucharistie. Ce qu'il approuve plaît aussi à Dieu."

    Avant d'entrer dans le cirque, Ignace interpelle encore ses contemporains : "C'est Jésus-Christ que je cherche, Lui qui est mort pour nous ; c'est lui que je veux, Lui qui est ressuscité à cause de nous ! L'heure vient pour moi de l'enfantement. (...) Laissez-moi saisir la pure lumière."

    Seules les huées haineuses du cirque lui imposeront silence ; ce n'est que face aux fauves qu'il se tait à jamais.

    La mort d'Ignace, acceptée dans la joie, témoigne de l'espérance invincible qui l'anime. Un martyr n'est pas un sacrifié, il s'offre à Dieu pour approcher le mystère de plus près.

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon 1999
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