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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. V)

dominicanus #Évènements

ChapitreV

La Parole de Dieu dans les multiples services de l'Église

«de la table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ [...] prendre le pain de vie » (DV 21)


Ministère de la Parole

32.          « La prédication ecclésiastique tout entière, tout comme la religion chrétienne elle-même [...] doit [être] nourrie et guidée par la Sainte Écriture » (DV 21). Avec cette affirmation, le Concile Vatican II rappelle les engagements spécifiques nécessitant des interventions concrètes.

               Il faut noter que le service de la Parole dans les Églises particulières se réalise dans les différentes sphères et expressions de vie, avec un programme conduisant à reconnaître au moment liturgique de l'Eucharistie et de chaque sacrement l'aspect primordial d'expérience de la Parole de Dieu. La nécessité se fait sentir de considérer la lecture orante dans la forme de la Lectio Divina, au niveau communautaire et personnel, comme l'objectif élevé et commun, et de promouvoir une catéchèse qui soit une initiation aux Saintes Écritures, en vivifiant par elles les programmes catéchistiques et les catéchismes eux-mêmes, ainsi que la prédication et la piété populaire. Il faut en outre encourager la rencontre avec la Parole de Dieu par l'intermédiaire de l'Apostolat biblique, en veillant à la naissance et à la conduite des groupes bibliques et faire en sorte que la Parole, pain de vie, devienne aussi un pain ‘concret', c'est-à-dire qui porte à aider les pauvres et ceux qui souffrent. On considère comme urgente la mise en valeur de la Parole à travers aussi des études et des rencontres qui mettent en relief ses rapports avec la culture et l'esprit humain, dans une confrontation interreligieuse et interculturelle. Pour ce faire, il est besoin d'une foi attentive, d'un dévouement apostolique, d'une pastorale intelligente, créative et permanente, dans un exercice qui favorise l'esprit de communion. Jamais autant que dans cette sphère, émerge l'exigence d'une pastorale animée par la Bible en permanence.

               Dans cette perspective d'unité et d'interaction, il faut que soit reconnu et pleinement soutenu le dynamisme avec lequel la Parole de Dieu rencontre l'homme, dynamisme qui se trouve à la base de toute l'action pastorale de l'Église : la Parole annoncée et écoutée veut se faire Parole célébrée, dans la Liturgie et les sacrements, pour pouvoir ainsi motiver une vie selon la Parole, à travers l'expérience de la communion, de la charité et de la mission.[43]


Expérience dans la liturgie et dans la prière

33.          À partir des expériences des Églises particulières émergent plusieurs points communs : pour une grande majorité de chrétiens à travers le monde, la rencontre avec la Parole de Dieu a lieu uniquement dans la célébration eucharistique du dimanche ; on voit grandir, chez le Peuple de Dieu, la conscience de l'importance de la liturgie de la Parole de Dieu, grâce aussi au renouvellement des règles de celle-ci dans le nouveau Lectionnaire ; certains, toutefois, souhaitent une révision de celui-ci pour une meilleure syntonie entre les différentes lectures, ainsi qu'une fidélité plus grande aux textes originaux ; on espère une nette amélioration de l'homélie ; il arrive aussi que la liturgie de la Parole soit configurée comme une forme de Lectio Divina ; enfin, l'Office divin ne connaît pas une large diffusion parmi les chrétiens. Par ailleurs, on note que le Peuple de Dieu n'est pas véritablement introduit à la théologie de la Parole de Dieu dans la liturgie et qu'il la vit encore de façon passive, en n'en percevant pas le caractère sacramentel et en ignorant les riches Introductions des livres liturgiques, du fait que les Pasteurs ne semblent pas toujours s'en intéresser ; le vaste monde des signes propres à la liturgie de la Parole apparaît assez souvent réduit à des formalités rituelles dépourvues de toute compréhension intérieure ; en particulier, le rapport entre la Parole de Dieu et le sacrement de réconciliation semble insuffisamment mis en valeur.


Motivation théologique et pastorale : Parole, Esprit, Liturgie et Église

34.          À tous les niveaux de la vie ecclésiale il est nécessaire de faire mûrir la compréhension de la liturgie en tant que lieu privilégié de la Parole de Dieu, qui édifie l'Église. Aussi est-il important de fournir quelques affirmations fondamentales.

-        La Bible est le livre d'un peuple et pour un peuple. Elle est un héritage, un testament remis aux lecteurs pour qu'ils réalisent dans leur vie l'histoire du salut dont témoignent les écrits. Il existe donc un rapport d'appartenance réciproque vitale entre le peuple et le Livre : la Bible reste un Livre vivant, si le peuple la lit ; le peuple ne subsiste pas sans le Livre car il trouve en lui sa raison d'être, sa vocation et son identité.

-        Cette appartenance mutuelle du peuple et des Saintes Écritures est célébrée dans l'assemblée liturgique, lieu où la Bible est diffusée et reçue. À ce propos, le discours de Jésus dans la Synagogue de Nazareth (cf. Lc 4,16-21) est des plus significatifs. Ce qui se passe là se produit aussi chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée pendant la liturgie.

-        La proclamation de la Parole de Dieu renfermée dans les Écritures est une action de l'Esprit : tout comme il a agi pour que la Parole devienne Livre, maintenant dans la liturgie il transforme le Livre en Parole. La tradition liturgique alexandrine présente une double épiclèse, c'est-à-dire une invocation de l'Esprit avant la proclamation des lectures, et une autre après l'homélie:[44] c'est l'Esprit qui guide celui qui préside dans la tâche prophétique de comprendre, proclamer et expliquer la Parole de Dieu à l'assemblée de façon adéquate et, en même temps, d'invoquer un accueil juste et digne de la Parole de la part de la communauté rassemblée.

-        Grâce à l'Esprit Saint, l'assemblée liturgique écoute le Christ, car « c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures » (SC 7) et elle accueille l'alliance que Dieu renouvelle avec son peuple. Ainsi, les Écritures et la liturgie convergent dans l'unique but de conduire le peuple à dialoguer avec le Seigneur. La Parole prononcée par Dieu et dont témoignent les Écritures, Lui retourne sous la forme d'une réponse orante du peuple (cf. Is 55,10-11).

-        Les Écritures sont proclamées dans la Parole au cours de la liturgie, et principalement dans l'assemblée eucharistique, selon un dynamisme dialogique profond. Depuis le début, dans l'histoire du Peuple de Dieu, pendant le temps biblique comme après, la Bible a toujours été le Livre destiné à soutenir le rapport entre Dieu et son peuple ; c'est-à-dire le livre de culte et de prière. En effet, la liturgie de la Parole « est moins un moment de méditation et de catéchèse que le dialogue de Dieu avec son peuple, dialogue où sont proclamées les merveilles du salut et continuellement proposées les exigences de l'Alliance ».[45]

-        À l'intérieur du rapport entre la Parole et la liturgie, une place importance pour toute l'Église mais surtout pour la vie consacrée est celle occupée par la prière de l'Office divin. La Liturgie des Heures doit être vue comme un lieu privilégié de formation à la prière, surtout grâce aux Psaumes, dans lesquels le caractère divin et humain des Écritures se manifeste de façon idéale. Les Psaumes enseignent à prier, en amenant ceux qui les chantent ou les récitent à écouter, intérioriser et interpréter la Parole de Dieu.

-        Accueillir la Parole de Dieu dans la prière liturgique, outre que dans la prière personnelle et communautaire, devient donc, pour tous les chrétiens, un objectif incontournable, qui les amène à avoir une vision nouvelle des Saintes Écritures. Plus qu'un Livre écrit, elles doivent être vues comme une proclamation et un témoignage de l'Esprit Saint sur le Christ, selon l'affirmation conciliaire déjà citée : « c'est lui qui parle tandis qu'on lit dans l'Église les Saintes Écritures » (SC 7). Il en résulte que « dans la célébration de la liturgie, la Sainte Écriture a une importance extrême » (SC 24).


Parole de Dieu et Eucharistie

35.          Tandis que dans la pratique, la liturgie de la Parole paraît fréquemment improvisée et parfois insuffisamment liée à la Liturgie eucharistique, l'unité profonde entre Parole et Eucharistie a ses racines dans le témoignage des Écritures (cf. Jn 6), soulignée par les Pères de l'Église et réaffirmée par le Concile Vatican II (cf. SCDV 21.26 ; AG 6.15 ; PO 18 ; PC 6). Dans la grande Tradition de l'Église, on trouve des expressions significatives telles que : « Corpus Christi intelligitur etiam [...] Scriptura Dei » (l'Écriture de Dieu aussi est considérée comme le Corps du Christ),[46] « ego Corpus Iesu Evangelium puto » (je considère l'Évangile comme le Corps de Jésus).[47] 48.51.56 ;

               La conscience accrue de la présence du Christ dans la Parole favorise aussi bien la préparation immédiate à la célébration eucharistique que l'union avec le Seigneur dans les célébrations de la Parole. C'est pour cela que le présent Synode suit la ligne du précédent sur l'Eucharistie et demande une réflexion spécifique sur le rapport entre la Parole de Dieu et l'Eucharistie.[48] Saint Jérôme affirme : « La chair du Seigneur est vraie nourriture et son sang vraie boisson; c'est là le vrai bien qui nous est réservé dans la vie ici-bas, se nourrir de Sa chair et boire Son sang, non seulement dans l'Eucharistie, mais aussi dans la lecture des Saintes Écritures. En effet, la Parole de Dieu que l'on puise à la connaissance des Écritures est vraie nourriture et vraie boisson ».[49]


Parole et économie sacramentelle

36.          La Parole doit être vécue au sein de l'économie sacramentelle, en tant qu'accueil de puissance et de grâce, et non seulement comme une communication de vérité, de doctrine et de normes éthiques. Chez celui qui écoute avec foi, elle suscite une rencontre et devient la célébration de l'alliance.

               Il faudra être aussi attentifs à toutes les formes de rencontre avec la Parole dans l'action liturgique : dans les sacrements, la célébration de l'Année liturgique, la Liturgie des Heures, les sacramentaux. Un soin particulier devra être accordé à la Liturgie de la Parole dans les célébrations des trois sacrements de l'initiation chrétienne: le Baptême, la Confirmation et l'Eucharistie. Une nouvelle prise de conscience est nécessaire pour ce qui est de l'annonce de la Parole de Dieu dans la célébration, spécialement de celle du sacrement de la Pénitence au niveau individuel. La Parole de Dieu doit aussi être mise en valeur dans les différentes formes de la prédication et de la piété populaire.


Incidences pastorales

37.          C'est à l'Eucharistie que revient la première place dans l'attention pastorale, en tant que « table de la Parole de Dieu comme de celle du Corps du Christ » intimement unies (DV 21), notamment dans le Jour du Seigneur. L'Eucharistie est « le lieu privilégié où la communion est constamment annoncée et entretenue ».[50] Tenant aussi compte de ce que, pour la majorité des chrétiens, la Messe du dimanche est, jusqu'à ce jour, le seul moment de rencontre sacramentelle avec le Seigneur, elle devient un don et un devoir à promouvoir, avec une passion pastorale, avec des célébrations authentiques et joyeuses. L'Eucharistie célébrée selon cette fusion intime de la Parole, du sacrifice et de la communion, constitue un objectif primordial de l'annonce et de la vie chrétienne.

               Il faudra prêter attention au déroulement harmonieux des différentes parties de la liturgie de la Parole : annonce des lectures, homélie, profession de foi, prière des fidèles, en rappelant le lien intime qui existe avec la liturgie eucharistique.[51] Celui dont les textes parlent devient présent dans le sacrifice total de soi au Père.

               Il est nécessaire de valoriser les Introductions, qui expliquent le contenu de la liturgie, en particulier les Prænotanda du Missel Romain, les Anaphores orientales, l'Ordo Lectionum Missæ, les Lectionnaires, l'Office divin et d'en faire le sujet d'une formation liturgique pour les Pasteurs et les fidèles, avec la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II.

               À propos de la traduction aussi, il est demandé de moins fragmenter les extraits et de rester le plus possible fidèle au texte original. En ayant à l'esprit que, dans la liturgie, le rite et la parole doivent toujours rester étroitement liés (cf. SC 35), la rencontre avec la Parole de Dieu doit se faire dans la spécificité des signes correspondants dans la célébration liturgique. Par exemple, la mise en place de l'ambon, le soin des livres liturgiques, un style adéquat de lecture, la procession et l'encensement de l'Évangile.

               En outre, il faudra soigner le plus possible la liturgie de la Parole, dans la proclamation des textes de façon claire et compréhensible, dans la prédication de l'homélie qui fait l'écho de la Parole.[52] Ce qui comporte d'avoir à disposition des lecteurs aptes et bien préparés. Dans ce but, il est besoin d'écoles, même au niveau diocésain, pour la formation de ces lecteurs. Dans cette perspective d'une meilleure compréhension de la Parole de Dieu pendant la Messe, de brèves monitions semblent utiles pour présenter le sens des lectures à proclamer.

               À propos de l'homélie, on attend un meilleur engagement dans la fidélité à la parole biblique et à la condition des fidèles, en les aidant à interpréter les événements de la vie et de l'histoire à la lumière de la foi. Elle ne devrait pas se limiter exclusivement à l'aspect biblique mais il serait opportun qu'elle embrasse également des thèmes essentiels concernant le dogme et la morale. Pour ce faire, une formation adaptée des futurs ministres se révèle indispensable. Il est recommandé que la communication de la Parole de Dieu se fasse avec le chant et la musique, et que les mots et les silences soient mis en valeur ; en dehors de la liturgie, il est possible de mettre en œuvre des formes de récitation de la Parole de Dieu, avec l'aide de phrases écrites et de dessins, ainsi que d'œuvres artistiquement appropriées comme, par exemple, le théâtre sacré.

               Il est souhaitable que les communautés religieuses, en particulier celles monastiques, aident les communautés paroissiales à découvrir et à goûter la Parole de Dieu dans la célébration liturgique. À propos de l'Office divin et de la Liturgie des Heures, auxquels le peuple est disposé à participer, il est devenu indispensable, aujourd'hui, de réfléchir sur la façon de rendre cet excellent canal de la Parole de Dieu plus adéquat au plan pastoral et plus accessible aux fidèles.


La Lectio Divina

38.          La rencontre orante avec la Parole de Dieu dispose d'une expérience privilégiée, appelée traditionnellement Lectio Divina. « La Lectio divina est une lecture, individuelle ou communautaire, d'un passage plus ou moins long de l'Écriture accueillie comme Parole de Dieu et se développant sous la motion de l'Esprit en méditation, prière et contemplation ».[53]

               On peut dire que, dans toutes les Églises, on assiste à une attention spécifique renouvelée à la Lectio Divina. Dans plusieurs régions, il s'agit d'une tradition séculière. Dans certains diocèses, elle s'est affirmée de façon progressive après le Concile Vatican II. Dans nombre de communautés, elle devient une nouvelle forme de prière et de spiritualité chrétienne, avec des avantages œcuméniques notables. Par ailleurs, le besoin se fait sentir d'adapter la forme classique aux différentes situations, en prenant en compte les possibilités effectives des fidèles, de façon à conserver l'essence de cette lecture orante, tout en favorisant sa qualité de nourriture pour la foi de tous.

               Il est bon de rappeler ici que la Lectio Divina est une lecture de la Bible, qui remonte aux origines chrétiennes et qui a accompagné l'Église tout au long de son histoire. Elle reste vivante dans l'expérience monastique mais aujourd'hui, à travers le Magistère, l'Esprit la propose en tant qu'élément significatif au plan pastoral et comme devant être valorisé pour la vie de l'Église en tant que tel, pour l'éducation et la formation des prêtres, pour la vie quotidienne des personnes consacrées, pour les communautés paroissiales, pour les familles, pour les associations et les mouvements, pour les chrétiens individuellement, adultes et jeunes, qui peuvent trouver dans cette forme de lecture un outil accessible et pratique pour accéder personnellement et communautairement à la Parole de Dieu (cf. OT 4).[54]

               Le Pape Jean-Paul II a déclaré : « Il est nécessaire, en particulier, que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la Lectio Divinapermettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l'existence ».[55] Le Saint-Père Benoît XVI précise que cela advient « en utilisant aussi les nouvelles méthodes, soigneusement méditées et adaptées à notre époque ».[56] En particulier, le Saint-Père rappelle aux jeunes qu'il « est toujours importante de lire la Bible de façon très personnelle, en dialoguant avec Dieu, mais il est aussi important de la lire en compagnie des personnes avec lesquelles on avance sur la route [...] ».[57] Il exhorte les jeunes à « acquérir familiarité avec la Bible, à la tenir toujours à portée de la main, pour qu'elle soit une boussole indiquant la route à suivre ».[58] Que la diffusion de la Lectio Divina tienne à cœur au Saint-Père Benoît XVI et qu'il la considère comme le point décisif pour un renouvellement de la foi aujourd'hui, cela transparaît clairement du message qu'il adresse à différentes catégories de personnes, et en particulier aux jeunes, à qui il recommande : « Je voudrais surtout évoquer et recommander l'antique tradition de la Lectio Divina : la lecture assidue de l'Écriture Sainte, accompagnée par la prière, réalise le dialogue intime dans lequel, en lisant, on écoute Dieu qui parle et en priant, on Lui répond, avec une ouverture du cœur confiante (cf. DV 25). Cette pratique, si elle est promue de façon efficace, apportera à l'Église, j'en suis convaincu, un nouveau printemps spirituel. En tant que point ferme de la pastorale biblique, la Lectio Divina doit donc être davantage encouragée à travers l'utilisation également de méthodes nouvelles, étudiées attentivement et au rythme des époques. On ne doit jamais oublier que ‘la Parole de Dieu est la lampe sur nos pas et la lumière sur notre route'(Ps 119,105) ».[59]

               La nouveauté de la Lectio Divina dans le Peuple de Dieu exige une pédagogie opportune d'initiation, qui explique clairement ce dont il s'agit et contribue à éclaircir le sens des différents degrés et leur application fidèle et sagement créative. En effet, il existe différents procédés, comme celui dit des « sept pas » (Seven Steps), que pratiquent de nombreuses Églises particulières en Afrique. Ce nom est dû au fait que la rencontre avec la Bible est comme un chemin constitué de sept moments successifs : présence de Dieu, lecture, méditation, arrêt, communication, colloque et prière commune. L'expression Lectio Divina elle-même est modifiée en plusieurs endroits, et devient par exemple « École de la Parole », ou encore « Prière orante ».

               Et surtout, il faudra avoir présent à l'esprit que l'auditeur/lecteur d'aujourd'hui est différent de celui du passé, il vit une situation de rapidité et de fragmentation. Ce qui demande une formation éclairée, patiente et permanente des prêtres, des personnes de vie consacrée et des laïcs. Des objectifs utiles déjà en œuvre peuvent être le partage des expériences, motivées par la Parole écoutée (collatio)[60] ou bien les décisions pratiques, surtout de charité (actio).

               La Lectio Divina doit pouvoir devenir une source inspirant les différentes pratiques de la communauté, comme les exercices spirituels, les retraites, les dévotions et les expériences religieuses. L'objectif important est de faire mûrir la personne grâce à la lecture de la Parole, capable de discernement sapientiel de la réalité. La Lectio Divina n'est pas du tout une pratique devant être réservée à des fidèles moins engagés ou à un groupe de spécialistes de la prière. Elle est une réalité sans laquelle nous ne serions pas des chrétiens authentiques dans un monde sécularisé. Ce monde demande des personnes contemplatives, attentives, critiques et courageuses. Il requiert à chaque fois des choix nouveaux et inédits. Il exigera des interventions particulières qui ne seront pas le fruit de la seule habitude ni de l'opinion commune, mais de l'écoute de la Parole du Seigneur et de la perception mystérieuse de l'Esprit Saint dans les cœurs.


Parole de Dieu et service de charité

39.          La diakonia - ou service de la charité - est une vocation de l'Église de Jésus-Christ, dans le domaine de la charité, et que le Verbe de Dieu a manifestée par ses mots et par ses œuvres.

               La Parole de Dieu doit conduire à l'amour du prochain. Dans de nombreuses communautés, il est affirmé que la rencontre avec la Parole ne s'épuise ni dans l'écoute ni dans la célébration elle-même, mais qu'elle vise à devenir un engagement concret, personnel et communautaire, envers le monde des pauvres, en tant que signe de la présence du Seigneur. Dans cette optique, il est fait mention de l'approche de la Bible pratiquée de façon ‘libérationniste' : pour le développement ultérieur et la fécondité de cette approche dans l'Église « un facteur décisif sera la mise au clair de ses présupposés herméneutiques, de ses méthodes et de cohérence avec la foi et la Tradition de l'ensemble de l'Église ».[61]

               Il est urgent de mettre en lumière ce rapport entre la Parole de Dieu et la charité, du fait que, pour les croyants et les non-croyants, la charité imprime un élan important à la rencontre avec la Parole de Dieu. Ce lien se trouve affirmé dans l'Encyclique du Saint-Père Benoît XVI Deus caritas est, qui présente, réunis, les trois éléments constituant la nature profonde de l'Église : la proclamation de la Parole de Dieu (kerygma-martyria), la célébration des sacrements (leitourgia) et l'exercice du ministère de la charité (diakonia). Sa Sainteté affirme : « L'Église ne peut pas négliger le service de la charité, de même qu'elle ne peut négliger les Sacrements ».[62] L'Encyclique Spe salviAc 10,38). affirme en outre que « le message chrétien n'est pas seulement ‘informatif', mais ‘performatif'. Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie ».[63] Il est clair qu'à la base de ce rapport entre la Parole et la charité se trouve la Parole même incarnée, Jésus de Nazareth, qui « a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Ac 10,38).

               Avec, à l'esprit, les nombreuses pages des Saintes Écritures qui non seulement recommandent, mais ordonnent même le respect de la justice envers le prochain (cf. Dt 24,14-15 ; Am 2,6-7 ; Je 22,13 ; Jc 5,4), on est fidèle à la Parole de Dieu lorsque la première forme de charité se réalise dans le respect des droits de la personne humaine, dans la défense des opprimés et de ceux qui souffrent. Pour ce faire, il faut avoir présent l'importance que revêtent les communautés de foi, formées aussi de pauvres et animées par la lecture de la Bible. Il est nécessaire d'apporter consolation et espérance aux pauvres du monde. Le Seigneur, qui aime la vie, entend, avec sa Parole, éclairer, guider et soutenir toute la vie des croyants, en toutes circonstances, dans le travail et dans la fête, dans la souffrance, dans les loisirs, dans les engagements familiaux et sociaux et à chaque moment de la vie, afin que tous puissent discerner toutes choses et retenir ce qui est bon (cf. 1 Th 5,21), en reconnaissant par là la volonté de Dieu, et la mettre en pratique (cf. Mt 7,21).


Exégèse des Saintes Écritures et théologie

40.          « Aussi l'étude des Saintes Lettres doit-elle être comme l'âme de la sainte théologie » (DV 24). Il est hors de doute que les fruits réalisés dans ce domaine dans le sillage du Concile Vatican II sont tels que nous devons louer le Seigneur. Aujourd'hui, ressort comme un point important l'engagement d'un grand nombre d'exégètes et de théologiens qui étudient et expliquent les Écritures « selon le sens de l'Église » en interprétant et en proposant la Parole écrite de la Bible dans le contexte de la Tradition vivante, en valorisant par là l'héritage des Pères, en confrontant les indications du Magistère (cf. DV 12) et en aidant avec dévouement les Pasteurs dans leur service, méritant ainsi un mot de remerciement et d'encouragement.[64]

               Par ailleurs, la Parole de Dieu ayant planté sa tente parmi nous (cf. Jn 1,14), il est certain que l'Esprit nous pousse à méditer sur les nouveaux itinéraires qu'elle entend réaliser parmi les hommes de notre temps et, en outre, ce même Esprit invite à relever les espérances et les défis que l'humanité d'aujourd'hui pose à la Parole. Il en dérive de nouveaux engagements au niveau des études, ainsi que de services à la communauté.

               Il devient indispensable d'organiser l'étude selon les indications du Magistère, aussi bien quant à la connaissance et à l'emploi de la méthode de recherche, qu'au processus d'interprétation qui doit déboucher dans la plénitude donnée par le sens spirituel du Texte sacré.[65] Il est demandé que soit surmontée la distance perçue entre la recherche exégétique et l'élaboration théologique, en vue d'une collaboration réciproque : le théologien doit utiliser les données bibliques sans les manipuler, tandis que l'exégète ne doit pas limiter sa recherche seulement aux données littérales mais s'engager à reconnaître et à communiquer les contenus théologiques présents dans le texte inspiré. En particulier, on attend du théologien qu'il fasse sienne une théologie des Saintes Écritures qui aide à comprendre et à valoriser la vérité de la Bible dans la vie de foi et dans le dialogue avec les cultures, en réfléchissant sur les tendances anthropologiques actuelles, sur les instances morales, sur le rapport entre la raison et la foi, et sur le dialogue avec les grandes religions.

               Parmi les points de référence du travail exégétique et théologique, il faut souligner les témoignages de la Tradition sacrée, tels que la liturgie et les Pères de l'Église. La communauté attend des experts des « matériels appropriés » qui aident les ministres de la Parole divine à offrir au Peuple de Dieu « une nourriture des Écritures qui éclaire leur esprit, fortifie leur volonté, excite à l'amour de Dieu les cœurs des hommes » (DV 23). Pour cela, un dialogue intense et constructif est souhaité entre les exégètes, les théologiens et les pasteurs. Ce dialogue permettrait de traduire la réflexion théologique en propositions d'évangélisation plus incisives. Dans cette optique globale, l'attention est attirée sur les perspectives tracées en son temps par le Décret Optatam totius du Concile Vatican II à propos de l'enseignement de la théologie et de l'exégèse biblique et, par conséquent, de la méthodologie à préparer pour former les futurs pasteurs. Les perspectives qui y sont tracées attendent encore en grande partie d'être appliquées.


Parole de Dieu dans la vie des croyants

41.          La conscience que la Parole de Dieu est un don inestimable a déterminé la responsabilité de l'accueil de la foi. Et puisque, comme le dit Jésus, l'écoute de la Parole commande de faire la Parole (cf. Mt 7,21), l'Église a toujours proposé une conduite de vie correspondante, en visant la formation d'une spiritualité biblique.

               Le type de rapport avec la Parole de Dieu est clairement déterminé par une vision de foi. L'analyse de l'expérience permet de noter comment la Bible risque de rester, pour certains, un simple objet culturel, sans aucune incidence dans leur vie et, pour d'autres, un livre qu'ils aiment, sans savoir pourquoi. Enfin, à l'image des divers terrains de la parabole du semeur, certains portent des fruits à 30, d'autres à 60 et d'autres à 100 % (cf. Mc 4,20). Il est raisonnable d'affirmer qu'avec le progrès catéchistique, celui spirituel constitue l'un des aspects les plus beaux et prometteurs de la rencontre de la Parole de Dieu avec son peuple.

               Les raisons d'une relation vitale avec la Bible se trouvent synthétisée dans Dei Verbum selon laquelle il est nécessaire de s'attacher aux Écritures par une lecture assidue et une étude soigneuse (cf. DV 25), du fait que la Bible est « la source pure et intarissable de la vie spirituelle » (DV 21). En vue d'une spiritualité authentique de la Parole, il faut rappeler que « la prière doit accompagner la lecture de la Sainte Écriture pour que s'établisse un dialogue entre Dieu et l'homme, car ‘c'est à lui que nous nous adressons quand nous prions; c'est lui que nous écoutons, quand nous lisons les oracles divins'[66]» (DV 25). Saint Augustin le confirme : « Ta prière est la parole que tu adresses à Dieu. Lorsque tu lis la Bible, c'est Dieu qui te parle ; lorsque tu pries, c'est toi qui parles à Dieu ».[67] Il est alors nécessaire d'éclairer les fidèles sur ce qu'apporte la lecture croyante de la Bible dans la vie du chrétien, quand, il aura fait lui-même de son cœur une bibliothèque de la Parole.[68]

               La Parole de Dieu contribue à la vie de foi, en ce qu'elle n'exprime pas avant tout un résumé de questions doctrinales ou une série de principes éthiques, mais bien l'amour de Dieu qui invite à le rencontrer personnellement et qui manifeste sa grandeur inénarrable dans l'événement pascal. La Parole de Dieu propose un projet salvifique du Père pour chaque personne et chaque peuple. Elle interpelle, exhorte, encourage à un engagement de disciple à la suite du Christ, elle dispose à accepter l'action transformatrice de l'Esprit, favorise largement la fraternité en créant des liens profonds, et provoque un engagement évangélisateur. Tout cela vaut de façon toute particulière pour les personnes consacrées.

               Ce qui conduit à être attentif à certaines attitudes. En premier lieu, on peut rencontrer la Parole de Dieu si on a l'âme du pauvre, intérieurement mais aussi extérieurement, à l'image du « Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Co 8,9), c'est-à-dire avec des comportements basés sur ceux de Jésus qui écoute la Parole du Père et qui l'annonce aux pauvres (cf. Lc 4,18). Il existe des personnes, en particulier des femmes, qui travaillent dans des conditions souvent difficiles, s'occupent du foyer, se consacrent à leurs enfants, rendent différents services à leurs voisins, le tout avec une foi vivante et une référence spontanée aux Psaumes et à l'Évangile. C'est le témoignage de la vie qui donne crédibilité à la lecture de la Bible.

            Les maîtres spirituels rappellent les conditions pour que la Parole nourrisse la vie du croyant, en engendrant la spiritualité biblique : l'intériorisation profonde de la Parole ; la persévérance dans les épreuves, à partir de la Parole ; enfin, la lutte spirituelle contre les paroles, les pensées, les attitudes fausses et hostiles. La Bible aussi est sous le signe de la croix ; elle est la demeure du Crucifié. Des témoignages de tels comportements sont donnés par les communautés religieuses et les centres de spiritualité, qui apportent une contribution importante dans l'expérimentation de la Parole de Dieu en profondeur.


[43] Cf. Congregatio pro Clericis, Directorium generale pro catechesi (15.08.1997), 47-49 : Enrichidion Vaticanum 16, EDB, Bologna 1999, pp. 662-664.
[44] Cf. Euchologion Serapionis, 19-20, ed. Johnson M.E., The Prayers of Serapion of Thmuis (Orientalis Christiana Analecta 249), Roma 1995, pp. 70-71.
[45] Ioannes Paulus II, Epist. Apost. Dies Domini (31.05.1998), 41 : AAS 90 (1998) 738-739.
[46] Waltramus, De Unitate Ecclesiæ conservanda, 13, ed. W. Schenkenbecher, Hannoveræ 1883, p. 33 : « Dominus enim Iesus Christus ipse est, quod prædicat Verbum Dei, ideoque Corpus Christi intelligitur etiam Evangelium Dei, doctrina Dei, Scriptura Dei ».
[47] Origenes, In Ps 147 : CCL 78,337.
[48] Cf. Benedictus XVI, Adhort. Apost. Post-syn. Sacramentum caritatis (22.02.2007), 44-46 : AAS 99 (2007) 139-141.
[49] S. Hieronymus, Commentarius in Ecclesiasten, 313 : CCL 72, 278.
[50] Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2002), 36 : AAS 93 (2001) 291.
[51] Cf. Benedictus XVI, Adhort. Apost. Post-syn. Sacramentum caritatis (22.22.2007), 44-48 : AAS 99 (2007) 139-142.
[52] Cf. ibidem, 46: AAS 99 (2007) 141.
[53] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, C 2 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1718.
[54] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Pastores dabo vobis (25.03.1992), 47: AAS 84 (1992) 740-742; Benedictus XVI, Rencontre avec les jeunes Romains (06.04.2006): L'Osservatore Romano , E.H.L.F. 15 (11.04.2006) p. 4; Message pour la Journée mondiale de la Jeunesse (22.02.2006): L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 9 (28.02.2006)  p. 3.
[55] Ioannes Paulus II, Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 39 : AAS 93 (2001) 294.
[56] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 957.
[57] Benedictus XVI, Rencontre avec les jeunes Romains (06.04.2006): L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 15 (11.04.2006) p. 4.
[58] Benedictus XVI, Message pour la Journée mondiale de la Jeunesse (22.02.2006): L'Osservatore Romano,  E.H.L.F. 9 (28.02.2006) p. 3.
[59] Benedictus XVI, Ad Conventum Internationalem La Sacra Scrittura nella vita della Chiesa (16.09.2005) : AAS 97 (2005) 957. Cf. DV 21.25 ; PO 18-19 ; Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 1177; Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Pastores dabo vobis (25.03.1992), 47 : AAS 84 (1992) 740-742 ; Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94: AAS 88 (1996) 469-470 ; Litt. Apost. Novo millennio ineunte (06.01.2001), 39-40 : AAS 93 (2001) 293-295; Adhort. Apost. Post-syn, Ecclesia in Oceania (22.11.2001), 38 : AAS 94 (2002) 411 ; Adhort. Apost. Post-syn. Pastores gregis (16.10.2003), 15 : AAS 96 (2004) 846-847.
[60] Cf. Ioannes Paulus II, Adhort. Apost. Post-syn. Vita consecrata (25.03.1996), 94 ; AAS 88 (1996) 469-470.
[61] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), I, E 1 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1622.
[62] Benedictus XVI, Litt. Enc. Deus caritas est (25.12.2005), 22 : AAS 98 (2006) 234-235.
[63] Benedictus XVI, Litt. Enc. Spe salvi (30.11.2007), 2 : AAS 99 (2007) 986.
[64] Cf. Ratzinger J., Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, p. 19.
[65] Cf. ibidem, p. 261.
[66] S. Ambrosius, De officiis ministrorum, I, 20, 88 : PL 16,50.
[67] S. Augustinus, Enarrat. in Ps. 85, 7 : CCL 39, 1177.
[68] Cf. Origenes, In Genesim homiliæ, 2,6 : SChr 7 bis, 108.

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