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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

L’« Instrumentum laboris » du Synode de la Parole de Dieu (chap. II)

dominicanus #Évènements

 

Chapitre II

A. La Bible, Parole de Dieu inspirée et sa vérité

« L'Église a toujours témoigné son respect à l'égard des Écritures, tout comme à l'égard du Corps du Seigneur lui-même » (DV 21)


Questions

14.          L'un des problèmes plus fortement ressentis par les Pasteurs est le rapport entre les Saintes Écritures et la Parole de Dieu, en particulier son inspiration et sa vérité. On distingue trois niveaux de questions :

-        certaines questions sont inhérentes à la nature de la Bible : ce qu'on entend par inspiration, ou par canon, quel type de vérité revient aux Écritures, et comment comprendre son historicité ;

-        d'autres questions concernent le rapport entre les Écritures et la Tradition et le Magistère ;

-        d'autres encore se rapportent aux pages difficiles de la Bible, plus spécialement dans l'Ancien Testament. On abordera ces questions dans la partie qui traite de la Parole de Dieu dans la catéchèse.


Les Saintes Écritures, Parole de Dieu inspirée

15.          De nombreuses réponses aux Lineamenta soulèvent des questions à propos de la façon d'expliquer aux fidèles le charisme de l'inspiration et de la vérité des Écritures. À ce sujet, il est nécessaire, avant tout, de bien préciser le rapport entre la Bible et la Parole de Dieu ; de clarifier l'action de l'Esprit Saint ; de spécifier certains points concernant l'identité de la Bible.

a.       Il faut que soit reconnu le rapport de distinction et de communion entre la Bible et la Parole de Dieu. C'est la Bible elle-même qui atteste l'absence de toute coïncidence matérielle entre la Parole de Dieu et les Écritures. La Parole de Dieu est une réalité vivante, efficace (cf. He 4, 12-13), éternelle (cf. Is 40,8), « toute puissante » (Sg 18,15), créatrice (cf. Gn 1,3sv.) et instauratrice d'histoire. Pour le Nouveau Testament, cette Parole c'est le Fils de Dieu lui-même, le Verbe incarné (cf. Jn 1,1sv. ; He 1,2). Au contraire, les Écritures sont l'attestation de ce rapport entre Dieu et l'homme, elles l'éclairent et l'orientent de façon certaine. Aussi la Parole de Dieu va-t-elle au-delà du Livre, et rejoint-elle aussi l'homme à travers le chemin de l'Église, Tradition vivante. Cela implique de dépasser une interprétation subjective et fermée des Écritures, de sorte qu'elle doit être lue à l'intérieur d'un processus plus vaste, et même inépuisable, de la Parole de Dieu, ainsi que le démontre le fait que la Parole continue d'alimenter la vie de générations dans des temps toujours nouveaux et différents. Ainsi, la communauté chrétienne devient le sujet de la transmission de la Parole de Dieu, et en même temps le sujet privilégié pour saisir le sens profond des Saintes Écritures, la progression de la foi et, donc, le développement du dogme. En vertu de cette prérogative, depuis le début l'Église a profondément vénéré les livres bibliques et, par règle ou canon de la foi dans la Révélation divine, elle en a établi une liste certaine et définitive : 73 livres, dont 46 dans l'Ancien Testament, et 27 dans le Nouveau.[12]

b.      L'Esprit permet à la parole écrite de respirer et situe le Livre dans le mystère plus vaste de l'Incarnation et de l'Église. C'est pour cela que, grâce à l'Esprit, la Parole de Dieu est une réalité liturgique et prophétique ; elle est une annonce (kerygma) avant d'être un livre, elle est le témoignage de l'Esprit Saint sur la présence du Christ.

c.       On peut affirmer en synthèse que :

-        le charisme de l'inspiration permet de dire que Dieu est l'auteur de la Bible, d'une manière qui n'exclut pas l'homme en tant que véritable auteur lui-même. En effet, à la différence d'une dictée, l'inspiration n'élimine ni la liberté ni les capacités personnelles de l'écrivain, mais elle les éclaire et les suscite ;

-        même si les Saintes Écritures sont inspirées dans leur totalité, leur inerrance se réfère uniquement à la « vérité [...] que Dieu, en vue de notre salut, a voulu qu'elle [l'Écriture] fût consignée dans les Saintes Lettres » (DV 11) ;

-        grâce au charisme de l'inspiration, l'Esprit Saint constitue les livres bibliques en Parole de Dieu, et il les confie à l'Église, afin qu'ils soient accueillis dans l'obéissance de la foi ;

-        dans son ensemble et son unité organique, le Canon constitue le critère permettant d'interpréter le Livre Saint ;

-        la Bible étant la Parole de Dieu en langage des hommes, son interprétation se fait de façon harmonieuse, suivant des critères littéraires, philosophiques et théologiques, toujours sous la force unifiante de la foi et la guide du Magistère.[13]


Tradition, Écritures et Magistère

16.          Le Concile Vatican II insiste sur l'unité d'origine et sur les nombreuses connexions entre la Traditions et les Écritures, que l'Église accueille « avec un égal sentiment de piété, avec un égal respect » (DV 9). Rappelons à ce sujet que la Parole de Dieu, devenue dans le Christ Évangile et Bonne Nouvelle (cf. Rm 1,16), et comme telle confiée à la prédication apostolique, continue sa course à travers :

-        en premier lieu, le flux de la Tradition vivante manifestée par «tout ce que [l'Église] est elle-même, tout ce qu'elle croit » (DV 8), comme le culte, l'enseignement, la charité, la sainteté, le martyre ;

-        mais aussi les Saintes Écritures qui, par inspiration de l'Esprit Saint, dans l'immutabilité de l'écriture, conservent justement de cette Tradition vivante les éléments constitutifs et originaux : « cette Tradition sainte et la Sainte Écriture des deux Testaments sont donc comme le miroir dans lequel l'Église, pendant son pèlerinage sur terre, contemple Dieu, de qui elle reçoit tout, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à son terme: Le voir face à face tel qu'Il est (cf. 1 Jn 3,2) » (DV 7).

               Enfin, c'est au Magistère de l'Église - qui n'est pas supérieur à la Parole de Dieu - qu'il revient « d'interpréter authentiquement la Parole de Dieu écrite ou transmise [...] puisque [...] il écoute pieusement la parole, la garde religieusement, l'explique fidèlement » (DV 10). En résumé, une vraie lecture des Écritures comme Parole de Dieu ne peut se faire qu'in Ecclesia, selon son enseignement.


Ancien et Nouveau Testament : une unique économie du salut

17.          Un problème aigu que connaissent les catholiques est celui de la reconnaissance de l'Ancien Testament en tant que Parole de Dieu et, en particulier, son rapport avec le mystère du Christ et de l'Église. En raison aussi de difficultés exégétiques non résolues, on assiste à une certaine résistance devant des pages de l'Ancien Testament qui semblent incompréhensibles, et donc exposées à la sélection arbitraire, au refus. Selon la foi de l'Église, l'Ancien Testament doit être considéré comme une partie de l'unique Bible des chrétiens, partie constitutive de la Révélation et, donc, de la Parole de Dieu. D'où le besoin d'une formation urgente à la lecture chrétienne de l'Ancien Testament, en reconnaissant le rapport qui lie les deux Testaments et les valeurs permanentes de l'Ancien (cf. DVcommençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes,leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24,27). L'affirmation augustinienne « Novum in Vetere latet et in Novo Vetus patet » (le Nouveau Testament est celé dans l'Ancien, et l'Ancien est révélé dans le Nouveau)[15] est tout à fait précise. Saint Grégoire le Grand affirme : « Ce que l'Ancien Testament a promis, le Nouveau l'a fait voir ; ce que l'Ancien annonce de façon voilée, le Nouveau le proclame ouvertement comme étant actuel. Aussi l'Ancien Testament est-il la prophétie du Nouveau ; et le meilleur commentaire de l'Ancien Testament est le Nouveau Testament ».[16] Les implications pratiques de cette doctrine sont nombreuses et vitales. 15-16).[14]Nous sommes aidés en cela par la pratique liturgique, qui proclame toujours le texte sacré de l'Ancien Testament comme page essentielle pour une pleine compréhension du Nouveau Testament, ainsi que l'atteste Jésus lui-même dans l'épisode d'Emmaüs, où le Maître «  [...]


Incidences pastorales

18.          On ressent de façon toujours plus consciente qu'une lecture superficielle de la Bible est insuffisante. On constate que différents groupes bibliques, partis avec enthousiasme à la découverte du Livre Sacré, se dissolvent ensuite progressivement, le bon terrain venant à manquer - c'est-à-dire la Parole de Dieu perçue dans son mystère de grâce - comme le dit Jésus dans la parabole du semeur (cf. Mt 13,20-21). Dans cette optique, sont proposées les implications suivantes :

a.       Du fait que les Écritures sont intimement liées à l'Église, celle-ci assume un rôle essentiel pour accéder à la Parole dans l'authenticité de sa source, devenant ainsi le critère pour comprendre correctement la Tradition, du fait que la liturgie comme la catéchèse tirent leur substance de la Bible. Ainsi que cela a déjà été mentionné, les livres des Saintes Écritures libèrent une force d'appel direct et concret que n'ont pas d'autres interventions ou textes ecclésiaux.

b.      Il faut ensuite considérer la distinction - dans ses effets pratiques - entre la Tradition apostolique constitutive et les traditions ecclésiales. En effet, tandis que la première émane des apôtres et transmet ce qu'ils ont appris de Jésus et de l'Esprit Saint lui-même, les traditions ecclésiales sont nées au cours des temps dans les Églises locales et sont une forme d'adaptation de la « grande Tradition ».[17] En outre, il faut évaluer la portée décisive de la reconnaissance canonique réalisée par l'Église à propos des Écritures en en garantissant l'authenticité face à la prolifération de livres inauthentiques ou apocryphes. Les interprétations gnostiques vulgarisées aujourd'hui à propos de la vérité sur les origines chrétiennes obligent à expliquer ce qu'est le Canon des Livres Sacrés et comment il est né. On oriente ainsi opportunément la traduction et la diffusion des Écritures et on justifie la reconnaissance indispensable de la part de l'Église. Il reste à reprendre la comparaison entre les Écritures, la Tradition et les signes de la Parole de Dieu dans le monde créé, en particulier avec l'homme et son histoire, car chaque créature est parole de Dieu, puisqu'elle proclame Dieu.[18]

c.       Lorsqu'il propose des orientations ou proclame des définitions, l'intention du Magistère n'est pas de limiter la lecture personnelle des Écritures. Au contraire, il offre un cadre sûr de références où la recherche peut s'exercer. Hélas, l'enseignement du Magistère et la valeur des différents niveaux de déclarations ne sont pas toujours bien connus et acceptés. Le Synode est une occasion pour redécouvrir Dei Verbum et les documents pontificaux postérieurs. En particulier, il convient de noter l'orientation pour la compréhension et l'usage de la Parole de Dieu dans la Bible donnée par le Saint-Père Benoît XVI dans plusieurs de ses interventions magistrales.

d.      Dans le sillage de la Tradition vivante, et donc en tant que service authentique à la Parole de Dieu, il faut également considérer l'instrument du Catéchisme, à partir du premier Symbole de la foi, noyau de tout le Catéchisme, et jusqu'aux différentes expositions promues le long des siècles dans l'Église. Une attestation plus récente de celles-ci est le Catéchisme de l'Église catholique, et les Catéchismes respectifs dans les Églises locales.

e.       À ce point, il devient nécessaire de considérer comme fondamentale une distinction qui aura de nombreuses répercussions dans la pratique pastorale : la rencontre avec les Écritures dans les grandes actions ecclésiales, comme la liturgie et la catéchèse, c'est-à-dire là où la Bible se situe dans un contexte de ministère public; il y a aussi la rencontre immédiate, comme la Lectio Divina, les cours bibliques, les groupes bibliques. Ce sont là des voies à promouvoir aujourd'hui du fait que, d'une manière ou d'une autre, le Peuple de Dieu s'éloigne de l'usage direct et personnelle des Écritures.

f.        Quant à l'Ancien Testament, celui-ci doit être compris comme une étape dans le développement de la foi et de la compréhension de Dieu. Son caractère figuré et son rapport avec la mentalité scientifique et historique de notre temps doivent être clarifiés. En même temps, nombre de ses passages qui renferment une force spirituelle, sapientielle et culturelle unique, permettent une riche catéchèse sur les réalités humaines, et manifestent les étapes du chemin de foi de tout un peuple. La connaissance et la lecture des Évangiles n'excluent pas qu'une ultérieure méditation de l'Ancien Testament apporte à la lecture et à l'intelligence du Nouveau Testament une profondeur toujours plus importante.

g.       Enfin, dans une optique pastorale très concrète, il convient de signaler certaines observations pouvant aider à mieux discerner le rapport que les fidèles ont avec la doctrine de la foi. En général, les fidèles distinguent la Bible des autres textes religieux et la considèrent comme plus importante dans la vie de foi mais, dans la pratique, beaucoup préfèrent les textes spirituels plus simples à comprendre, les messages et les écrits édifiants ou différentes manifestations de la piété populaire. On pourrait dire que le peuple rencontre la Parole de Dieu de façon pratique, en la vivant plus qu'en en voulant connaître les origines et les motivations. C'est une situation à la fois de positivité et de fragilité. Il faut savoir parler aux gens en reconnaissant leur façon de comprendre. Aider les fidèles à comprendre ce qu'est la Bible, pourquoi elle existe, ce qu'elle apporte à la foi et comment l'utiliser devient un devoir nécessaire dans les activités pastorales.

 


B.  Comment interpréter la Bible selon la foi de l'Église

« Vivante est la Parole de Dieu, efficace » (He 4,12)


Le problème herméneutique dans la perspective pastorale

19.          Le problème herméneutique, dans lequel se situent l'actualisation de la Parole de Dieu et l'inculturation,[19] est une question délicate et importante. En effet, Dieu propose aux hommes non pas quelques informations plus ou moins curieuses, et pas même d'ordre purement humain ou scientifique, mais il leur communique sa Parole de vérité et de salut, ce qui exige, de la part de celui qui écoute, une compréhension intelligente, vitale, responsable, et donc actuelle. Cela comporte le double mouvement de reconnaître le sens authentique de la Parole dite ou écrite, comme le Seigneur la communique à travers les auteurs sacrés, mais aussi que la Parole soit significative pour ceux qui l'écoutent aujourd'hui encore.


À l'écoute de l'expérience

20.          Des réponses des évêques il ressort que, malgré l'apparence contraire, l'interprétation de la Parole reste accessible. De nombreux chrétiens - en communauté ou individuellement - étudient la Parole de Dieu, disponibles à comprendre ce que Dieu dit et à y obéir scrupuleusement. Et bien, cette disponibilité de la foi est pour l'Église une possibilité précieuse de faire comprendre et d'appliquer correctement les Textes Sacrés. Aujourd'hui, cette opportunité (kairos) vaut encore davantage d'une certaine façon, puisque s'ouvre une nouvelle confrontation entre la Parole de Dieu et les sciences des hommes, en particulier dans la sphère de la recherche philosophique, scientifique et historique. Ce contact entre la Parole et la culture engendre une grande richesse de vérités et de valeurs sur Dieu, sur l'homme et sur les choses. Aussi, la raison interpelle-t-elle la foi, et est-elle sollicitée à son tour par celle-ci à collaborer pour atteindre une vérité et une vie en accord avec la Révélation de Dieu et les attentes de l'humanité.

               Mais il existe aussi les risques d'une interprétation arbitraire et réductive, dus surtout au fondamentalisme, de sorte que, d'une part on voit se manifester le désir de rester fidèle au Texte et, de l'autre, on méconnaît la nature même des textes, en risquant de graves erreurs et en provoquant aussi des conflits inutiles.[20] Il existe aussi ce qui est appelé les « lectures idéologiques de la Bible », selon des compréhensions a priori rigides d'ordre spirituel ou social et politique, ou tout simplement humaines, sans support de la foi (cf. 2 P 1,19-20; 3,16), jusqu'à des formes d'opposition et de séparation entre la forme écrite, attestée surtout dans la Bible, la forme vivante de l'annonce et l'expérience de vie des croyants. En général, on note une connaissance moindre ou imprécise des règles herméneutiques de la Parole.


Sens de la Parole de Dieu et voie pour y parvenir

21.          À la lumière du Concile Vatican II et du Magistère successif,[21] certains aspects semblent devoir faire aujourd'hui l'objet d'une attention et d'une réflexion spécifiques, en vue d'une communication pastorale adéquate : la Bible, livre de Dieu et de l'homme, doit être lue en unifiant correctement le sens historique et littéral et le sens théologique et spirituel - ou plus simplement le sens spirituel.[22] La Note, déjà citée, de la Commission Pontificale Biblique en donne la définition suivante : « En règle générale, on peut définir le sens spirituel, compris selon la foi chrétienne, comme le sens exprimé par les textes bibliques, lorsqu'on les lit sous l'influence de l'Esprit Saint dans le contexte du mystère pascal du Christ et de la vie nouvelle qui en résulte. Le contexte existe effectivement. Le Nouveau Testament y reconnaît l'accomplissement des Écritures. Il est donc normal de relire les Écritures à la lumière de ce nouveau contexte, qui est celui de la vie dans l'Esprit ».[23]

               Cela signifie que la méthode historique et critique est nécessaire pour une exégèse correcte, une fois adéquatement enrichie par d'autres formes d'approche[24] mais, pour atteindre le sens plénier des Écritures, il est nécessaire d'utiliser des critères théologiques, tels que les repropose Dei Verbum: « contenu et [...] unité de l'Écriture tout entière, compte tenu de la Tradition vivante de l'Église tout entière, et de l'analogie de la foi » (DVDei Verbum, le Concile l'a voulu : qu'ils voient l'unité intérieure de l'Écriture - ce qui est aujourd'hui facilité par l' ‘exégèse canonique' (qui se trouve sans aucun doute encore à un timide stade initial) - et qu'ils fassent ensuite de celle-ci une lecture spirituelle, qui n'est pas quelque chose d'extérieure à caractère édifiant, mais en revanche une immersion intérieure dans la présence de la Parole. Cela me semble une tâche très importante de faire quelque chose dans ce sens, de contribuer à ce que, côte à côte, avec et dans l'exégèse historico-critique, soit véritablement donnée une introduction l'Écriture vivante comme Parole de Dieu actuelle ».[26] 12).[25] Aujourd'hui, on perçoit à ce propos la nécessité d'approfondir ultérieurement la réflexion théologique et pastorale, pour former nos communautés à une intelligence droite et fructueuse. Le Pape Benoît XVI affirme : « j'ai profondément à cœur que les théologiens apprennent à lire et à aimer l'Écriture de la manière dont, selon Dei Verbum, le Concile l'a voulu : qu'ils voient l'unité intérieure de l'Écriture - ce qui est aujourd'hui facilité par l' ‘exégèse canonique' (qui se trouve sans aucun doute encore à un timide stade initial) - et qu'ils fassent ensuite de celle-ci une lecture spirituelle, qui n'est pas quelque chose d'extérieure à caractère édifiant, mais en revanche une immersion intérieure dans la présence de la Parole. Cela me semble une tâche très importante de faire quelque chose dans ce sens, de contribuer à ce que, côte à côte, avec et dans l'exégèse historico-critique, soit véritablement donnée une introduction l'Écriture vivante comme Parole de Dieu actuelle ».[26]


Incidences pastorales

22.          Le Peuple de Dieu doit être éduqué à découvrir cet immense horizon de la Parole de Dieu, en faisant en sorte que la lecture de la Bible ne soit pas compliquée. Ce qui est vrai c'est que les choses les plus importantes qui se trouvent dans la Bible sont aussi celles qui sont liées plus directement à l'existence, par exemple la vie de Jésus. Nous rappelons ici quelques-uns des points centraux pour une juste interprétation du Livre Sacré.

a.       Il faut rappeler avant tout l'interprétation de la Parole de Dieu qui a lieu chaque fois que l'Église se réunit pour célébrer les mystères divins. À ce sujet, l'Introduction au Lectionnaire, qui est proclamé dans l'Eucharistie, rappelle : « Puisque, par la volonté du Christ lui-même, le nouveau Peuple de Dieu se distingue par l'admirable variété de ses membres, ainsi tout aussi différents sont les devoirs et les rôles qui reviennent à chacun à propos de la Parole de Dieu : aux fidèles, il revient de l'écouter et de la méditer ; à ceux qui en vertu de leur ordination ont une charge de magistère ou à ceux auxquels est confié l'exercice de ce ministère, il revient de l'exposer. Ainsi dans la doctrine, dans la vie et dans le culte, l'Église perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu'elle-même est et tout ce qu'elle croit de manière à tendre incessamment à travers les siècles à la plénitude de la vérité divine, jusqu'à ce que s'accomplisse en elle la Parole de Dieu ».[27]

b.      Il convient de préciser que « le sens spirituel n'est pas à confondre avec les interprétations subjectives dictées par l'imagination ou la spéculation intellectuelle. Il résulte de la mise en rapport de trois niveaux de réalités : le texte biblique [dans son sens littéral], le mystère pascal et les circonstances présentes de vie dans l'Esprit ».[28] Dans tous les cas, il faut partir du texte biblique, premier et irremplaçable dans l'action pastorale également.

c.       Tout en reconnaissant que, de façon générale, la Notede la Commission Pontificale Biblique intitulée L'interprétation de la Bible dans l'Église n'a pas dépassé le cercle des experts, il faut s'engager à aider les lecteurs croyants à connaître les lois élémentaires d'une approche du texte biblique. Les matériels élaborés dans ce sens constituent une aide de grande valeur.

d.      Dans cette perspective, il faut prendre en considération, comprendre correctement et récupérer l'exégèse extraordinaire des Pères[29] ainsi que la grande intuition médiévale des « quatre sens des Écritures », qui n'ont aucunement perdu leur intérêt ; on ne doit pas négliger les différentes résonances et traditions que la Bible suscite dans la vie du Peuple de Dieu, dans les personnages des saints, des maîtres spirituels et des témoins. Tout comme il faut considérer l'apport des sciences théologiques et humaines; l'« histoire des effets » (Wirkungsgeschichte), dans l'art plus spécialement, peut constituer un témoignage fécond de lecture spirituelle. Et comme, aujourd'hui, la Bible est aussi lue par les non-chrétiens, qui mettent en lumière sa valeur anthropologique, il peut être enrichissant d'interpréter correctement cet aspect. Les Saintes Écritures doivent être lues en communion avec l'Église en tous lieux et en tous temps, avec les grands témoins de la Parole, depuis premiers Pères jusqu'aux saints et au Magistère d'aujourd'hui.[30]

e.       Il faut mettre l'accent sur la demande présentée au Synode non seulement d'affronter les problèmes classiques de la Bible, mais aussi de mettre celle-ci en rapport avec les problèmes actuels tels que la bioéthique et l'inculturation. Ce que l'on peut dire avec une expression couramment employée par les groupes bibliques : « comment est-il possible d'aller de la vie au texte, et du texte à la vie », ou encore « comment lire la Bible avec la vie, et la vie avec la Bible ? »

f.        Il convient de signaler, du point de vue de la communication de la foi, un problème nouveau de l'herméneutique biblique. Il concerne non seulement la compréhension du langage biblique, mais aussi la connaissance de la culture actuelle, toujours moins liée à la parole orale ou écrite, et davantage orientée vers une culture électronique, avec la conséquence que la proclamation traditionnelle de la Parole peut être perçue comme ennuyeuse par les auditeurs, submergés par les techniques informatiques.


[12] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 120.
[13] Cf. Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, C 3 : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1724.
[14] Cf. Pontificia Commissio biblica, Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne (24.05.2001), 19: Enchiridion Vaticanum 20, EDB, Bologna 2004, pp. 570-574.
[15] S. Augustinus, Quæstiones in Heptateucum, 2, 73 : PL 34, 623 ; cf. DV 16.
[16] S. Gregorius Magnus, In Ezechielem, I, 6, 15 : CCL 142, 76.
[17] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 83 ; Ratzinger J., Commento alla Dei Verbum, L Th K, 2, pp. 519-523.
[18] Cf. S. Bonaventura, Itinerarium mentis in Deum, II, 12: ed. Quaracchi, 1891, vol. V, p. 302 sv. Cf. Ratzinger J., Un tentativo circa il problema del concetto di tradizione : Rahner K. - Ratzinger J., Rivelazione e Tradizione, Morcelliana, Brescia 2006, pp. 27-73.
[19] Cf. Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), IV, A-B : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, pp. 1702-1714.
[20] Cf. ibidem, I, A-F, pp. 1568-1634.
[21] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 115-119 ; Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), I, F ; Enchiridion Vaticanum 13, EDB Bologna 1995, pp. 1628-1634.
[22] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 117.
[23] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), II, B, 2 : Enrichidion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, pp. 1648-1650.
[24] Cf. ibidem, I, pp. 1568-1628.
[25] Cf. Catechismus Catholicæ Ecclesiæ, 109-114.
[26] Benedictus XVI, Discours aux évêques de Suisse (07.11.2006) : L'Osservatore Romano, E.H.L.F. 47 (21.11.2006) p. 44 ; cf. Ratzinger J., Jésus de Nazareth, Flammarion, Paris 2007, pp. 7-20.
[27] Missale Romanum, Ordo Lectionum Missæ : Editio Typica altera, Libreria Editrice Vaticana, Città del Vaticano 1981 : Prænotanda, 8.
[28] Pontificia Commissio Biblica, L'interprétation de la Bible dans l'Église (15.04.1993), II, B 2 : Enchiridion Vaticanum 13, EDB, Bologna 1995, p. 1650.
[29] Cf. ibidem, III, B 2, pp. 1672-1676.
[30] Cf. Benedictus XVI, Ad sacrorum alumnos Seminarii Romani Maioris (19.02.2007) : AAS 99 (2007) 254.

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