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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le procès de Ste Jeanne d'Arc : 44 théologiens contre une bergère (2)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

    Ses voix ? Oui c'est ainsi qu'elle nomme saint MIchel, l'archange qui a empêché les Anglais de prendre le mont qui lui est consacré, et sainte Catherine et sainte Marguerite. Ils lui sont apparus plusieurs fois dans le jardin de son père, Jacques d'Arc, quand elle avait treize ans, lui demandant de venir en France, d'aller trouver le dauphin à Chinon. Les saints lui ont annoncé qu'elle délivrerait Orléans. et cela est survenu. Ils lui ont aussi dit qu'avant sept ans, les Anglais perdraient tout en France. N'était-ce pas la réalisation de la prophétie annonçant que le royaume perdu par une femme (Isabeau) serait sauvé par une autre, une vierge de Lorraine ? Jamais les voix de Jeanne ne l'ont abandonnée. Elles l'ont guidée de Vaucouleurs à Chinon où, en février 1429, conformément à ce qu'elles avaient promis, la petite Jeanne fut reçue par le gentil dauphin en présence de trois cents chevaliers. Ce jour-là elle lui révéla que, contre toute logique humaine, il serait sacré à Reims, comme tous les rois depuis Clovis. Et elle a vu le jeune prince désemparé reprendre courage. Il a demandé que l'on lui fasse une armure, l'a nommée à la tête de ses armées, et a ordonné à ses soldats, à la Hire, au duc d'Alençon, à Xaintrailles, au rude sire de Rais d'obéir à cette jeune fille que l'on nomme la Pucelle. Et les villes s'ouvrirent devant elle, les habitants se précipitaient au-devant du dauphin. C'en allait être fini de la grande pitié du royaume. Jusqu'à ce jour de mai 1430, où, après un échec devant Paris, elle fut faite prisonnière à Compiègne.

    Depuis, elle fait face, crânement, convainue de l'aide de Dieu, armée seulement de sa bonne foi, comme hier de son étendard aux armes divines. À la théologie et aux arguties de ses juges, elle oppose son bon sens et ce qu'elle a appris à l'église de son village. Oui pour elle, cette Église dont se recommandent ces messieurs de l'université et qu'ils agitent comme une menace, cette Église, c'est d'abord l'édifice où elle voulait se rendre plus souvent afin "d'entendre la messe". L'évêque de Beauvais lui a bien expliqué qu'il y a l'Église militante (le pape et les évêques) et l'Église triomphante (Dieu et les saints) mais elle n'entend rien à ces distinctions de clercs : "M'est avis que c'est tout un et même chose, de Dieu et de l'Église." Le soir, dans sa cellule, ses voix reviennent. Elle les interoge, celles-ci l'enseignent. Et le lendemain, à l'audience, elle répond sans se couper, se tire habilement des questions insidieuses, des griffes de ce juge qui lui demande si saint MIchel était nu : "Pensez-vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ?" Ils veulent tout savoir, si les saintes ont des cheveux, si sainte Marguerite parle le langage de l'Angleterre. Réponse : "Comment parlerait-elle anglais puisqu'elle n'est pas du parti des anglais ?" Quand elle ne comprend pas la question, Jeanne répond simplement : "Je n'en sais rien." Quand elle soupçonne un piège qui mettrait en péril Dieu et ses saints, elle dit : "Passez outre." Et sa candeur, parfois ironique, irrite les juges. (à suivre)

 

Le Livre des Merveilles, Mame-Plon, 1999


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