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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jean Paul II, L'anthropomorphisme du langage biblique

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)

8. La présentation de l'homme comme «image et ressemblance de Dieu», dès le début de l'Ecriture Sainte, revêt encore une autre signification. C'est la clé pour comprendre la Révélation biblique comme étant ce que Dieu dit de lui-même. Parlant de lui «par les prophètes comme par le Fils» (cf. He 1, 1. 2) qui s'est fait homme, Dieu utilise un langage humain, il utilise des concepts et des images propres à l'homme. Si cette façon de s'exprimer est caractérisée par un certain anthropomorphisme, laraison en est que l'homme est «semblable» à Dieu, créé à son image et à sa ressemblance. Alors, Dieu aussi est, dans une certaine mesure, «semblable a l'homme», et c'est précisément à partir de cette ressemblance qu'il peut être connu par les hommes. En même temps, le langage de la Bible est suffisamment précis pour marquer les limites de la «ressemblance», les limites de l'«analogie». En effet, la révélation biblique affirme que, si cette «ressemblance» de l'homme avec Dieu est vraie, plus essentiellement vraie encore est la «non-ressemblance»(27) qui sépare du Créateur toute la création. En fin de compte, pour l'homme créé à la ressemblance de Dieu, Dieu ne cesse d'être Celui «qui habite une lumière inaccessible» (1 Tm 6, 16): c'est le «Différent» par essence, le «Tout-Autre».

Il faut tenir compte de cette observation sur les limites de l'analogie _ limites de la ressemblance de l'homme avec Dieu dans le langage biblique _ même lorsque, dans divers passages de l'Ecriture Sainte (surtout dans l'Ancien Testament), nous trouvons des comparaisons qui attribuent à Dieu des qualités «masculines» ou «féminines». Nous pouvons voir en elles la confirmation indirecte de la vérité selon laquelle l'homme et la femme ont été tous les deux créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. S'il y a ressemblance du Créateur avec lés créatures, il est compréhensible que la Bible ait utilisé à son égard des expressions qui lui attribuent des qualités aussi bien «masculines» que «féminines».

Citons ici quelques passages caractéristiques du prophète Isaïe: «Sion avait dit: "Le Seigneur m'a abandonnée; le Seigneur m'a oubliée". Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t'oublierai pas» (49, 14-15). Et ailleurs: «De même qu'une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai, à Jérusalem vous serez consolés» (Is 66, 13). Dans les Psaumes également, Dieu est comparé à une mère attentive: «Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël» (Ps 131, 2-3). Divers passages présentent l'amour de Dieu, attentif à son peuple, comme semblable à celui d'une mère: ainsi, comme une mère, Dieu «a porté» l'humanité, et en particulier son peuple élu, en son sein, il l'a enfanté dans la douleur, il l'a nourri et consolé (cf. Is 42, 14; 46, 3-4). L'amour de Dieu est présenté en beaucoup de passages comme l'amour «masculin» de l'époux et père (cf. Os 11, 1-4; Jr 3, 4-19), mais parfois aussi comme l'amour «féminin» de la mère.

Cette caractéristique du langage biblique, sa façon anthropomorphique de parler de Dieu, montre aussi, indirectement, le mystère de la «génération» éternelle, qui fait partie de la vie intime de Dieu. Toutefois, cette «génération» ne possède en elle-même aucune qualité «masculine» ou «féminine». Elle est de nature totalement divine. Elle est spirituelle de la manière la plus parfaite parce que «Dieu est esprit» (Jn 4, 24), et elle n'a aucune propriété caractéristique du corps, ni «féminin» ni «masculin». Et donc la «paternité» en Dieu est aussi totalement divine, libre du caractère corporel «masculin» qui est propre à la paternité humaine. En ce sens, l'Ancien Testament parlait de Dieu comme d'un Père et il s'adressait à lui comme à un Père. Jésus Christ, qui a mis cette vérité au centre même de son Evangile comme une norme pour la prière chrétienne et qui s'adressait à Dieu en l'appelant «Abba-Père» (Mc 14, 36), en tant que Fils unique et consubstantiel, désignait la paternité en ce sens supra-corporel, surhumain, totalement divin. Il parlait en tant que Fils, lié à son Père par le mystère éternel de la génération divine, et il le faisait en étant en même temps le Fils authentiquement humain de sa Mère Vierge.

Si l'on ne peut attribuer des qualités humaines à la génération éternelle du Verbe de Dieu, et si la paternité divine ne possède pas de caractères «masculins» au sens physique du terme, il faut au contraire chercher en Dieu le modèle absolu de toute «génération» dans le monde des êtres humains. C'est dans ce sens, semble-t-il, que nous lisons dans la Lettre aux Ephésiens: «Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom» (3, 14-15). Toute «génération» dans le domaine des créatures trouve son premier modèle dans la génération qui est en Dieu d'une manière complètement divine, c'est-à-dire spirituelle. Toute «génération» dans le monde créé est assimilée à ce modèle absolu, non créé. C'est pourquoi tout ce qui, dans l'engendrement humain, est propre à l'homme comme aussi tout ce qui est propre à la femme _ la «paternité» et la «maternité» humaines _ porte en soi la ressemblance, c'est-à-dire l'analogie, avec la «génération» divine et avec la «paternité» qui, en Dieu, est «totalement différente», complètement spirituelle et divine par essence. Dans l'ordre humain, au contraire, l'engendrement est le propre de l'«unité des deux»: tous les deux, l'homme comme la femme, «engendrent».

Mulieris dignitatem
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