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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Saint Séraphim de Sarov, Le but de la vie chrétienne (6/6)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
- Que sentez-vous encore ?

- Une douceur extraordinaire.

- C'est la douceur dont parlent les Écritures. "Ils boiront le breuvage de ta maison et tu les désaltéreras par les torrent de ta douceur" (Ps 35, 9). Elle déborde de notre coeur, s'écoule dans nos veines, procure une sensation de délice inexprimable ... Que sentez-vous encore ?

- Une joie extraordinaire dans tout mon coeur.

- Quand le Saint-Esprit descend sur l'homme avec la plénitude de ses dons, l'âme humaine est remplie d'une joie indescriptible, le Saint-Esprit recréant dans la joie tout ce qu'il effleure. C'est de cette joie que le Seigneur parle dans l'Évangile lorsqu'il dit : "Une femme qui enfante est dans la douleur, son heure étant venue. Mais ayant mis un enfant au monde, elle ne se souvient plus de la douleur, tellement sa joie est grande. Vous aussi, vous aurez à souffrir dans ce monde, mais quand je vous visiterai vos coeurs seront dans la joie, personne ne pourra vous la ravir" (Jn 16,  21-22).

Toute grande et consolante qu'elle soit, la joie que vous ressentez en ce moment, n'est rien en comparaison de celle dont le Seigneur a dit, par l'entremise de son Apôtre : "La joie que Dieu réserve à ceux qui l'aiment est au-delà de tout ce qui peut être vu, entendu et ressenti par le coeur de l'homme en ce monde" (1 Co 2, 9). Ce qui nous est accordé à présent n'est qu'un acompte de cette joie suprême. Et si, dès maintenant, nous ressentons douceur, jubilation et bien-être, que dire de cette autre joie qui nous est réservée au ciel, après avoir, ici-bas, pleuré ? Vous avez déjà assez pleuré dans votre vie et voyez quelle consolation dans la joie le Seigneur, dès ici-bas, vous donne. C'est à nous maintenant, ami de Dieu, d'oeuvrer de toutes nos forces pour monter de gloire en gloire et à "constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ" (Ép 4, 13). "Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leurs forces, il leur vient des ailes comme aux aigles, ils courent sans lassitude et marchent sans fatigue" (Is 40, 31). "Ils marcheront de hauteur en hauteur et Dieu leur apparaîtra dans Sion" (Ps 83, 8). C'est alors que notre joie actuelle, petite et brève, se manifestera dans toute sa plénitude et personne ne pourra nous la ravir, remplis que nous serons d'indicibles voluptés célestes ... Que ressentez-vous encore, ami de Dieu ?

- Une chaleur extraordinaire.

- Comment, une chaleur ? Ne sommes-nous pas dans la forêt, en plein hiver ? La neige est sous nos pieds, nous en sommes couverts, et elle continue de tomber ... De quelle chaleur s'agit-il ?

- D'une chaleur comparable à celle d'un bain de vapeur.

- Et l'odeur est-elle comme au bain ?

- Oh non ! Rien sur terre ne peut se comparer à ce parfum. Du temps où ma mère vivait encore j'aimais danser et quand j'allais au bal, elle m'aspergeait de parfums qu'elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan et payait fort cher. Leur odeur n'était pas comparable à ces aromates.

Le Père Séraphim sourit.

- Je le sais, mon ami, aussi bien que vous, et c'est exprès que je vous questionne. C'est bien vrai - aucun parfum terrestre ne peut être comparé à la bonne odeur que nous respirons en ce moment - la bonne odeur du Saint-Esprit. Qu'est-ce qui peut, sur terre, lui être semblable ? Vous avez dit tout à l'heure qu'il faisait chaud, comme au bain. Mais regardez, la neige dont nous sommes couverts, vous et moi, ne fond pas, ainsi que celle qui est sous nos pieds. La chaleur n'est donc pas dans l'air, mais à l'intérieur de nous-mêmes. Elle est cette chaleur que l'Esprit-Saint nous fait demander dans la prière : "Que ton Saint-Esprit nous réchauffe !" Cette chaleur permettait aux ermites, hommes et femmes, de ne pas craindre le froid de l'hiver, enveloppés qu'ils étaient, comme dans un manteau de fourrure, dans un vêtement tissé par l'Esprit-Saint.

C'est ainsi qu'en réalité cela devrait être, la grâce divine habitant au plus profond de nous, dans notre coeur. Le Seigneur a dit : "Le Royaume des Cieux est au-dedans de vous" (Lc 17, 21). Par le Royaume des Cieux, il entend la grâce du Saint-Esprit. Ce Royaume de Dieu est en nous maintenant. Le Saint-Esprit nous illumine et nous réchauffe. Il emplit l'air ambiant de parfums variés, réjouit nos sens et abreuve nos coeurs d'une joie indicible. Notre état actuel est semblable à celui dont parle l'Apôtre Paul : "Le Royaume de Dieu, ce n'est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par l'Esprit-Saint" (Rm 14, 17). Notre foi ne se base pas sur des paroles de sagesse terrestre, mais sur la manifestation de la puissance de l'Esprit. C'est l'état dans lequel nous sommes actuellement et que le Seigneur avait en vue lorsqu'il disait : "Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne mourront point qu'ils n'aient vu le Royaume de Dieu venir avec puissance" (Mc 9, 1).


Voilà, ami de Dieu, quelle joie incomparable le Seigneur a daigné nous accorder. Voilà ce que c'est que d'être "en la plénitude de l'Esprit-Saint." C’est cela qu'entend saint Macaire d’Égypte lorsqu'il écrit : "Je fus moi-même dans la plénitude de l'Esprit-Saint." Humbles que nous sommes, le Seigneur nous a aussi remplis de la plénitude de son Esprit. Il me semble qu'à partir de maintenant vous n'aurez plus à m'interroger sur la façon dont se manifeste dans l'homme la présence de la grâce de l'Esprit-Saint.


Cette manifestation restera-t-elle gravée pour toujours dans votre mémoire ?

- Je ne sais, Père, si Dieu me rendra digne de me la rappeler toujours, avec autant de netteté que maintenant.

- Et moi, répondit le starets, j'estime qu'au contraire Dieu vous aidera à garder toutes ces choses à jamais dans votre mémoire. Autrement il n'aurait pas été aussi rapidement touché par l'humble prière du misérable Séraphim et n'aurait pas exaucé aussi vite son désir. D'autant plus que ce n'est pas à vous seul qu'il a été donné de voir la manifestation de cette grâce, mais par votre entremise au monde entier. Affermi vous-même, vous serez utile à d'autres.

   Entretien avec Motovilov,
    dans Irina Goraïnoff, Séraphim de Sarov,
    Éditions Abbaye de Bellefontain et Desclée de Brouwer, 1995.
  (www.pagesorthodoxes.net)
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