Lundi 12 mai 2008
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Publié dans : La vache qui rumine (Année A)
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C'était un jeudi. Le ciel était gris. La terre était couverte de neige et d'épais flocons continuaient à tourbillonner lorsque le Père Séraphim engagea notre conversation dans une clairière, près
de son "Petit Ermitage" face à la rivière Sarovka coulant au pied de la colline. Il me fit asseoir sur le tronc d'un arbre qu'il venait d'abattre et lui-même s'accroupit en face de moi.
- Le Seigneur m'a révélé, dit le grand starets, que depuis votre enfance vous désiriez savoir quel était le but de la vie chrétienne et que vous aviez maintes fois interrogé à ce sujet des
personnages même haut placés dans la hiérarchie de l'Église.
Je dois dire que dès l'âge de douze ans cette idée me poursuivait et qu'effectivement j'avais posé la question à plusieurs personnalités ecclésiastiques sans jamais recevoir de réponse
satisfaisante. Le starets l'ignorait.
- Mais personne, continua le Père Séraphim, ne vous a rien dit de précis. On vous conseillait d'aller à l'église, de prier, de vivre selon les commandements de Dieu, de faire le bien - tel,
disait-on, était le but de la vie chrétienne. Certains même désapprouvaient votre curiosité, la trouvant déplacée et impie. Mais ils avaient tort. Quant à moi, misérable Séraphim, je vous
expliquerai maintenant en quoi ce but réellement consiste.
Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. La prière, le jeûne, les veilles et autres activités chrétiennes, aussi bonnes qu'elles puissent paraître en
elles-mêmes, ne constituent pas le but de la vie chrétienne, tout en aidant à y parvenir. Le vrai but de la vie chrétienne consiste en l'acquisition du Saint-Esprit de Dieu. Quant à la prière, au
jeûne, aux veilles, à l'aumône et toute autre bonne action faite au nom du Christ, ce ne sont que des moyens pour l'acquisition du Saint-Esprit.
Remarquez que seule une bonne action faite au nom du Christ nous procure les fruits du Saint-Esprit. Tout ce qui n'est pas fait en son Nom, même le bien, ne nous procure aucune récompense dans le
siècle à venir, et en cette vie non plus ne nous donne pas la grâce divine. C'est pourquoi le Seigneur Jésus Christ disait : "Celui qui n'amasse pas avec moi dissipe" (Lc 11, 23).
On est pourtant obligé d'appeler une bonne action "amassage" ou récolte, car même si elle n'est pas faite au Nom du Christ, elle reste bonne. L'Écriture dit : "En toute nation celui qui craint
Dieu et pratique la justice lui est agréable" (Ac 10, 35). Le centurion Corneille, qui craignait Dieu et agissait selon la justice, fut visité pendant qu'il était en prière, par un ange du
Seigneur qui lui dit : "Envoie des hommes à Joppé chez Simon le corroyeur, tu y trouveras un certain Pierre qui te fera entendre des paroles de vie éternelle par lesquelles tu seras sauvé, toi et
toute ta maison" (Ac 10, 5).
On voit donc que le Seigneur emploie ses moyens divins pour permettre à un tel homme de ne pas être privé, dans l'éternité, de la récompense qui lui est due. Mais pour l'obtenir il faut que dès
ici-bas il commence par croire en Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu descendu sur terre pour sauver les pécheurs, ainsi que par acquérir la grâce du Saint-Esprit qui introduit dans nos
coeurs le Royaume de Dieu et nous fraye le chemin de la béatitude du siècle à venir. Là s'arrête la satisfaction que procurent à Dieu les bonnes actions qui ne sont pas commises au Nom du Christ.
Le Seigneur nous donne les moyens de les parachever. À l'homme d'en profiter ou non. C'est pourquoi le Seigneur a dit aux Juifs : "Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché mais vous
dites : 'Nous voyons !' votre péché demeure" (Jn 9, 41). Quand un homme comme Corneille dont l'oeuvre qui n'a pas été faite au Nom du Christ mais qui a été agréable à Dieu, se met à croire en son
Fils, cette oeuvre lui est comptée comme faite au Nom du Christ, à cause de sa foi en lui (He 11, 6). Dans le cas contraire, l'homme n'a pas le droit de se plaindre que le bien accompli ne lui a
pas été profitable. Cela n'arrive jamais quand une bonne action a été faite au Nom du Christ, car le bien accompli en son Nom apporte non seulement une couronne de gloire dans le siècle à venir,
mais dès ici-bas remplit l'homme de la grâce du Saint-Esprit, comme il a été dit : "Dieu donne l'Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils ; il a tout remis entre ses mains" (Jn 3, 34-35).
C'est donc dans l'acquisition de cet Esprit de Dieu que consiste le vrai but de notre vie chrétienne, tandis que la prière, les veilles, le jeûne, l'aumône et les autres actions vertueuses faites
au Nom du Christ ne sont que des moyens pour l'acquérir.
- Comment l'acquisition ? demandai-je au Père Séraphim. Je ne comprends pas très bien.
- L'acquisition, c'est la même chose que l'obtention. Vous savez ce que c'est que d'acquérir de l'argent ? Pour le Saint-Esprit, c'est pareil. Pour les gens du commun, le but de la vie consiste
en l'acquisition d'argent - le gain. Les nobles, en plus, désirent obtenir des honneurs, des marques de distinction et autres récompenses accordées pour des services rendus à l'État.
L'acquisition du Saint-Esprit est aussi un capital, mais un capital éternel, dispensateur de grâces ; très semblable aux capitaux temporels, et qui s'obtient par les mêmes procédés. Notre
Seigneur Jésus Christ, Dieu-Homme, compare notre vie à un marché et notre activité sur terre à un commerce. Il nous recommande à tous : "Négociez jusqu'à ce que je vienne, en économisant le
temps, car les jours sont incertains" (Lc 19, 12-13 ; Ép 5, 15-16), autrement dit : Dépêchez-vous d'obtenir des biens célestes en négociant des marchandises terrestres. Ces marchandises
terrestres ne sont autres que les actions vertueuses faites au Nom du Christ et qui nous apportent la grâce du Saint-Esprit.
(à suivre)
Par dominicanus
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