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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

- Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? - La foi. - Que vous procure la foi ? - "La vie éternelle. Homélie Pâques A

dominicanus #Homélies Année A (2007-2008)

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
    "Je crois en Jésus Christ, son Fils unique , notre Seigneur ..." Qu’est-ce que ça veut dire quand je dis : je crois en Jésus Christ ? La foi au Christ, qu’est-ce que c’est ?

    La définition de la foi est très importante et très difficile pour nous aujourd’hui. C’est important, car : "c’est de la conception que chacun se fait de la foi que dépendra ensuite toute sa vie religieuse (la prière) et même en grande partie sa vie morale", sa manière de se comporter dans la vie de tous les jours. C’est difficile "parce que le mot 'foi' recouvre des choses très différentes" dans notre langage (Paul VI). (Je laisse évidemment de côté l’usage qu’on fait du mot "foi" et du verbe "croire" en relation avec une réalité humaine : par exemple : je crois qu’il va faire beau, ou : je crois en l’avenir de la banane...)

    Pour beaucoup de gens, croire signifie seulement avoir un sentiment religieux, une croyance vague et générale en l’existence de Dieu. Dans le langage ordinaire, on dit souvent que quelqu’un a la foi quand il admet encore certaines formules religieuses très vagues, souvent d’ailleurs avec beaucoup de confusions. Par exemple, chaque année, vers le 8 décembre, je constate que beaucoup de gens confondent l’Immaculée Conception de la Vierge Marie avec la conception virginale de Jésus dans le sein de la Vierge Marie. Dans le premier cas, Marie est conçue sans péché dans le sein de sa maman ; dans le deuxième cas, Marie conçoit Jésus en demeurant vierge. Foi très vague et avec beaucoup de confusions, donc, parce qu’on en est resté au catéchisme de son enfance, déjà bien lointaine.

    En même temps, ces gens sont ceux qui disent souvent : "Je crois, mais je ne pratique pas." S’ils vont encore à l’église, c’est uniquement aux grandes fêtes, et pour les baptêmes, les mariages et les funérailles, et si le prêtre, à ces occasions-là n’a pas célébré l’eucharistie, ils sont quand même persuadés "qu’ils ont été à la mese". "Je crois, mais je ne pratique pas." Pour faire comprendre que ça ne tient pas debout, je raconte souvent l’histoire de ces deux amoureux qui sont assis l’un à côté de l’autre sur un divan ou sur un banc "public", en train de se dire des choses gentilles, comme le font les amoureux. Tout à coup Gertrude dit à Gaston : "Gaston, est-ce que tu m’aimes ?" Gaston répond : "Oui, Gertrude, je t’aime !" Gertrude dit : "Alors embrasse-moi !" Gaston répond : "Ah non, Gertrude, je t’aime, mais je ne pratique pas !" Pas besoin d’avoir un BAC + 6 pour comprendre que l’attitude de Gaston est ridicule. Eh bien, si vous avez compris cela, vous saurez un petit peu ce que pense Dieu de ces gens qui disent : "Je crois, mais je ne pratique pas".

    Donc : foi très vague et confuse avec une pratique religieuse très sporadique. Troisième caractéristique de ceux qui disent croire dans ce sens : c’est une foi qui est rangée dans un placard dès qu’il s’agit du concret de la vie. On fait ses prières dans sa chambre à coucher, avec une bougie allumée devant une image du Sacré-Coeur et de la Sainte Vierge, mais dans ses relations avec les autres dans le cadre de la famille, du travail, de la sexualité, des loisirs (par exemple Carnaval) on se comporte exactement comme tout le monde, comme si Dieu n’a rien à voir avec ça.

    C’est là malheureusement la foi de beaucoup de gens : une foi gardée par habitude, conventionnelle et peu pratiquée, sans cohésion avec le reste de la vie, donc. Elle n’est pas tout à fait morte, mais elle est loi d’être vivante. Je précise qu’en disant cela, je ne me permets pas de condamner qui que ce soit. Comme le dit Matthieu 12, 20 à propos de Jésus : "Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l'éteindra pas". Mais justement cela implique qu’il faut admettre que le roseau de la foi est bien froissé, et que la mèche est en train de s’éteindre.

    Alors croire qu’est-ce que c’est ?

    Le CEC (§ 26) nous dit : "La foi est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui", et un peu plus loin (§ 143) : "Par la foi, l’homme soumet complètement son intelligence et sa volonté à Dieu. De tout son être l’homme donne son assentiment à Dieu Révélateur."

    Croire en Dieu, c’est lui répondre en se soumettant totalement à lui. Et cette réponse, cette soumission, comporte deux aspects principaux : l’intelligence et la volonté. Au § 150 nous lisons encore : "La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu à révélée."

    C’est très important de voir ces deux aspects de la foi : un aspect subjectif ("adhésion personnelle") et un aspect objectif ("assentiment à toute la vérité que Dieu a révélée"). Le CEC enseigne que pour qu’il y ait vraiment foi il faut toujours les deux éléments "en même temps et inséparablement".

    Or, aujourd’hui on a tendance à considérer presque uniquement l’aspect subjectif de la foi. "Je crois en Dieu", veut dire alors : je lui fais totalement confiance. Je sais que rien n’est imposssible pour lui, et qu’il peut m’aider à me sortir de cette situation sans issue dans laquelle je me trouve, à surmonter cette épreuve très douloureuse que je traverse... Et on voit dans ce domaine des choses admirables, étonnantes, héroïques même. L’Histoire de l’Église abonde d’exemples. En cette année jubilaire de Lourdes, pensons à sainte Bernadette. Durant sa courte vie de trente-cinq ans entre son asthme à Lourdes et sa tuberculose osseuse à Nevers, en passant par toutes les contradictions et persécutions qu’elle a dû endurer suite aux apparations de la Vierge dans la grotte de Massabielle, quelle confiance impressionnante en celle qui lui avait dit de la part de Dieu "Je ne te promets pas de te rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre." Ca c’est l’aspect subjectif de la foi.

    Mais, à l’inverse d’un passé plus ou moins récent peut-être, et sans vouloir trop caricaturer, l’aspect objectif de la foi est souvent escamoté. Faisons une petite expérience. Je vais lire une citation et je vous invite à surveiller vos réactions intimes, la manière dont vous réagissez aux paroles de cette phrase. La voici : "Le Magistère de l’Église engage pleinement l’autorité reçue du Christ quand il définit les dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire."

    Honnêtement, comment avez-vous réagi en entendant les mots : Magistère, Église, autorité, dogmes, obligeant... ? Si vous avez eu le poil hérissé, c’est que vous confirmez ce que je veux dire : vous êtes peut-être capable de faire preuve de foi dans le sens de faire confiance en Dieu, mais l’aspect objectif de la foi en tant que soumission totale de l’intelligence à des vérités qu’il faut croire vous échappe en grande partie. Entre parenthèses, la phrase que je viens de lire est tirée du CEC. C’est le § 88.

    Dans ce domaine aussi Dieu nous invite à faire preuve d’autant d’héroïsme s’il le faut. Et là aussi, dans les vies de saints les exemples abondent. Savez-vous que sainte Thérèse de Lisieux avait, à la fin de sa vie, des tentations très fortes contre la foi ? Elle se mordait les lèvres pour ne pas dire les paroles impies qui lui venaient comme malgré elle. Avec son sang elle a alors transcrit les paroles du "Je crois en Dieu" sur un bout de papier qu’elle a fixé à la fin de son évangile, en y ajoutant : "Mon Dieu, avec le secours de votre grâce je suis prête à verser tout mon sang pour affirmer ma foi."

    Des générations de chrétiens ont prié avec l’acte de foi qu’on leur a enseigné dans leur enfance, mais que les enfants ne connaissent plus aujourd’hui : "Mon Dieu, je crois fermement tout de que tu as révélé et que la sainte Église nous propose de croire parce que tu es la vérité même et que tu ne peux ni te tromper ni nous tromper. Dans cette foi je veux vivre et mourir."

    Durant ce Carême, comme chaque année, des centaines de jeunes et d’adultes se sont préparés au baptême. C’est ce qu’on appelle le catéchuménat. C’est un mot qui vient du verbe grec : "katecheo", qui veut dire : donner un enseignement oral, justement ce enseignement qui dans l’Église primitive précédait l’admission au baptême. Le catéchuménat est la première partie de l’initiation chrétienne, d’une initiation qui doit se poursuivre tout au long de notre vie.

    Le catéchuménat est comme la porte d’entrée dans la vie chrétienne. Quelle est la clé de cette porte ? C’est la fameuse question par laquelle, aujourd’hui encore, commence la grande cérémonie du baptême : "Que demandez-vous à l’Église de Dieu ?", demande le prêtre au candidat au baptême. Réponse : "La foi." "Que vous procure la foi ?" Réponse : "La vie éternelle."

    Rien de plus simple et rien de plus important que ce dialogue fondamental : la foi est la clé d’entrée ; elle est la condition initiale, indispensable pour entrer dans la vie de Dieu. Or, pendant le catéchuménat, on demande aussi au candidat et à celui qui l’accompagne dans sa démarche, une profession de foi explicite en récitant le Credo.
 
  À ce propos, Paul VI, après avoir rappelé tout ce qui précède, ajoute ceci : "le baptême comporte un engagement doctrinal net et précis. Pour être baptisé, c’est-à-dire chrétien, il faut la foi. La foi subjective, laquelle est une réponse personnelle, totale et joyeuse à l’Amour de Dieu (...) Et la foi objective, qui est adhésion à la Parole de Dieu révélée, formulée dans des vérités déterminées que l’Église, avec son charisme d’enseignement, nous propose de croire, sans réserve et sans interprétations équivoques. Vous comprendrez alors que dès le début l’engagement doctrinal doit être fondamental et solennel pour celui qui tient à l’authenticité de sa profession chrétienne ; que la fidélité à cet engagement ne peut être considérée comme un intégrisme archaïque et rigide ; qu’elle n’autorise pas des options dites pluralistes, des opinions personnelles et changeantes qui s’écartent de la substance textuelle de la doctrine, cette substance dont le magistère de l’Église a la responsabilité et le difficile devoir de 'garder le dépôt' (cf. 1 Tm 6, 20), et qu’elle conserve, défend, alimente et développe d’une façon logique en se souvenant de l’exhortation de l’Apôtre : 'Que votre charité croissant toujours de plus en plus s’épanche en vraie science.' (Ph 1, 9) Dans ses inépuisables expressions, la vérité de la foi est sécurité et harmonie. C’est de cette sécurité et de cette harmonie que l’Église a particulièrement besoin aujourd’hui, et non de syncrétisme superficiel et artificiel, non de critique contestataire et subversive, non de pluralisme indocile et indiscipliné. Ce dont elle a besoin, c’est de chrétiens, comme dit encore l’Apôtre, qui "confessent la vérité dans l’amour" (Ep 4, 15).

    Et j’ajoute, pour terminer, ce dont elle a besoin, ce sont des chrétiens, des prêtres, des évêques, qui ont l’audace de dire comme Saint Augustin : "Je ne croirais pas à l’Évangile, si l’autorité de l’Église catholique ne m’y poussait."

 
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