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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Saint Augustin, Jésus et la Samaritaine (5)

dominicanus #La vache qui rumine (Année A)
27. Cette femme l'entend, et elle ajoute. Faites attention à sa réponse. Déjà elle l'avait appelé Prophète; mais voyant que celui avec qui elle parlait disait des choses plus grandes que celles qui pouvaient convenir à un prophète: "Je sais", lui dit-elle, "que le Messie, qui se nomme le Christ viendra, et que quand il viendra il nous apprendra toutes choses". Qu'est-ce à dire? En ce moment,. les Juifs disputent pour leur temple, et nous pour notre montagne; mais lorsque le Messie viendra, il méprisera la montagne et renversera le temple; il nous apprendra toutes choses en nous apprenant à l'adorer en esprit et en vérité. Déjà elle savait qui pouvait l'instruire; mais elle ne savait pas que ce docteur lui parlait déjà. Aussi était-elle déjà digne de le reconnaître. Le Messie a été oint; le mot oint signifie Christ, en grec, Messie, en hébreu; delà vient que, dans la langue punique, Messie signifie: oignez. La raison de cette ressemblance vient de la parenté et du voisinage des trois langues hébraïque, punique et syrienne.

28. "Cette femme lui dit donc: Je sais que de Messie, qui se nomme le Christ, viendra, et que quand il sera venu il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit: Moi qui te parle, je suis le Christ". Elle a appelé son mari, le mari est devenu le chef de la femme, le Christ est devenu le chef de l'homme (1). Déjà elle se met d'accord avec la foi, elle suit la règle qui la fera bien vivre. Après avoir entendu ces paroles "Moi qui te parle, je suis le Christ", que pouvait ajouter cette femme à qui Notre-Seigneur avait voulu se manifester en lui disant: "Crois-moi?"

29. "En même temps arrivèrent ses disciples, et ils s'étonnèrent de ce qu'il parlait à une femme". Jésus cherchait celle qui était perdue, car il était venu chercher ce qui périssait; et ils s'en étonnaient. Ils admiraient le bien, ils ne soupçonnaient pas le mal. Aucun pourtant ne lui dit: "Que cherchez-vous, ou pourquoi parlez-vous avec elle?"

30. "Cette femme donc laissa là sa cruche". Après avoir entendu ces paroles: "Moi qui te parle, je suis le Christ", et reçu dans son coeur le Christ Notre-Seigneur, qu'avait-elle de plus à faire qu'à laisser là sa cruche et à courir annoncer qu'il était venu? Elle se débarrasse au plus vite de sa cupidité, elle se hâte d'aller annoncer la vérité: grande leçon pour ceux qui veulent annoncer l'Evangile! Qu'ils laissent là leur cruche. Rappelez-vous ce que je vous ai précédemment dit sur cet objet. C'était un vase destiné à puiser l'eau; il tire son nom du grec hydria, parce que dans cette langue le mot udor signifie eau; c'est donc comme si l'on disait: réservoir d'eau. Elle laisse là sa cruche qui, loin de lui être utile, devient pour elle un fardeau; car elle n'a plus qu'un désir, celui de boire à longs traits l'eau dont lui a parlé le Christ. Pour annoncer le Christ, elle se débarrasse donc de son fardeau; "elle court à la ville et dit aux habitants: Venez et voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait". Elle ne parle qu'avec mesure, de peur d'exciter leur colère et leur indignation et d'être persécutée: "Venez et voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. N'est-il point le Christ? Ils sortirent de la ville et vinrent vers lui".

31. "Cependant ses disciples le priaient, disant: Maître, mangez". Car ils étaient allés acheter des vivres, et ils étaient revenus. "Mais il leur dit: J'ai à prendre une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres: Quelqu'un lui a-t-il apporté à manger?" Y a-t-il rien d'étonnant à ce que cette femme n'ait pas compris de quelle eau il s'agissait, quand les disciples eux-mêmes ne comprenaient pas de quelle nourriture le Sauveur leur parlait? Pour lui, il a connu leurs pensées et il les instruit comme leur maître, non par une voie détournée, ainsi qu'il avait fait avec cette femme dont il voulait entretenir le mari, mais directement. "Ma nourriture", leur dit-il, "est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé". Il lui disait donc: "J'ai soif, donnez-moi à boire", pour établir la foi en elle et s'en faire un breuvage, et par la foi faire d'elle un membre de son corps. Car le corps de Jésus-Christ, c'est l'Eglise. Aussi dit-il: "Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé".

32. "Vous autres, ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois et la moisson viendra?" Il s'échauffait à son oeuvre et se disposait à envoyer des ouvriers à la moisson, Vous autres, vous comptez quatre mois jusqu'à la moisson, moi je vous en montre une qui a déjà blanchi et qui est toute prête. "Et moi, je vous, dis: Levez les yeux et voyez, les campagnes sont déjà blanches pour la moisson". Donc il enverra des moissonneurs, "Car il y a du vrai dans cette parole: Autre est celui qui moissonne, autre est celui qui sème, afin que celui qui sème se réjouisse et avec lui celui qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner où vous n'avez pas travaillé; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leurs travaux". Quoi donc? A-t-il envoyé ceux qui moissonnent, et nous pas ceux qui sèment? Où a-t-il envoyé ceux qui moissonnent? Là où les autres ont déjà travaillé; car où l'on avait travaillé on avait certainement semé, et ce qui avait été semé était déjà mûr et n'attendait plus que la faux et le fléau. Où devaient donc être envoyés les moissonneurs? Là où les Prophètes, véritables semeurs, avaient prêché; car s'ils n'ont -pas été des semeurs, comment cette femme a-t-elle pu dire: "Je sais que le Messie viendra?" Déjà elle était elle-même un fruit mûr: c'était une moisson qui avait déjà blanchi et qui réclamait la faux du moissonneur. "Je vous ai donc envoyés". En quel endroit? "Moissonner ce que vous n'avez pas semé; d'autres ont travaillé et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux". Qui sont ceux qui ont travaillé? Abraham, Isaac, Jacob. Lisez le détail de leurs travaux; dans tous leurs travaux ils prophétisaient Jésus-Christ; ils étaient par conséquent des semeurs. Moïse elles autres Patriarches, et les Prophètes, que n'ont-ils pas souffert dans cette froide saison où ils semaient? Donc en .Judée la moisson était déjà prête. Il est sûr que la récolte était parvenue à maturité au moment où tant de milliers d'hommes apportaient le prix de leurs biens, les mettaient aux pieds des Apôtres, se débarrassant ainsi du fardeau des possessions temporelles, et se mettaient à la suite de Notre-Seigneur. Véritablement la moisson était mûre. Qu'est-il résulté de cela? Quelques grains récoltés alors ont servi à ensemencer l'univers entier, et cette femme a produit une autre moisson destinée à être recueillie à la fin des siècles. C'est de cette moisson qu'il est dit: "Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent dans la joie (2)"; moisson pour laquelle seront envoyés non plus les Apôtres, mais les anges. "Les moissonneurs", dit Jésus-Christ, "sont les Anges (3)". C'est là cette moisson qui croît au milieu de l'ivraie et qui attend le moment où elle en sera séparée à la fin des siècles, Quant à celle à laquelle les disciples ont d'abord été envoyés et qu'avaient préparée les Prophètes, elle était déjà mûre, Cependant, mes frères, considérez ce qui est dit: "Afin que se réjouissent ensemble et celui qui sème et celui qui moissonne". L'époque de leur travail a été différente, mais ils entreront en possession de la même joie; la même récompense, c'est-à-dire la vie éternelle, deviendra leur partage.

33. "Or, plusieurs des Samaritains de cette ville crurent en lui sur la parole de la femme qui avait rendu ce témoignage: Il m'a dit tout ce que j'ai fait. Les Samaritains étant donc venus à lui, ils le prièrent de demeurer parmi eux, et il y demeura deux jours. Et un bien plus grand nombre crurent en lui à cause de ses discours, et ils disaient à la femme: "Ce n'est plus sur ta parole que nous croyons; car nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est véritablement le Sauveur du monde". Il importe de s'appliquer un peu à ces paroles qui terminent la lecture de ce jour. La femme a d'abord annoncé Notre-Seigneur; ensuite les Samaritains ont cru à son témoignage, puis ils ont prié Jésus-Christ de demeurer avec eux, et il y est demeuré deux jours et plusieurs crurent en lui, et après avoir cru, ils dirent à la femme: "Ce n'est plus d'après ton récit que nous croyons, mais nous-mêmes nous l'avons connu et nous savons qu'il est le Sauveur du monde". Leur conversion commencée par la réputation de Jésus-Christ, s'est achevée par sa présence. Ainsi en arrive-t-il de nos jours avec ceux du dehors qui ne sont pas encore chrétiens, Jésus-Christ leur est annoncé par des amis chrétiens. Par l'effet de la prédication de l'Eglise, dont cette femme est l'image, ils viennent au Christ, ils croient en lui, décidés par tout ce qu'on leur en raconte; il reste avec eux deux jours, c'est-à-dire il leur donne les deux préceptes de la charité. Ainsi s'augmente le nombre et s'affermit la force de ceux qui croient en lui et reconnaissent qu'il est véritablement le Sauveur du monde.



1. 1 Co 11, 3.
2. Ps 125, 5.
3. Mt 13, 39.
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