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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

La cerise sur le gâteau : accueillir Jésus comme Zachée - Homélie 31° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)
 31 TOC ev

    Après avoir écouté l'évangile de ce dimanche, il importe que nous ne perdions pas le fil (celui de saint Luc ... et de l'Esprit-Saint), car depuis dimanche dernier, le découpage liturgique a sauté certains passages que nous connaissons par ailleurs mais qu'il est bon de se remettre en mémoire. Voyons cela de plus près.

    On peut dire que ce qui constitue le thème général de cette partie de l'évangile de saint Luc, c'est l'accueil du Royaume. Ca n'a l'air de rien, mais ce n'est pas si facile que ça d'accueillir le Royaume ! Neuf lépreux sur dix sont passés à côté (17, 12-19). Ils croyaient que le Royaume consistait à "faire" quelque chose. Or, le Royaume n'est pas l'oeuvre des hommes, mais l'oeuvre de Dieu. Pour les hommes il est impossible à "faire", à fabriquer. Nous n'avons pas la recette. Le Royaume se reçoit seulement. Un seul à compris. C'était un Samaritain.

    Ensuite saint Luc nous a livré l'enseignement de Jésus sur la persévérance dans la prière (18, 1-8). C'est la prière qui nous amène peu à peu à une foi accueillante, une foi qui accepte le caractère bouleversant de la venue du Royaume, sans poser de questions (quand et où ? - cf. 17, 20-37).

 
Mais le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (18, 8)


    Dimanche dernier, c'était la parabole du pharisien et du publicain (18, 9-14) que Jésus racontait

pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres (18, 9).


    Cette foi n'est pas la foi de ceux qui se croient justes. C'est la foi qui rend juste celui qui reconnaît ses péchés en se confiant à Dieu. L'attitude du pharisien, un homme pourtant d'une qualité indéniable, d'une certaine droiture, mais qui n'a pas besoin de Dieu, est en porte-à-faux. C'est le publicain humblement repentant qui est sur la bonne voie pour accueillir le Royaume.

    C'est ce qui est décrit ensuite, non plus en paraboles, mais dans deux "tranches de vie" que la liturgie a laissées de côté : celle des enfants et celle du notable riche (18, 15-30). Ici saint Luc enfonce le clou. On ne peut être plus clair : non seulement tout est à recevoir, comme un enfant accepte spontanément de tout recevoir :

Amen, je vous le dis : celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas (v. 17) ...


mais même ce que l'on possède est de trop pour accueillir la vie éternelle ! Accueillir le Royaume qui vient, c'est prendre le chemin de Jérusalem derrière Jésus, le chemin d'un dépouillement absolu, c'est une exigence implacable de renoncement à toute sécurité humaine (v. 18-30) :

Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses de pénétrer dans le royaume de Dieu ! (v. 26)


    La troisième annonce de la passion qui enchaîne immédiatement après (v. 31-34) renforce encore le caractère abrupt et contradictoire de cette sentence : accueillir le Royaume est d'une simplicité enfantine, et pourtant un notable qui demande ce qu'il faut "faire" pour hériter de la vie éternelle, s'en avère incapable ! Voilà le paradoxe.

Prenant alors les Douze avec lui, (Jésus) leur dit : "Voici que nous montons à Jérusalem ..." (v. 31)


    "Nous montons" (ensemble) : c'est le mystère de l'Église qui est ici évoqué. Il faut accepter de monter "ensemble", c'est-à-dire non seulement dans le but de suivre Jésus, chacun de son côté, comme il peut, et, surtout, comme il veut, mais en Église. Voilà ce qui nous est donné à vivre et qui nous donne la vie, par pure grâce.

    Et voici que se profile Jéricho à l'horizon. Jéricho, vous vous en souvenez, c'est la porte d'entrée dans la terre promise. C'est par là que les Hébreux, sous la conduite de Josué (ensemble ...), sont entrés dans la "terre sainte" (cf. Josué, ch. 6). Jésus, le nouveau Josué, s'approche et traverse maintenant la ville. Voilà la chance à saisir au vol, à l'instant même, sans attendre. Un aveugle fait ce que le notable n'avait pas su faire : il suit Jésus (v. 43). Zachée, lui aussi, accueille Jésus, lui ouvre sa maison et spontanément redistribue ses biens !

    L'épisode de l'aveugle se trouve dans les trois évangiles synoptiques. Celui de Zachée est propre à saint Luc. Le propos de saint Luc, en rédigeant son évangile, est d'annoncer la Parole qui sauve aux païens. L'aveugle représente les Juifs. Il fait une démarche explicite. Il demande à être guéri, et il l'est :

Fils de David, aie pitié de moi ! (v. 38)

    C'est l'appel au secours d'un Juif qui attend le Messie.

    Zachée, lui, ne demande rien. C'est Jésus qui l'interpelle par son nom :

 
Zachée, descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi.


    C'est le même "couple" que celui de Pierre et du centurion. Pierre représente la manière juive de suivre Jésus. La foi du centurion personnifie la réponse des païens. Avec  l'aveugle nous est révélé que c'est la foi qui sauve ; avec Zachée c'est l'initiative gratuite de Dieu. Tous les deux s'engagent envers Jésus, mais chacun à sa manière : l'aveugle à la manière juive du disciple qui "suit" son maître, Zachée en offrant l'hospitalité et en distribuant ses biens.

    On se rend bien compte que saint Luc met l'accent sur Zachée, plutôt que sur l'aveugle. Cette scène est un mini-évangile, un évangile en condensé ! Jugez-en plutôt :

    On y retrouve

- l'aujourd'hui de la nativité de Jésus et de son discours de Nazareth ;
- le salut qui rappelle le cantique de Syméon ;
- ce qui était perdu, le leitmotiv du chapitre 15 (les paraboles de la miséricorde) ;
- le petit que Luc affectionne ;
- le pécheur et le publicain des chapitres 7 et 15, entre autres ;
- la venue qui souligne l'initiative de Dieu ;
- la hâte, rappel de la Visitation ;
- l'accueil dans la maison de Marthe et de Marie ;
- le partage (chapitre 12) et la remise des dettes (chapitre 16) ;
- le "demeurer", annonce d'Emmaüs ;
- et enfin la joie, omniprésente dans son évangile.


    Vous l'aurez compris : ce passage est un petit bijou. C'est la cerise sur le gâteau. Si vous aimez cet épisode de Zachée, c'est le signe que vous avez bon goût. Mais alors, ne le gardez pas égoïstement pour vous. Vous avez reçu Jésus bien plus que Zachée. Vous avez été baptisés et confirmés. Vous êtes rassemblés pour l'Eucharistie dominicale. Si vous accueillez Jésus comme Zachée, alors comme lui, distribuez aussi votre richesse aux pauvres et donnez-leur envie de goûter et de voir eux aussi comme le Seigneur est bon (cf. Ps 33, 9), par vos paroles, mais surtout par votre exemple. La cerise n'en sera que meilleure. Le gâteau aussi.

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