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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Jacques de Voragine, Les motifs de l'institution de la fête de tous les saints (2-3)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)
II. La fête de tous les saints a été instituée pour honorer ceux dont on ne célèbre pas la fête, et dont on ne fait pas même la mémoire. Nous ne pouvons pas, en effet, fêter tous les saints, tant à cause de leur grand nombre qu'à cause de l’impossibilité où nous réduisent notre faiblesse et notre infirmité, comme aussi à cause de l’insuffisance du temps, qui serait trop court. Car, ainsi que le dit saint Jérôme dans l’épître qui se trouve à la tête de son calendrier, il n'est pas de jour, excepté celui des calendes (1er) de janvier, auquel on ne puisse assigner cinq mille martyrs, voilà pourquoi l’Église a sagement disposé que, ne pouvant célébrer la fête de tous les saints chacun en particulier, nous les honorions tous ensemble d'une manière générale.

Mais, pourquoi célébrons-nous sur la terre les fêtes des saints ? Maître Guillaume d'Auxerre en assigne six raisons, dans sa Somme des offices.

La première, c'est l’honneur de la divine majesté ; car en honorant les saints, c'est Dieu que nous honorons et que nous proclamons admirable en leur personne, puisque celui qui fait honneur aux saints honore spécialement celui qui les a sanctifiés.

La seconde, c'est pour obtenir aide à notre misère; par nous-mêmes, nous ne pouvons obtenir le salut ; aussi avons-nous besoin des suffrages des saints, qu'il est juste que nous honorions si nous voulons mériter leur secours. On lit au IIIe livre des Rois, ce que Bersabée (nom signifiant puits d'abondance), c'est-à-dire l’Église triomphante, obtint, par ses prières, le royaume pour son fils, c'est-à-dire pour l’Église militante.

La troisième augmente notre sécurité et notre espérance, par la considération de la gloire des saints, qui nous est rappelée dans la fête que nous célébrons; car si des hommes mortels, semblables à nous, ont pu être élevés à un pareil degré de gloire, il est certain que nous pourrons ce qu'ils ont pu, puisque le bras du Seigneur n'est pas raccourci.

La quatrième, c'est comme exemple offert à notre imitation. Quand revient la fête des saints, nous sommes portés à les imiter, à mépriser, comme eux, les choses de la terre, et à soupirer après les biens du ciel.

La cinquième, c'est pour les payer de retour; car les saints font une fête dans le ciel par rapport à nous, puisqu'il y a joie chez les anges de Dieu et chez les âmes des saints, pour un pécheur qui fait pénitence. Donc, il est juste que nous les payions de retour, et que, faisant de nous une fête dans les cieux, nous célébrions aussi sur la terre une fête pour eux.

La sixième, c'est pour nous acquérir de l’honneur ; en honorant les saints, nous travaillons à notre avantage, nous nous procurons de l’honneur, parce que leur fête c'est notre gloire ; en honorant nos frères, nous nous honorons nous-mêmes. La charité fait que tous les biens soient communs ; or, nos biens sont célestes, terrestres et éternels.

Outre ces raisons, saint Jean Damascène, au livre IV, chap. VIII, en apporte d'autres. Il se demande pourquoi on doit honorer les saints, ainsi que leurs corps ou reliques. Il en donne des raisons dont plusieurs se tirent de leur dignité, d'autres de l’excellence de leurs corps. Il dit donc que leur dignité a quatre degrés : ils sont les amis de Dieu, les fils de Dieu, les héritiers de Dieu et nos guides. Ses autorités, il les puise, quant au premier degré, dans saint Jean (XV) :
Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais bien mes amis.

Quant au second degré, dans saint Jean (I) :
Il a donné à ceux qui l’ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu.

Quant au troisième degré, dans la troisième épître aux Romains (VIII) :
S'ils sont enfants, donc ils sont héritiers.

Par rapport au quatrième degré, voici ce qu'il dit :
Que de peines ne vous donneriez-vous pas, pour trouver un guide qui vous présenterait à un roi mortel et qui parlerait en votre faveur ? Eh bien ! les guides de tout le genre humain, nos intercesseurs auprès de Dieu, ne les honorera-t-on pas ? Oui, comme on doit honorer ceux qui élèvent un temple à Dieu; et dont on vénère la mémoire.

D'autres raisons sont prises de l’excellence de leurs corps ; saint Jean Damascène en assigne quatre et saint Augustin en ajoute une cinquième. Les corps des saints, en effet, ont été les celliers de Dieu, le temple de J.-C., le vase du parfum céleste, les fontaines divines et les membres du Saint-Esprit. Ils ont été : 1° les celliers de Dieu, et Dieu les a ornés comme des cénacles ; 2° le temple de J.-C. Dieu a habité en eux par l’intelligence ; J.-C. le dit aux apôtres :
Ne savez-vous pas que vos corps sont les temples de l’Esprit-Saint, qui habite en vous ?

Or, Dieu est esprit : et pourquoi donc ne pas honorer des temples, des tabernacles que Dieu anime Saint Jean Chrysostome dit à ce sujet :
L'homme se complaît à élever des palais, et Dieu à habiter dans ses saints. « Seigneur, dit le Psalmiste, j'ai beaucoup aimé la beauté de votre maison. » Quelle beauté ? Ce n'est pas celle qu'on obtient avec une variété de marbres précieux, mais celle qui vient de l’abondance de toutes les grâces. La première flatte la chair, la seconde vivifie l’âme. Celle-là ne dure qu'un temps, trompe les yeux ; celle-ci élève pour toujours l’intelligence jusqu'au ciel.

3° Ce sont les vases pleins d'un parfum spirituel :
Des reliques des saints, continue saint Jean Damascène, découle un parfum qui répand la meilleure odeur ; et que personne ne vienne me contredire : car, si d'un rocher, d'une pierre dure, il a jailli de l’eau dans le désert ; si, de la mâchoire de son âne, Samson brûlant de soif obtint de l’eau, à combien plus forte raison, des reliques des martyrs, doit-on croire qu'il découlera un parfum tout odoriférant, en faveur de ceux qui ont soif de la vertu divine de Dieu dans les saints, qui ont soif de cet honneur qui a sa source en Dieu ?

4° Ce sont des fontaines divines : ils vivent au sein de la vérité et jouissent de la présence de Dieu. J.-C., notre maître, nous a donné, dans les reliques des saints, des sources de salut qui répandent des bienfaits de toute nature; ils sont l’organe de l’Esprit-Saint. C'est la raison qu'allègue saint Augustin (Cité de Dieu, l. I, c. XIII) :
Il ne faut pas, dit-il, abandonner avec dédain les corps des saints qui, pendant leur vie, ont été l’organe et l’instrument du Saint-Esprit pour toute bonne oeuvre.

Ce qui fait dire à l’apôtre :
Est-ce que vous voulez éprouver J.-C. qui parle par ma bouche ?

Il est dit encore de saint Étienne que ses ennemis ne pouvaient résister à la sagesse et à l’esprit qui parlait en lui. Saint Ambroise s'exprime ainsi dans. son Hexaëmon :
Voici ce qu'il y a de plus précieux, c'est que l’homme soit l’organe de la voix de Dieu, et qu'il exprime les oracles divins avec des lèvres humaines.


III. La fête de la Toussaint a été instituée pour expier nos négligences. En effet bien que nous ne fassions la fête que d'un petit nombre de saints, cependant il s'y mêle beaucoup de négligence, et notre ignorance comme notre négligence nous y font oublier une multitude de choses. Si, donc nous avons négligé quoi que ce soit dans les autres solennités des saints, nous pouvons le suppléer dans cette fête générale, et nous purifier des fautes qui pourraient nous être imputées. Cette raison est touchée dans le sermon qui se récite en ce jour dans l’office de l’Église (Bède le Vénérable, sermon XVIII). Il y est. dit :

Il a été décrété qu'en ce jour on ferait mémoire de tous les Saints, afin que si la fragilité humaine a quelque chose à regretter dans la manière dont elle a solennisé les Saints; soit par ignorance et par négligence, soit par les embarras des affaires, elle puisse l’expier en cette circonstance.

Il faut remarquer qu'il y a quatre classes différentes de saints du Nouveau Testament, que nous honorons dans le courant de l’année et que nous réunissons aujourd'hui tous ensemble, afin de suppléer à ce que nous avons fait avec négligence : ce sont les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges.  (...)


La légende dorée de Jacques de Voragine
nouvellement traduite en français par l'abbé J.-B. Roze
Édouard Rouveyre, éditeur
Paris MDCCCCII
© Numérisation Abbaye Saint Benoît de Port-Valais
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