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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Cardinal C.M. Martini, Comment Jésus forme ses disciples (5)

dominicanus #la vache qui rumine (Années B - C)

La formation de l'évangélisateur


    Quelles sont les caractéristiques de cette seconde partie des textes que nous étudions ? À ce stade du récit les miracles de Jésus deviennent moins nombreux. On n'en trouve plus que cinq, dont quelques-uns relatés très brièvement. Après l'aveugle de Jéricho (Luc 18, 35-43), il n'y a plus aucun miracle. À partir de l'entrée de Jésus à Jérusalem, celui-ci n'en fait plus du tout. Au contraire il parle davantage, et surtout pour instruire les Douze, aux évangélisateurs.

    Il apparaît donc clairement que, dans cette seconde partie de sa vie, Jésus consacre particulièrement son temps à ses compagnons, afin de leur donner une formation spéciale.

    Il faut noter aussi, dans cette seconde partie, la façon dont Jésus s'adresse alternativement à ses disciples et à la foule. Par exemple, au chapitre 12 qui commence ainsi :

Cependant la foule s'étant rassemblée par milliers au point qu'ils s'écrasaient les uns les autres (dans leur hâte à accourir vers Jésus), Jésus se mit à parler à ses disciples.

    Et, au v. 4 :

Je vous le dis à vous mes amis ;

    au v. 13 :

Quelqu'un de a foule lui dit

    et Jésus lui répond.

    Au v. 22 :

Puis il dit à ses disciples.

    Il semble donc bien, ici, que Jésus parle un peu à la foule mais que, tout naturellement et sciemment, il en revient à s'adresser à ses disciples. Il met une attention particulière à former les Douze.

    Et comment Jésus parle-t-il dans cette seconde partie de sa prédication ? D'une manière assez différente de ses prédications précédentes : en fait ce sont les paroles les plus dure et les plus intransigeantes de l'Évangile, celles que l'on a le plus de mal à expliquer aux fidèles.

    Naguère, quand on répétait chaque année les mêmes passages évangéliques tradtionnels, ces paroles n'apparaissaient presque jamais dans la liturgie ; tandis que maintenant, dans l'année C, elles apparaissent - à partir du mois de juin - et on y trouve, c'est certain, une source de problèmes. J'ai personnellement éprouvé de l'embarras à ce sujet, une année où je devais précisément commenter à la télévision, au cours de l'été, ce texte :

Je ne suis pas venu apporter la paix mais la guerre, je sui venu apporter la discorde ..., etc.

    En somme, les paroles de la seconde partie de l'Évangile de Luc s'adressent à ceux qui ont déjà reçu une certaine formation spirituelle. Il est donc normal que, prises au sens littéral, elles puissent être mal interprétées, et que quelqu'un qui n'a jamais entendu l'Évangile en reste choqué, impressionné défavorablement.

    J'ai cherché à cerener dans ces paroles de Jésus ce qu'elles ont d'essentiel et il m'a semblé que l'on pouvait en dégager trois thèmes dominants.

    Avant tout la formation au détachement et à la liberté du coeur :

Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumônes  ; faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, où ni le voleur n'approche ni la teigne ne détruit. Car où est votre trésor, là aussi sera votre coeur. Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées ... etc. (Luc 12, 33-35).

    Celui qui marche à la suite de Jésus se trouve amené à se libérer le coeur, à ne plus s'attacher à quoi que ce soit qui pourrait le distraire de son idéal : le gain, l'intérêt, le souci de faire carrière, les préoccupations personnelles.

    Par des paroles énergiques, Jésus rappelle cette nécessité d'un coeur libre et détaché.

    Le deuxième thème est celui de l'habitude de s'abandonner au Père.

    Le disciple doit savoir que, ayant suivi Jésus, sa vie est remise entre les mains du Père, qu'il doit se fier à lui. Il doit lui confier son présent et son avenir.

Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? S'il demande du poisson, lui donnera-t-il, au lieu de poisson, un serpent ? S'il demande un oeuf, lui donnera-t-il un scorpion ? Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du Ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? (Luc 11, 11-13).

    Ou encore :

Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous mettez pas en peine pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de ce dont vous le vêtirez. La vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement. Regardez les corbeaux ; ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n'ont ni cave ni grenier, et Dieu les nourrit. Combien plus valez-vous que les oiseaux ? Qui d'entre vous peut, en se donnant de la peine, ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Si donc les moindres choses dépassent votre pouvoir, pourquoi vous mettre en peine du reste ? Regardez les lis, comme ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous le dis, Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme eux. Si donc dans les champs Dieu revêt ainsi l'herbe, qui est aujourd'hui et sera demain jetée au feu, combien plus fera-t-il pour vous, hommes de peu de foi ! Ne cherchez donc pas, vous non plus, ce que vous aurez à manger ou à boire, et ne vous inquiétez pas. C'est de tout cela que les païens de ce monde se préoccupent, mais votre Père sait que vous en avez besoin. C'est pourquoi cherchez son Royaume et cela vous sera donné par surcroît. Ne craignez pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume (Luc 12, 22-32).

    J'ai déjà souligné, dans les précedentes méditations, l'importance que présente pour l'homme cette confiance. Pour nous tous réunis ici en ce moment, elle a un objet précis : c'est le Père qui ne laissera pas tomber un cheveu par terre sans sa permission. Le Père ne vous abandonnera pas, vous devez vous fier à lui. C'est cela que demande Jésus à ceux qu'il prépare à devenir évangélisateurs.

    Enfin, voici le troisième thème qui revient systématiquement : l'acquisition du sens de la croix. Celui-ci ne figure par dans les premiers chapitres, il commence seulement à apparaître à un certain stade du récit, lorsque les trois annonces de la Passion ponctuent les chapitres 9 à 18. Voici la première :

Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup ; qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes ; qu'il soit mis à mort et ressuscite le troisième jour (Luc 9, 22).

    Puis vient la deuxième (9, 44) et la troisième (18, 31). Ces trois prédictions encadrent tout l'ensemble des neuf chapitres, comme pour en indiquer en quelque sorte le sens général : Jésus veut faire acquérir à ses disciples le sens de la croix.

C.M. Martini, L'évangélisateur en saint Luc, Médiaspaul 1985, p. 92 ss.
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