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Praedicatho homélies à temps et à contretemps
Homélies du dimanche, homilies, homilieën, homilias. "C'est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient" 1 Co 1,21

Le service des services dans l'action de grâce et la fidélité - Homélie 28° dimanche du Temps Ordinaire C

dominicanus #homélies (patmos) Année B - C (2006 - 2007)

28 TOC ev

 

 

Messe de rentrée de la catéchèse

    Dimanche dernier, si vous vous en souvenez, (je devrais peut-être dire aussi : si vous étiez à la messe...), le Seigneur Jésus nous a fait prendre conscience qu'avant de manger et de boire à la table du Royaume, il y a un service à accomplir, un fameux labeur, et nous avions dit que ce labeur, c'était, au fond, l'édification des communautés chrétiennes, fondées sur le pardon mutuel.

    Dans l'évangile de ce 28° dimanche, le Seigneur, par la guérison des dix lépreux, nous rappelle que dans ces communautés d'Église, tous les hommes sont appelés, mais que tous ne répondent pas. Seul le Samaritain revient sur ses pas pour rendre grâce, alors que les neuf autres ont été touchés par la grâce, autant que lui. Il n'est pas difficile de repérer que la guérison des dix lépreux, comme celle de Naaman, le Syrien, est une allusion au baptême. En tout cas, c'est ce qu'ont compris les chrétiens dès les premiers siècles. Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ? "Eucharistie", vous le savez, veut dire justement : "action de grâce".

    Bien sûr, ce mot "eucharistie" n'exprime pas toute la richesse du mystère de ce sacrement, mais il en évoque un aspect très important. Bien sûr, le temps de l'eucharistie n'est pas le seul moment pour rendre grâce, mais c'est un temps "primordial" qui doit ensuite se prolonger tout au long de la semaine. L'Eucharistie, c'est d'abord l'action de grâce - parfaite - de Jésus lui-même, à laquelle nous sommes associés comme les membres de son corps.

    Dans ce contexte, nous ne pouvons pas ne pas être frappé par ce qui arrive dans la scène de l'évangile que nous venons d'entendre : un lépreux sur dix qui revient sur ses pas pour rendre grâce. Les neuf autres n'ont pas su reconnaître "celui qui vient au nom du Seigneur". Ainsi s'annonce déjà maintenant la terrible incompréhension (et ingratitude) qui va marquer la venue du Fils de l'homme et alourdir de plus en plus l'atmosphère des chapitres 17 à 21. Ce Samaritain impur qui s'entend dire: "Lève-toi et va, ta foi t'a sauvé", est donc une promesse de salut pour tous, quels que soient leur race ou leur passé. Mais quel avertissement dans la parole si douloureuse de Jésus :

 
Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vu revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger !


    Voilà le ton donné à tout ce qui va suivre, non seulement dans les chapitres suivants de l'évangile selon saint Luc, mais encore aujourd'hui, chez nous. Un sur dix, cela fait 10 % ... N'est-ce pas, en étant très optimiste  (!), le même pourcentage de baptisés qui est fidèle aux messes dominicales ?

    Dans les paroisses, c'est la rentrée de la catéchèse. Peut-être qu'aujourd'hui - en tout cas, j'ose l'espérer - la proportion est un peu plus élevée. En tout cas, elle est insuffisante. Et qu'en sera-t-il les dimanches suivants ? Qu'en est-il de ceux et de celles qui ont fait leur profession de foi quelques semaines avant les grandes vacances, lors de la solennité de la Pentecôte ? Ont-ils été fidèles, et dans quelle proportion ? Le seront-ils davantage qu'auparavant ?

    La question prend encore une ampleur plus grande quand on sait tout le soin que Jésus (et son Église) avait apporté (et continue d'apporter) à former, à éduquer ses disciples, à leur apprendre à devenir des hommes et des femmes responsables, capables de discerner les besoins et les souffrances des autres, comme Pierre le résume en disant :

 

Jésus ... a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable (Ac 10, 38).
    Par ses nombreux miracles, Jésus fait partager à ses disciples sa compassion sensible, son aptitude à discerner les souffrances et les malheurs d'autrui. Mais cela ne suffit pas pour être chrétien. Encore aujourd'hui nous voyons des jeunes qui n'ont pas la foi s'engager spontanément pour des causes humanitaires, ou, plus modestement, être toujours prêts à rendre tel ou tel service précis, lorsque le besoin s'en fait sentir ou lorque l'on fait appel à eux. Et ce n'est pas rien. C'est une dimension importante dans l'éducation humaine et les parents chrétiens doivent veiller à apprendre cela à leurs enfants dès leur plus jeune âge.

    Je vous l'ai déjà dit : l'éducation humaine, tout comme la catéchèse de vos enfants, doit commencer dès leur plus jeune âge. C'est dès leur plus jeune âge que vous, les parents, vous devez apprendre à vos enfants à rendre de menus services.

    Une année, pendant mes vacances, j'ai eu l'occasion de rendre visite à un couple de mes amis qui a deux enfants. Dans la cuisine était affichée une lettre format A4 avec les différents services que l'on peut demander à des enfants en tenant compte de leur âge. Cela m'avait frappé, et, en pensant à vous, j'avais demandé une copie de cette feuille. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai découvert que ce même texte venait de paraître dans le dernier numéro de la revue "Familles chrétiennes". Je pense que cela pourra vous donner de bonnes idées. Alors voici cette liste :

 
- 2-5 ans : porter les serviettes de table, le sel et le poivre... du rangement très présis.
- 6 ans : arroser les plantes, mettre le couvert, prendre le courrier, sortir les petites courses du coffre de la voiture, aider celui qui en a besoin.

- 7 ans : faire son lit, animer la prière ou dire le bénédicité, laver son bol, enlever la poussière ou faire quelques vitres, rendre service à table, mettre les emballages dans la poubelle, les épluchures sur le compost, décorer le coin-prière, aider à plier du linge, confectionner un gâteau, de la vinaigrette, laver la salade...

- 8 ans : ranger le petit-déjeuner, aller chercher du pain, donner à manger au chatn nettoyer la cage..., ranger son linge, cueillir ou éplucher des légumes, ranger sa chambre.

- 9 ans : faire le lit d'un petit, passer l'aspirateur, desservir.

- 12 ans : nettoyer les sanitaires.

- 12 ans et plus : sortir le chien, repasser, rentrer du bois pour la cheminée (très peu à la Martinique), nettoyer la cuisine.


    Cette éducation-là est fondamentale dans le cadre d'une éducation chrétienne. Mais elle ne suffit pas. Et alors que nous voyons que dans la première partie de l'évangile selon saint Luc, jusqu'au chapitre 9, 51, Jésus fait de nombreux miracles, à partir de ce moment on en voit beaucoup moins. Et après la guérison de l'aveugle de Jéricho (18, 35-43) il n'y en a plus aucun. Par contre, dans cette deuxième grande partie de l'évangile, Jésus s'attache à donner à ses disciples une catéchèse plus poussée : c'est toujours la formation au service, mais à une autre forme de service, le service de l'évangile proprement dit.

    Pour vous faire comprendre la distinction, il y a un passage dans un livre du cardinal Martini où il distingue la diaconie "ex fide" (à partir de la foi) de la diaconie "fidei" (de la foi).

    La dicaconie de la foi, c'est ce que dans une précédente homélie au début de cette année j'avais appelé "la charité du prophète". C'est une charité souvent méprisée, contrairement à la charité "ex fide". La charité "ex fide", c'est (ou c'était) celle d'un Abbé Pierre, par exemple, ou d'un Coluche. C'est une charité largement appréciée et universellement acclamée. Celle d'un Benoît XVI, "coopérateur (serviteur) de la vérité", l'est beaucoup moins... Elle est même souvent décriée et contestée.

    Mais si vous n'apprenez pas à vos enfants à rendre les services qu'ils peuvent déjà rendre à leur âge, comment voulez-vous que plus tard ils rendent des services plus importants et plus difficiles ? Vous en feriez des petits pachas qui croient que tout leur est dû et qui eux-mêmes ne font jamais rien pour les autres.

    Lors d'une visite que je rendais à une famille (c'était un mois de juin et les vacances scolaires avaient déjà commencé), je demandais à la jeune fille ce qu'elle faisait de ses vacances. - Rien, me répondit-elle, je reste à la maison. - Mais qu'est-ce que tu fais à la maison ? C'est sa maman qui a répondu : - Deux choses, mon Père : s'occuper de ses cheveux, et regarder la télévision.

    Cela promet pour plus tard... Pour tout vous dire, la jeune fille en question avait quand même confectionné quelques petits gateaux pour l'occasion. Mais comment voulez-vous que ces enfants-là, devenus grands, deviennent catéchistes, par exemple, si à la maison, ils n'ont jamais pris en main un balai et si leur maman a passé toute sa vie à ranger leur chambre ? Ce serait un petit miracle !

    En écoutant l'évangile de ce jour, le Seigneur nous dit que le premier service qu'il nous demande pour qu'il puisse nous guérir de la lèpre du péché, c'est celui de l'obéissance de la foi :

 

Allez vous montrer aux prêtres.

    Jésus leur demande de faire ce que la loi prescrivait aux lépreux en cas de guérison, alors même qu'ils n'étaient pas encore guéris. Ils l'ont été en cours de route. C'est la foi qui sauve, ce ne sont pas nos oeuvres.

    Jésus dit :

 

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui refusera de croire sera condamné. (Mc 16, 16)

    Le deuxième service, c'est celui de l'action de grâce : revenir vers Jésus "en glorifiant Dieu", dans la communauté des croyants. L'absence d'action de grâce est vu par saint Paul comme étant l'opposé de la foi :
 
Ils n'ont donc pas d'excuse, puisqu'ils ont connu Dieu sans lui rendre la gloire et l'action de grâce que l'on doit à Dieu. (Rm 1, 20-21)


    Là encore, permettez-moi de vous poser quelques questions, à vous, parents. Qu'est-ce qui vous a motivé pour demander le baptême pour vos enfants ? Et qu'est-ce qui vous motive pour les inscrire à la catéchèse ? Est-ce vraiment une démarche de votre foi et avec le souci de faire grandir la foi de vos enfants ? Ou bien, est-ce une démarche purement sociologique (pour faire comme tout le monde), voire même magique (pour qu'ils puissent réussir dans la vie et gagner beaucoup d'argent), ou bien encore, pour être en règle tout simplement ? Et si c'est vraiment dans une démarche de foi, comment se fait-il que vous soyez si nombreux à délaisser la messe du dimanche ? Et pourquoi ne vivez-vous pas davantage dans l'action de grâce ?

    Une année, à mon retour de vacances, j'ai appris quelque chose qui m'a fait très mal. Et je crois que Jésus a eu encore plus mal que moi. Des parents qui étaient convoqués à une réunion de préparation au baptême de leur enfant après la messe du dimanche ne savaient même pas que pendant les vacances cette messe n'était pas à 08h00 mais à 09h00. Comme ils n'avaient pas le moins du monde l'intention de participer à l'eucharistie, pas plus que les dimanches précédents, ils sont arrivés vers 09h30, et ils ont attendu la fin de la messe, dehors, pendant une heure, en rouspétant à haute voix, tant et si bien que le prêtre célébrant a dû sortir pour leur demander un peu de silence. Ces parents-là, qu'ont-ils donc fait ? Non seulement ils n'ont pas participé à l'action de grâce eucharistique de la communauté dans laquelle leurs enfants allaient être accueillis, mais ils ont perturbé le déroulement de la messe comme il n'est pas permis.

    L'évangile de ce jour nous rappelle que pour entrer dans la communauté des sauvés, toutes les portes sont ouvertes, largement ouvertes, quelle que soit notre origine ou notre passé. De plus, dans la deuxième lecture, saint Paul nous enseigne si nous sommes infidèles, Dieu lui reste fidèle, "car il ne peut se renier lui-même". Si, après avoir été baptisés et catéchisés, confirmés, etc., nous sommes infidèles, nous pourrons toujours revenir, non pas pour être baptisés à nouveau, mais pour recevoir le pardon du Seigneur dans le sacrement de la réconciliation. Mais saint Paul dit aussi que si nous le rejetons - et nous le rejetons si nous refusons de faire cette démarche - alors, lui aussi nous rejettera. Le Seigneur ne ferme jamais sa porte, mais jamais non plus il ne forcera la nôtre si elle reste fermée.

    Pour terminer, je voudrais dire un mot à toutes celles qui sont engagées dans la catéchèse, et aussi aux parents qui prennent à coeur l'éducation humaine et chrétienne de leurs enfants. Ne vous laissez pas décourager ! Ne baissez jamais les bras ! Vous rencontrez des difficultés pour faire passer le message ? Jésus a eu des difficultés bien plus que vous. Vous vous heurtez à l'indifférence et à l'incompréhension ? Jésus a été incompris bien plus que vous. Là encore, saint Paul nous dit aujourd'hui ce qu'il écrivit jadis à Timothée :

 

Voici une parole sûre : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l'épreuve, avec lui nous régnerons.
    Alors tous, enfants, parents, catéchistes, tous en route pour cette nouvelle année de catéchèse, en route derrière Jésus qui monte à Jérusalem pour y mourir, mais aussi pour y ressusciter. Amen !
Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

Revenir pour rendre grâce, n'est-ce pas alors ce que nous faisons chaque dimanche quand nous célébrons l'eucharistie ?

V.Jocelyne 10/10/2010 16:27



Merci pour cette lecture d'ailleurs très encourageante et enrichissante. Je reconnais que ce modèle de "tableau, je l'ai fait avec mes enfants petits mais j'ai été un peu plus exigante. Que Dieu
vous bénisse et vous garde !



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